Les dangers d’un projet géré par une seule personne

Il y a quelques temps, sur Twitter j’ai vu passer quelque chose de vraiment sympa pour ceux qui touchent souvent à du code, à savoir la coloration multiples des différents niveaux de crochets/accolades imbriqués pour faciliter la lecture en cas d’indentation douteuse. J’ai voulu tester ça sur Sublime Text et ça ne s’est pas passé comme prévu. Un symptôme qui peut arriver à d’autres projets.

Un week-end qui s’annonçait bien…

Voilà le Tweet qui m’a saucé :

Need sur VIM !
Si quelqu'un a un tips pour l'avoir sous VIM, on est ultra-preneur ! https://t.co/W1zljCgBYR

— Léalinux (@lea_linux) January 12, 2019

La réponse était disponible en déroulant les discussions, ce qui n’est pas toujours évident pour ceux qui découvrent Twitter. Et donc j’ai voulu installer ça sur Sublime Text. Si vous n’avez pas déjà lu mes articles précédents et que vous découvrez cet éditeur de code, il existe un outil de référence pour faciliter l’installation et la gestion des addons, Package Control, qui a un site dédié.

Le plugin que je comptais installer est BracketHighlighter, dont le code est disponible sur Github si vous êtes fondus d’installation à la main. Son développeur recommande toutefois l’installation via Package Control. Cependant, j’ai eu droit à un message d’erreur dégueulasse en cherchant à installer le package :

Package Control: Error downloading channel. HTTP error 404 downloading https://packagecontrol.io/channel_v3.json.

Bon, c’est donc parti pour un peu de debug, de recherches Qwant, je tombe sur la page de troubleshooting (traduit littéralement, fusiller les troubles), qui ne m’aide pas tant que ça mais du coup je sais maintenant qu’elle existe, et comme je n’ai pas plus d’infos je me tourne vers le forum. Je passe sur le fait qu’il repose sur cette horreur de Discourse et tombe sur LE sujet qui m’explique et m’apprend beaucoup trop de choses d’un coup.

« Vous êtes le maillon faible »

J’ignorais complètement le fait, mais via les discussions je découvre que cet utilitaire repose sur les épaules d’une seule personne. Site web, serveur qui héberge le dépôt pour les extensions, développement du plugin, et donc financement de tout ça. Et il s’avère que le serveur en question était arrivé à saturation, ce qui a au passage corrompu la base de données. Avant d’arriver à saturation, la taille de la base avait rendu sa routine de sauvegarde inopérante. Le serveur avait été installé il y a plus de six ans, tout à la main.

La résolution a pris du temps, puisqu’elle a pris la forme d’un nouveau serveur et la définition de playbooks Ansible pour permettre de futurs déploiements plus rapides et automatisés. Il aura également fallu reproduire plusieurs semaines de mises à jour et d’ajouts de plugins à la base de données puisque la sauvegarde ne fonctionnait plus.

Je n’ai pas vu de message insultant sur l’incompétence du gars ou sa lenteur à réparer, ce qui me rassure quand je vois les torrents de merde qui se déversent fréquemment (regardez les commentaires d’applications mobiles gratuite quand une nouvelle version fout la merde, les humains sont vraiment des déchets), que du soutien voire même des conseils d’amélioration, et la question notamment du support financier a été amenée sur le tapis. C’est là qu’on apprend que si l’auteur a démarré ça de manière complètement indépendante, il travaille maintenant pour Sublime HQ, qui développe Sublime Text. mais le projet est resté complètement indépendant et maintenu sur du temps libre. La revue et la publication des extensions sur le channel sont tout de même à la charge de deux autres personnes, mais le coût financier principal est effectivement dans les mains d’un seul homme, qui investit mille dollars par an dans l’infrastructure. Et prévoit d’en mettre un peu plus pour pouvoir faire de nouveau des sauvegardes fiables. C’est toujours mieux qu’un budget clopes vous me direz, mais tout de même…

La difficulté à gérer un projet seul

On le voit, si apparemment le budget n’est pas tant un problème, gérer seul sur son temps libre limité n’a pas été de tout repos quand ça a pété : plusieurs jours pour restaurer les services, devoir tout remonter sur du neuf parce que l’ancien était saturé, et point valable pour tout hébergement géré de manière indépendante, quid de la sécurité ? (au moins ça tourne pas sur du WordPress, mais apparemment sur une application Python)

Je comprend très bien la situation, hébergeant moi-même ce blog et ayant beaucoup moins de temps libre, aussi bien pour l’écriture que la maintenance, c’est difficile. Et Arowan est aussi bien moins disponible qu’avant pour maintenir l’infrastructure quand je ne suis pas là. Sans rentrer dans trop de détails, on est toujours en Proxmox 4, la VM du blog est toujours en Debian 8 (les travaux pour sa remplaçante sont au point mort, par flemme), je dois passer une fois par semaine à peine sur les différentes VMs pour vérifier/faire les mises à jour, car je n’ai jamais pu faire en sorte qu’unattended-upgrades fonctionnent sur celles-ci alors que ça tourne nickel sur mon cluster swarm, je dois toujours monter l’environnement test du blog sur ce dernier pour bosser sur une refonte, bref, je pourrais continuer comme ça longtemps sur les projets au ralenti voire en pause à cause de ce temps libre qui manque (sans parler de la motivation parfois).

Et je ne pense pas être le seul dans ce cas, donc quand on voit des sujets discutant d’automatiser un max de choses, ou de reposer sur des prestataires de services qui s’occupent d’un max de choses pour vous, il n’y a rien de surprenant, c’est d’ailleurs ce qui a fait le succès du « cloud public » et d’outils dit « devops » qui permettent de gagner un max de temps sur les opérations du quotidien.

Quid de la gouvernance « commerciale » ?

Je l’ai dit, le développeur qui a démarré le projet de manière complètement indépendante travaille maintenant pour la société qui développe l’éditeur de code. Pourquoi dès lors ne pas se poser la question de la pérennisation d’un utilitaire qui a certainement contribué au succès dudit éditeur ? Parce que franchement, gérer à la main l’installation et la maintenance des plugins c’est une tannée, et même si manifestement le développeur n’est pas près de lâcher son bébé, si jamais les imprévus de la vie font qu’il doit tout abandonner, comment faire pour que le projet survive correctement ? Parce que si le code de l’utilitaire est open-source, je ne sais pas ce qu’il en est de la partie serveur, et la reprise d’un nom de domaine n’est pas non plus triviale pour s’assurer d’une transparence du côté des utilisateurs.

Parce que bon, des outils open-source chapeautés par des sociétés, n’en déplaise aux extrémistes, c’est très, très, très courant. Canonical, ça vous dit quelque chose ? Ben ce n’est pas une association loi 1901, mais une société qui vit de contrats de supports et de déploiement sur la base d’une distribution Linux développée en source ouverte et fournie gratuitement au public (leurs contributions aux projets « de base » sont plus nombreuses qu’auparavant). Gnome et une palanquée d’autres projets ne seraient pas ce qu’ils sont sans le support de RedHat, qui fait la même chose que Canonical mais qui a commencé il y a vingt ans. Quand vous regardez les plus gros contributeurs du noyau Linux, il est loin le temps où les développeurs indépendants sur leur temps libre étaient la norme, désormais les contributeurs sont souvent payés par leur employeur pour bosser sur le noyau, et Microsoft est même maintenant un des plus gros contributeurs, un comble !. Malgré tout le noyau reste un logiciel libre accessible à tous, c’est donc que ce modèle est possible.

Pour Package Control on peut donc imaginer pas mal de formes de soutien :

  • Libérer du temps de travail de Will Bond (puisque c’est son nom, il est grand temps de le préciser) pour qu’il l’investisse dans la gestion de l’utilitaire, mais il garde la main sur tout ce qui s’en rapproche (domaine, serveur…), pareil pour la gestion de « l’annuaire »
  • Gestion de l’infrastructure en interne, ce qui comprend serveur et nom de domaine, en laissant la main sur le développement de l’utilitaire et de l’annuaire
  • Intégration directe à Sublime Text, avec donc récupération de tous les éléments qui le concerne : infrastructure, développement, annuaire.

On pourrait évidemment penser à n’importe quel hybride des quelques idées que je viens de proposer. Ne serait-ce que pour conserver un équilibre entre ce qui est géré en interne et ce qui est géré par la communauté, en effet, il ne s’agirait pas de trop fermer l’accès à l’annuaire pour conserver l’intérêt des développeurs tiers pour la création, la publication et l’évolution d’extensions.

Si vous pouvez, soutenez

Je sais que c’est un message qui commence à être vomitif (comme tous les YouTubers qui mendient les pouces bleus et les partages à chaque fin de vidéo), mais il y a effectivement pas mal de formes de soutien et elles sont d’autant plus importantes que le nombre de personnes impliquées sur un projet est restreint (voire ici, unique). Un synonyme de soutien en particulier dans le monde du logiciel libre/open-source, c’est la contribution, et ça, j’en ai déjà parlé il y a un bon moment maintenant mais c’est toujours aussi valide aujourd’hui, presque plus quand on voit les complaintes de certains par rapport au nombre d’utilisateurs passifs qui pose problème sur certains projets.

(crédit image : Mohamed Elhusseiny)

Les Geek Færies On The Web, ça démarre ce soir !

Aujourd’hui, ça va être une bonne journée. Non pas parce que c’est vendredi (enfin, oui aussi) mais surtout parce que c’est aujourd’hui que débutent les Geek Faeries On The Web #7.

Comme tous les ans, cet événement 100% en ligne va mettre en avant la culture geek au sens large, avec au programme du jeu vidéo (let’s play, programmation et bug bounty), des jeux de plateaux (jeu en live, création d’un scénario), des jeux de rôle, de la slow tech, du techno hacking, un peu de soudure, de la conduite de drone, de l’entomologie, de la photo (prise de vue et retouches), de l’illustration en live, une bonne dose de culture internet, des sciences humaines et autres sujets autour du life hacking.

Cet événement commence à 20h ce soir, et va durer 48h sans interruption. Au menu, des tables rondes, un labo, et des séances de streaming de jeux, le tout réparti sur 3 plateaux webTV et des interventions face cam.

Je ferai partie des streamers ce samedi à partir de 15h, avec l’ami Remouk (DansTonTchat, Kickban) pour un Webosaures spécial « LE Internet » !!! Je ne vous en dis pas plus… héhé.

Et nous aurons aussi le plaisir aussi de retrouver durant ces 48h les copains et copines Chane (Chane-Art), Sorina Chan (illustrations), Fanélia (illustratrice des Geek Faëries), Hackira (Hackerzvoice), Pablo Sotes (pilote de drones), 2 assos de Jeu de rôle grandeur nature (Le Poing d’acier et les Tank ‘Affaires), L’Electrolab (hackerspace), Gull et Viciss (Hacking Social), Booky (April, Framasoft) ainsi que toute l’équipe sympathique qui conçoit et réalise les Geek Faëries.

Le programme précis sera annoncé dans la journée sur le site des Geek Faeries et la mosaïque des flux vidéos ainsi que le canal Discord seront également disponible vers 20h sur le site. –> Geek Faeries OTW


Sécurité et vitesse pour votre connexion internet

Restez à l’abris des regards indiscrets

En règle générale, utiliser un VPN pour se connecter à internet a tendance à ralentir vos débits de connexions, c’est le cas pour afficher une simple page HTML ou accéder à d’autres catalogues de VOD comme ceux de NETFLIX. Le téléchargement de fichiers ou du flux vidéo en devient parfois saccadé.

Notre VPN vous propose Une bande passante illimitée et une sécurité renforcée avec un cryptage AES 256 et un système anti-empreintes digitales


Interdit d’interdire : Pour ou contre les privatisations ?

Source : Interdit d’interdire, Russia Today France, 11-02-2019

Frédéric Taddeï reçoit Jean-Baptiste Barfety, ancien directeur du cabinet d’Arnaud Montebourg et cofondateur de la Conférence Gambetta, Aurelien Veron, président du Parti Libéral Démocrate, Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique et Jean-Louis Baroux, créateur du World Air Transport Forum et du APG Wolrd Connect.

Source : Interdit d’interdire, Russia Today France, 11-02-2019

Lire la suite

L’Internet français : vers une assignation à… « bien penser » ?

Heartbreak Hotel Andrew Gustar / photo on flickr, CC BY-ND

De l’Internet des origines à… L’Origine du monde

L’Origine del mondo. antoniofurno/Flickr, CC BY-SA

Tout le monde garde en mémoire la censure par Facebook de L’Origine du Monde qui a conduit à la désactivation du compte de l’utilisateur. Qu’importe le jugement que l’on porte sur ce tableau sulfureux de Gustave Courbet, exposé au musée d’Orsay depuis 1995. Facebook initiait la censure puritaine de l’art on line. Nul doute que ce tableau continuera à faire parler et à hystériser on- et off-line. L’identité du modèle ayant été récemment révélée, résolvant une énigme de 152 ans voilà du nouveau grain à moudre pour les polémistes.

Cette cyber-censure pourrait presque prêter à sourire, elle n’est rien, au regard de ce qui se met progressivement – et mondialement – en place au niveau d’Internet. L’Internet français à ce titre est loin d’être en reste. La France est une élève de la censure d’Internet qui se montre paradoxalement (cf. nos valeurs culturelles de liberté) très assidue ces dernières années. Notre pays est aujourd’hui particulièrement bien doté en matière d’outils de censure existants et annoncés…

De dérive liberticide en dérive liberticide : des mots, des projets de loi, des lois et des censeurs !

La loi « fake news » qui a été très controversée a été promulguée le 22 décembre 2018, elle demeure contestée par les défenseurs des libertés publiques :

  • Son inutilité a été pointée, presque à l’unanimité par les juristes : « Les fausses informations étant déjà réprimées par la loi sur la presse de 1881 ».

  • Cette loi instaure un nouveau référé accéléré sous trois conditions qui permettront d’obtenir la suppression d’un contenu :

  • Des allégations ou imputations manifestement inexactes ou trompeuses d’un fait.

  • Des allégations ou imputations de nature à manifestement altérer la sincérité du scrutin.

  • Des allégations ou imputations diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive sur Internet.

Nous pouvons être pour le moins circonspect, et ce à plusieurs titres. La définition qui est faite d’une « fake news » par le législateur est d’un flou qui n’est pas sans rappeler le grand smog de Londres. Pour établir l’inexactitude de faits – à écouter nos politiques en campagne… – Nous pouvons nous interroger sur la façon dont un juge pourra trancher. Enfin, lorsque nous observons l’usage que fait Donald Trump de ce « mot magique » dès qu’il est – de façon factuelle – mis en défaut, n’est-il pas raisonnable de nous inquiéter de l’usage qui sera fait de cette loi par nos propres politiques ? Un mode de recours abusif ne peut être considéré comme improbable. Une atteinte arbitraire à la liberté d’expression est désormais opérationnelle. Pourtant de pires menaces sont en approche.

Mon T-shirt de soutien à la Quadrature du Net. nitot/Flickr

De l’atteinte possible à la liberté d’expression, jusqu’au délit d’opinion

Une autre loi (en approche au niveau européen) se propose de renforcer encore la capacité des États à avoir la main mise sur l’information. Ce texte, dénoncé au plus tôt par La Quadrature du Net, a été publié le 12 septembre 2018 par la commission européenne. Il se retrouve sous l’intitulé de « Règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne ». Ce dernier obligerait – s’il demeurait en l’état – tous les acteurs du Web à se soumettre aux outils de surveillance et de censure automatisés fournis par Facebook et Google. La rapporteure, Madame la députée européenne Julie Ward, a fait part de ses nombreuses inquiétudes et notamment concernant les mesures proactives énoncées dans l’article 6 :

« Votre rapporteure considère que cet article est très problématique, car il ferait peser sur les fournisseurs de services d’hébergement une obligation générale de surveillance contraire à l’article 15 de la directive 2000/31/CE. »

Nous pouvons d’ores et déjà nous demander ce qu’il adviendra lorsqu’une autorité compétente – une autorité configurée selon les desideratas de chaque pays membre – collaborera avec Facebook et Google pour engager des mesures proactives de censure.

À supposer qu’une autorité administrative soit mise en place en France – dans la mesure où la marginalisation du juge judiciaire est devenue récurrente cette hypothèse n’est pas à exclure – il suffira au pouvoir en place de signifier que tels groupes, tels hashtags, tels commentaires sont répréhensibles (séditieux,factieux, subversifs…) pour qu’ils puissent faire l’objet de mesure proactive de censure. Avec ce texte, le risque serait de franchir un nouveau cap liberticide et de passer d’une atteinte potentielle à la liberté d’expression au risque de mise en place du délit d’opinion.

Wind of Change 3. marcovdz/Flickr

Du printemps arabe au mouvement « gilets jaunes », démocratie et régime autoritaire un même combat ?

La capacité organisationnelle des citoyens s’est développée avec Internet et les réseaux sociaux, le monde en a été témoin. Le printemps arabe en a été une preuve. Les réseaux sociaux y ont « joué un rôle central dans la constitution des débats politiques ». Il est compréhensible que les gouvernances – aussi démocratiques soient-elles- en aient tiré des enseignements. Elles ont pris la mesure de ce formidable potentiel d’expression mis à la disposition des populations.

Au regard des lois déjà votées et de celles qui se profilent, pensez-vous qu’un mouvement « gilets jaunes » pourra demain prendre corps en France sur le réseau des réseaux ? Il ne s’agit pas de polémiquer sur ce mouvement social, mais de réfléchir à plus long terme sur les conséquences de chacune de ces lois, et sur la façon dont la liberté d’expression est régulièrement attaquée par le législateur qui laisse la porte ouverte à un usage qui pourrait être facilement abusif. Il est question de réfléchir à la marche dangereuse entamée vers le délit d’opinion. Ce dernier est à nos portes, une autorité administrative qui dériverait pourrait utiliser demain des leviers dont certains sont déjà en place :

  • Un blocage de l’information par un usage abusif de la notion d’Infox (Fake News) par ceux et celles qui seront contrariés par une information valide qui les met en défaut. (cf. loi « fake news »)

  • Une censure proactive à venir désignant au plus tôt comme subversives des opinions contraires : censure et interdictions de groupes, censure de hashtags, censure de mots-clés… (cf. Réglement européen en discussion)

Sans oublier l’autocensure de citoyens qui craignent d’être ciblés (cf. loi renseignement et les boîtes noires qui surveillent nos usages)

Voilà de quoi s’inquiéter. Qu’adviendra demain si la dynamique de marginalisation du juge judiciaire entamée se poursuit en France ? La critique même du comportement déviant d’un pouvoir sera-t-elle demain considérée comme une attaque des institutions par une simple autorité administrative ? Cela exposera-t-il à la censure ? À des sanctions ?

Ces lois qui s’accumulent sans le présentiel en amont du garde-fou judiciaire ouvrent la porte à tous les arbitraires. Les hommes et femmes d’aujourd’hui n’ont pas plus ou moins de défauts que les hommes et femmes de demain. Il n’y a pas dans notre technomonde que des hommes et des femmes de bien ! « Tout pouvoir sans contrôle rend fou » disait Alain, ne serait-il pas grand temps et raisonnable de l’écouter ?

Il est encore temps d’alerter la représentation nationale tout comme les citoyens, avant que nous ne nous réveillions demain avec un Internet français assigné à « bien penser » ! Réduit à penser de façon conforme, c’est-à-dire comme le pouvoir – quel qu’il soit – qui sera alors en place.

« Je ne discute pas pour discuter ; je discute pour m’affermir dans mon opinion si elle est vraie, la fortifier où elle est faible, la redresser où elle est fausse, l’abandonner si elle ne peut être redressée. La discussion est la balance qui, à défaut de l’application, me sert à vérifier ce que l’idée pèse comparativement à l’objection, et l’objection comparativement à l’idée. Paraître avoir raison n’est pas ce qui m’importe ; ce qui m’importe, c’est que la raison ait raison et que l’erreur ait tort ». (Émile de Girardin)


À suivre

The Conversation

Disclosure

Expert auprès de l'UNODC, (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) dans le cadre du programme E4J : The First Expert Group Meeting to Peer-Review the E4J University Module Series on Cybercrime.

Comment les monnaies locales réhabilitent le multiplicateur keynésien

Au Pays basque, quelque 850 000 euskos sont en circulation. Euskalmoneta.org

Le grand débat national propose de choisir les postes de dépense publique à réduire en priorité. Pourtant, certains économistes et organisations voient dans cette même dépense des effets bénéfiques pour l’économie. Nous contribuons au débat sur ce sujet à travers l’exemple des monnaies locales.

Au fondement des justifications de l’intervention étatique, John Maynard Keynes avance qu’une relance par la dépense publique impacterait positivement la production, et donc la croissance. C’est ce que les économistes appellent l’effet multiplicateur de la relance discrétionnaire. L’idée du multiplicateur est très simple. En 1936, l’économiste britannique expose dans sa Théorie Générale que, pour 100 unités de dépense publique investies dans l’économie, le gain total résultant de cet investissement serait de 500 unités. En d’autres termes, on multiplierait par 5 le gain associé à l’investissement initié par l’État, qui viendrait en complément de l’investissement privé.

Il y a pourtant plusieurs limites à cet effet multiplicateur, que les économistes libéraux ont mises en avant. L’effet d’éviction est un des principaux freins à l’établissement d’une relance budgétaire. Ce concept traduit le fait que la relance provenant des pouvoirs publics réduit l’investissement privé. Un autre frein est une ouverture de l’économie à une concurrence qui pèse sur les entreprises en place, qualifiée de « contrainte extérieure ».

L’effet multiplicateur serait donc, selon les auteurs qui émettent ces controverses, à relativiser : étant donné les multiples fuites du circuit économique, il apparaît plus comme un effet additionnel (une relance de 100 augmente la production de 100) que multiplicateur (une relance de 100 augmente la production de 500).

Dynamiser l’économie locale

De leur côté, les monnaies locales ont permis d’apporter une réponse complémentaire à la demande des consommateurs de « consommer mieux » en favorisant l’économie de proximité. Elles se sont développées en parallèle des monnaies nationales pour pallier aux carences des institutions monétaires en place, garantes d’un système dans lequel seules 4 % des transactions servent à financer l’appareil de production pour l’économie réelle. Associées à une dépense publique orientée vers des projets sociaux et environnementaux ambitieux, elles constituent une des pistes alternatives de projet de société pérenne et solidaire.

Au Pays basque, les consommateurs sont invités à payer en euskos. Daniel Villafruela, CC BY

C’est particulièrement le cas au Pays basque (partie française) qui compte 850 000 euskos en circulation pour 700 commerçants et 3 000 consommateurs ; c’est également le cas de la gonette à Lyon avec 120 000 unités qui irriguent 270 commerçants et 1 600 particuliers. Ces monnaies se sont développées avec le souci de « ralentir l’hémorragie financière » en évitant la fuite d’euros hors du circuit local, et ainsi « renforcer la résilience et dynamiser l’économie » de la zone. Il existe une multitude de monnaies locales, et celles-ci convergent dans leur esprit émancipateur et dans leurs pratiques au travers d’un manifeste et d’une charte.

Le principe est simple : c’est une monnaie complémentaire à l’euro qui va permettre d’acheter des biens et services auprès de commerçants, agréés par l’association qui gère la monnaie locale. À Lyon, une adhésion est nécessaire de 12 euros par an, puis un échange euros contre gonettes est effectué, selon une parité de 1 pour 1. Les commerçants sont dans la ville, la consommation reste donc locale. Ainsi, il est possible de payer un produit coûtant 4,5 euros avec 4 gonettes et 50 centimes d’euros.

Animation de promotion et de pédagogie autour de la gonette lyonnaise (YouTube).

Toutefois, le commerçant ne peut pas rendre des euros si on le paie en gonettes. On ne peut pas échanger des gonettes contre des euros non plus, car cela a été interdit par l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, institution intégrée à la Banque de France).

Révolution écologique par la dépense publique

Les avantages des monnaies locales tiennent dans leur capacité à s’accommoder des contre-arguments libéraux précités. Premièrement, une monnaie locale n’a pas d’effet sur la demande de monnaie principale ou très peu, ce qui réduit ou annihile l’effet d’éviction. Effectivement, une monnaie locale s’échange contre une monnaie nationale. Il n’y a pas de demande en plus, il n’y a donc pas d’impact sur les taux d’intérêt. Si l’État choisit de dépenser en plus, donc d’investir sur une zone en particulier, la demande de monnaie restera trop faible pour impacter les taux.

Deuxièmement, l’économie se « referme ». On se limite aux producteurs et commerçants locaux qui sont agréés, ce qui réduit la déperdition du multiplicateur liée au fait que l’euro peut être utilisé dans le monde entier. Enfin, dans sa version maximale, la monnaie locale a une date de péremption. À partir d’une certaine date, elle perd tout ou partie de sa valeur. Ce qui implique que la monnaie en question ne peut être thésaurisée (gardée sur le compte bancaire ou sous le matelas). Par ce biais, on augmente donc la consommation et ainsi l’efficacité du multiplicateur.

La monnaie locale s’analyse ainsi comme une réhabilitation du multiplicateur dans un environnement restreint et local. Elle permet de relancer l’économie d’une zone en particulier (la région par exemple) et d’orienter la production vers des projets éthiques et écologiques, à travers des incitations et des procédures d’agrément, qui restent toutefois à renforcer aujourd’hui. Au lieu de proposer une réduction ciblée des dépenses, le débat national pourrait déboucher sur une révolution écologique par la dépense publique. Cela permettrait une création d’emploi d’envergure vers des activités dont nous avons plus que jamais besoin.

The Conversation

Maxime Bonneau does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

diaspora*

Pour continuer cette série d’articles concernant les logiciels libres, je me devais de présenter également ce logiciel que j’utilise régulièrement depuis quelque temps déjà … diaspora* (initialement typographié DIASPORA*) est à la fois une application web de réseau social, et le réseau social distribué qui repose sur cette application. Chaque utilisateur du réseau peut choisir […]

Directive droit d’auteur : les articles 11 et 13 ont été finalisés et c’est peut-être le moment de paniquer

Les articles 11 et 13 de la directive européenne sur les droits d'auteur ont été finalisés. Ils avaient été beaucoup critiqués, mais leur contenu ne change finalement pas. [Lire la suite]

Connaisssez-vous notre média sur la cybersécurité ? C'est par ici : https://cyberguerre.numerama.com

Grève scolaire pour le climat : « Personne n'a envie d'étudier ou de travailler pour un futur qui n'existera pas »

Parti de Suède en août, le mouvement des grèves scolaires pour le climat s'étend progressivement en France. Des étudiants et lycéens de divers établissements de la région parisienne ont décidé de lancer une grève pour le climat, tous les vendredis à partir du 15 février. Le 15 mars, journée de grève scolaire mondiale pour le climat, plus de 40 mobilisations sont déjà prévues dans toute la France. Voici l'appel national qui vient d'être lancé par Youth For Climate France, incarné par dix jeunes de dix villes (...)

- ça bouge ! / Climat, Le défi du réchauffement climatique, Altermondialisme

Plasma 5.15.0 vient de sortir pour votre distribution Linux

6 mois de développement plus tard, une nouvelle version de l'environnement KDE Plasma voit le jour, avec une liste de changements et nouveautés assez impressionnante.
C'est quoi KDE Plasma ?
Plasma est l'espace de travail de KDE. Il existe à l'heure actuelle deux variantes de Plasma : l'environnement de bureau Plasma Desktop qui est le sujet de la plupart des pages de ce wiki et Plasma Mobile, le nouvel environnement pour les tablettes et les téléphones tactiles.
L'environnement Plasma Netbook a (...)

- Applications

Le retour de l’informatique analogique

Pour cette nouvelle année 2019, l’historien des sciences Georges Dyson a écrit un curieux essai pour le fameux site des « digerati », edge.org. Pour lui, nous assistons à un retour de l’ordinateur analogique, qui constituera la prochaine révolution technologique.

Rappelons que la technologie analogique repose sur les ondes (comme dans les vieux téléviseurs à tube cathodique) et se base sur la notion de « plus ou moins » tandis que le numérique repose sur les notions de « oui » et de « non ». Comme l’écrit Dyson : « Les ordinateurs numériques traitent des nombres entiers, des séquences binaires, de la logique déterministe, des algorithmes, ainsi que du temps conçu comme une séquence d’événements discrets. Les ordinateurs analogiques traitent de nombres réels, d’une logique non déterministe et de fonctions continues, et du temps tel qu’il existe dans le monde réel, comme un continuum. En informatique analogique, la complexité réside dans la topologie et non dans le code. »

Cette différence de conception entraîne d’importantes conséquences : « L’informatique numérique, intolérante aux erreurs et aux ambiguïtés, dépend de définitions précises et d’une correction d’erreur à chaque étape. L’informatique analogique tolère non seulement les erreurs et les ambiguïtés, mais s’en nourrit. »

Selon Dyson, l’histoire des ordinateurs a commencé lorsqu’on a utilisé des composants analogiques en surplus de la Seconde Guerre mondiale, pour les assembler de manière à créer les premiers ordinateurs numériques. La révolution technologique à venir ira exactement dans le sens inverse. On assemblera des ordinateurs numériques pour en créer de plus puissants, analogiques.

Mais qu’on n’aille pas imaginer cela littéralement comme la création d’un nouveau type de machine. Pour Dyson, cette révolution est en effet déjà en cours, et ce retour à l’analogique s’exprime sous la forme des entreprises qui produisent, contrôlent et diffusent l’information. Ce sont elles, ces nouveaux « ordinateurs analogiques » : « Ces nouvelles organisations hybrides, bien que construites sur des ordinateurs numériques, fonctionnent comme des ordinateurs analogiques à une vaste échelle mondiale. Elles traitent l’information sous forme de fonctions continues et traitent les flux de bits de la même manière que les tubes cathodiques traitent les flux d’électrons ou que les neurones traitent l’information dans un cerveau. »

Conséquence de cette révolution invisible, plus personne n’est aux manettes. On croit encore avec naïveté que les algorithmes sont en charge, ou même, les programmeurs qui les développent. Mais aujourd’hui, ces structures économiques sont largement devenues indépendantes. Elles ne se contentent pas de décrire la réalité sous la forme de modèles, elles construisent cette réalité.

« Le moteur de recherche n’est plus un modèle de connaissance humaine, il devient la connaissance humaine. Le réseau social performant n’est plus un modèle du graphe social, il devient le graphe social. »

On comprend que cet « effet de miroir » à l’infini puisse aisément échapper à tout contrôle ! Il est bien difficile du coup pour des institutions traditionnelles de comprendre, prédire ou réguler ces « machines » économiques. « Les gouvernements, attachés à des modèles et à des systèmes de contrôle obsolètes, se retrouvent laissés en arrière ».

La vision de Dyson est assez proche des conceptions de Danny Hillis sur l’âge de l’intrication. On ne peut non plus s’empêcher de penser aux réseaux neuronaux de « deep learning », dont les résultats (justes ou faux) sont produits de manière incompréhensible. Mais là, il ne s’agit plus d’un logiciel, d’une machine, mais de notre environnement social global. Peut-être est-ce là une revanche de la Nature, qui nous montre ainsi l’inanité de toute tentative de contrôle ?

« La prochaine révolution verra l’ascension des systèmes analogiques avec lesquels se terminera la domination de la programmation numérique. La réponse de la Nature à ceux qui ont cherché à la contrôler à l’aide de machines programmables a consisté à nous permettre de construire des machines dont la nature dépasse tout contrôle programmable. »