Mozilla Thunderbird

Pour continuer cette série d’articles concernant les logiciels libres, je me devais de présenter également l'autre logiciel de la Fondation Mozilla que j’utilise au quotidien depuis des années … Originellement nommé « Minotaur » (à l'époque où Firefox s'appelait « Phoenix »), le projet n'eut tout d'abord que peu de succès. Ce n'est que progressivement, à un rythme beaucoup moins rapide que Firefox, qu'il étend sa couverture.

Libre en Fête 2019 : le site est en ligne !

Pour la dix-huitième année consécutive, l'April lance l'initiative Libre en Fête. Pour accompagner l’arrivée du printemps, des événements de découverte des logiciels libres et du Libre en général sont proposés partout en France autour du 20 mars, dans une dynamique conviviale et festive. L'édition 2019 du Libre en Fête se déroulera du samedi 2 mars au dimanche 7 avril inclus.

À l'occasion du Libre en Fête, tous les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, les espaces publics d’accès à Internet, les bibliothèques, les médiathèques, les clubs informatiques et toutes les associations et structures ayant à cœur la promotion du Libre sont invitées à organiser des évènements à destination du grand public. Le site du Libre en Fête donne toutes les informations nécessaires pour participer à l'initiative. Bien sûr, un événement peu avant le 2 mars ou un peu après le 7 avril 2019 est le bienvenu aussi.

Les événements organisés dans le cadre du Libre en Fête peuvent prendre de multiples formes : conférence de découverte, atelier d’initiation à un logiciel libre, à un service libre ou à un projet collaboratif comme Wikipédia ou OpenStreetMap, fête d'installation1, exposition de panneaux de sensibilisation comme par exemple l'Expolibre, mise à disposition de postes informatiques sous logiciel libre, de jeux vidéos libres... Bien sûr, il est possible de proposer plusieurs activités au sein d'une même journée de découverte. Et si un fond musical est prévu pour les moments les plus informels, le choix de morceaux diffusés sous licence libre est recommandé. Pour cette édition 2019, l'April propose la thématique optionnelle « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

La coopération entre différentes structures au niveau local est vivement encouragée. Les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres peuvent notamment apporter leurs connaissances et leur expertise, et les espaces d'initiation à l'informatique et ses enjeux sont des lieux propices à l’organisation d’évènements de découverte des logiciels libres. Ainsi, le Libre en Fête, c'est aussi l'occasion de nouer de nouveaux partenariats et/ou de renforcer des liens existants. Des liens utiles pour la recherche de partenaires sont disponibles sur le site de l'initiative.

Le référencement d'un événement dans le cadre du Libre en Fête se fait via l'Agenda du Libre, en ajoutant le mot-clé libre-en-fete-2019 lors de sa soumission.

Proposer un événement pour le Libre en Fête 2019

Une liste de diffusion a été mise en place pour que les structures participant à l'initiative puissent échanger leurs expériences et idées. L'inscription à cette liste est libre.

Pour toute question sur le Libre en Fête, il est possible de nous écrire.

Faites circuler cette annonce, merci !

  • 1. Une fête d'installation est un événement, une réunion qui permet à des personnes novices de rencontrer des personnes expérimentées de systèmes ou de logiciels libres qui les aideront afin d'installer un système libre sur leur propre machine ou à le configurer s'il est déjà installé

Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres - Décryptualité du 10 décembre 2018 - Transcription


Nolwenn - Christian - Nico - Manu - Luc

Titre : Décryptualité du 10 décembre 2018 - Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres
Intervenants : Nolwenn - Christian - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : décembre 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 49 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo Chromium Wikipédia - Licence Creative Commons Attribution 2.5 Generic license.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Edge, le navigateur de Microsoft abandonne son moteur propriétaire maison pour adopter celui de Chromium, projet libre porté par Google. Quelles sont les enjeux d'une telle décision dès lors que l'immense majorité des utilisateurs utilisent des moteurs proposés par Google ?

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 49. Salut Manu.

Manu : Salut Christian.

Christian : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwen : Salut Luc.

Luc : Aujourd’hui est un grand jour puisque, Manu, tu viens de comprendre que « salut Manu » c’était une sorte de leitmotiv parce que ça rime, en fait.

Manu : Oui. On ne fait pas toujours attention !

Luc : Ça fait je ne sais pas combien d’années qu’on fait ça, tu n’avais pas réalisé.

Manu : Vieux motard qu’on aimait.

Luc : Le sommaire, qu’est-ce qu’on a ?

Christian : acteurspublics.com, « Bastien Guerry : “Le logiciel libre a besoin d’une vraie stratégie de mutualisation au sein de l’État” ».

[Christian n'a pas prononcé le mot « libre », NdT]

Manu : Le logiciel libre et c’est bien. Ça veut dire que l’État s’intéresse à utiliser nos technologies favorites pour les implémenter dans différentes administrations et c’est Etalab qui le dit par l’intermédiaire de Bastien Guerry qu’on apprécie beaucoup.

Christian : ITforBusiness, « Officiel : Microsoft Edge adopte Chromium et l’open source ».

Manu : Chomium c’est comme un petit enfant qui va passer sous l’aile du parent Microsoft. On va en parler après.

Christian : The Conversation, « Débat : L’open science, une expression floue et ambiguë », par Alexandre Hocquet.

Manu : Ça parle de science ouverte. C’est un concept qui prend pas mal d’idées du logiciel libre, c’est pour ça qu’on en parle et qu’on aime bien en parler. La science ouverte ce n’est pas quelque chose de si nouveau, finalement, mais qui rebondit un peu sur ce qu’on fait.

Christian : Echo Sciences, « Le FabLab, un lieu d’émancipation sociale : discours ou réalité ? » par Eléonore Pérès.

Manu : Allez jeter un œil, ça parle un petit peu de ce qu’on fait dans les fablabs de manière réelle et ça compare notamment les États-Unis et la France où les accès aux fablabs n’ont pas l’air de suivre les mêmes conditions.

Christian : Journal du Net, « A l’Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte », par Antoine Crochet-Damais.

Manu : C’est ce qui vient de se passer il y a quelques jours, l’Open Source Summit, où il y a plein d’entreprises qui se retrouvent et qui se sont congratulées sur le logiciel libre, l’open source de leur point de vue. Ça marche bien et ça aussi ce n’est pas mal.

Christian : ZDNet France, « La Commission européenne privilégie le logiciel libre », par Thierry Noisette.

Manu : Là c’est tout un truc au niveau de l’Europe où il y a des recommandations qui sont en train d’être faites, on parle d'une des entités, la Commission, donc ça peut percoler, en théorie, jusqu’aux administrations des différents États ; c’est quelque chose d’assez fort. Je pense qu’on va en parler dans les semaines qui viennent parce que c’est assez conséquent.

Luc : Le sujet de la semaine, ça va être ?

Nico : Un sujet à troll !

Luc : Un sujet à troll, oui, et une question de navigateur internet puisqu’on l’a vu dans la revue de presse : Microsoft décide d’utiliser Chromium1. On le rappelle, Microsoft fait des navigateurs depuis très longtemps ; il y a fort longtemps 20 ans, 15 ans, dans ces eaux-là, ils avaient sorti une série de navigateurs qui s’appelait Internet Explorer qui a été maudite par tous les développeurs.

Manu : Hou ! Je maudis encore les développeurs qui ont travaillé sur cette bouse !

Nico : C’était un véritable cauchemar à l’époque. En fait, le navigateur n’implémentait pas bien les standards et, du coup, les développeurs web s’arrachaient les cheveux pour avoir des sites à peu près compatibles. Malheureusement il était majoritaire, il trustait 80 % ou 90 % de parts de marché à l’époque, donc on n’avait pas le choix.

Luc : Microsoft utilisait sa position dominante avec le système d’exploitation pour forcer à l’utilisation de son navigateur et pour tout péter en se disant « on va mettre la main sur Internet » à une époque où c’était en train de se développer.

Christian : Et il prenait les utilisateurs en otage.

Luc : Il y a déjà quelques années, Internet Explorer ayant fini par récupérer une réputation absolument désastreuse, ils se sont dit : il faut qu’on se refasse une virginité et on va créer un machin qui s’appelle Edge. Ils n’ont pas pu se retenir de prendre un logo qui ressemblait vachement à celui d’Internet Explorer et, du coup, de saboter leur propre plan, en disant « on recommence tout depuis zéro ». J’avais lu des trucs plutôt positifs disant que ça marchait plutôt pas mal.

Manu : C’était moins pire !

Luc : Voilà ! Tout aussi proprio que ce soit.

Christian : Mais comme ce n’est pas un logiciel libre, on ne peut pas savoir s’ils n’ont pas repris exactement le même qu’avant en changeant juste le logo !

Luc : En tout cas aujourd’hui, coup de théâtre qui n’en est pas tout à fait un parce qu’il y avait quand même des signes annonciateurs : ils ont décidé de passer à Chomium. Chomium c’est quoi ?

Nolwenn : Chromium c’est un navigateur qui est basé sur du logiciel libre, de base.

Manu : C’est du logiciel libre.

Nolwenn : Par The Chromium Projects, c’est ça ?

Manu : Voilà.

Nolwenn : Qui est basé sur WebKit.

Manu : Il y a tout un historique dans les moteurs de rendu2 : Blink, WebKit, KHTML ; c’est une famille de logiciels.

Luc : Il faudrait qu’on en parle en détail et qu’on explique aussi ce qu'est un moteur de rendu.

Nolwenn : Le moteur de rendu c’est ce qui fait que vous allez pouvoir voir votre page web de façon visuelle et pas en mode texte sur un terminal.

Luc : D’accord. C’est ce qui va interpréter le code pour l’afficher, en quelque sorte.

Nolwenn : Oui, c’est ça.

Luc : Et en quoi c’est important ?

Nico : Si on veut avoir le même rendu d’un navigateur à l’autre, le but c’est d’avoir normalement des normes, des specs qui disent comment ça doit se rendre, comment telle balise va s’afficher dans une page. Du coup, chacun a plus ou moins ses implémentations et sa propre lecture des specs. Il faut être relativement proche d’un navigateur à l’autre pour ne pas trop perturber l’utilisateur.

Manu : Le résultat c’est que Chromium est intégré sous la forme majoritaire dans le logiciel privateur fait par Google qui s’appelle Chrome, mais dont le cœur, le moteur comme dans une voiture, ce qui fait tourner la bête, eh bien est libre, ce qui nous plaît de plein de points de vue, n’est-ce pas Christian ?

Christian : Comme Chrome n’est pas un logiciel libre, nous ne savons pas dans quelle mesure ce moteur libre a été modifié pour ne plus être aussi fonctionnel que le libre. Donc !

Nolwenn : Oui. De ce point de vue-là ça peut très vite se voir au niveau du développement web parce que justement, dès qu’on va vouloir faire un peu CSS [Cascading Style Sheets] ou même du Java script…

Manu : Ce sont des apparences et des fonctionnements. Ce sont des technologies qu’on implémente.

Nolwenn : Dès que l’on va vouloir avoir un affichage identique entre Chrome et Firefox, par exemple, on pourra se rendre compte qu’il y a des spécifications définies par le W3C [World Wide Web Consortium] qui ne sont pas respectées et qui font que l’affichage va se casser.

Manu : Là tu as introduit Firefox3. C’est un concurrent en logiciel libre, c’est donc un autre navigateur internet.

Luc : De la Fondation Mozilla qui est l’organisation qui le chapeaute, qui a d’autres projets également, mais c’est le projet phare. Du coup, avec ce moteur de rendu qui est vraiment la clef de voûte du navigateur, il y a plein de navigateurs, mais ils utilisent un nombre de moteurs assez réduit. Qu’est-ce qu’on a comme moteurs disponibles ?

Nico : On avait celui qui était plutôt basé sur Mozilla Firefox c’était Gecko. On a WebKit qui était un ancien moteur de rendu qui date des années 90, je crois, quelque chose comme ça.

Luc : 98.

Nico : 1998. Qui a été réutilisé par plein d’autres petits projets.

Luc : Dont Google avec Chrome.

Nico : Dont Google, mais il y a eu aussi Opera, Midori.

Manu : Apple.

Nico : Apple, Android ou autres et on avait du coup Internet Explorer, je n’ai plus en tête, d’ailleurs, le nom du moteur qui était utilisé.

Manu : On va l’oublier.

Nico : On va l'oublier. Et puis Edge qui est arrivé derrière. Il y a quelques années, l’avantage c’était que ces moteurs-là avaient globalement la même part de marché, on était aux alentours de 25 et 30 %, donc c’était relativement équitable.

Manu : C’est-à-dire que les utilisateurs qui allaient sur Internet utilisaient tous certains navigateurs mais à peu près de manière égale.

Nico : En gros, si on résume à Google, Firefox et Internet Explorer, il y avait 33 % chacun, plus les petits à côté, mais c’était une situation qui était relativement bien homogène. Aujourd’hui la situation n’est plus du tout la même avec Google qui truste 80 %, 70-80 %, le passage d’Internet Explorer à WebKit qui va encore plus monter la barre, donc on se retrouve aujourd’hui avec du 90 % pour WebKit et 10 % pour Gecko.

Manu : Ce n’est pas tout à fait WebKit, c’est un fork de WebKit qui a encore un autre nom, qui s’appelle Blink, c’est une famille.

Luc : Aujourd’hui pour expliquer : WebKit c’est le moteur qui avait été utilisé par Google dans Chrome, qui est utilisé par plein d’autres navigateurs, dont le navigateur d’Apple qui s'appelle Safari.

Manu : Par Apple, Safari.

Luc : Google, il y a quelques années, a forké c’est-à-dire qu’ils ont fait une nouvelle version qui est la leur, qui s’appelle comment ?

Manu : Blink.

Luc : Bkink. Du coup il y a encore des gens qui sont sur WebKit, notamment le Safari en question, Opéra, et il y a Bkink qui est utilisé par Chrome et Chromium.

Manu : Par Opera maintenant.

Nico : Et par Edge bientôt.

Luc : Donc par Edge puisque Microsoft, en gros, balance tout ce qu’ils ont fait et disent : « Nous aussi on se range derrière la bannière de Google ». Du coup, en termes de moteur, qu’est-ce qui reste qui ne soit pas Google ? Il ne nous reste, finalement que ?

Nico : Firefox.

Luc : Que Firefox !

Manu : Ça leur donne une importance phénoménale.

Luc : À Firefox ?

Manu : Oui. À Mozilla. Ce sont les derniers résistants, les rebelles !

Christian : Surtout que, du coup, c’est le seul logiciel libre, le seul navigateur complètement en logiciel libre, alors que les autres…

Luc : Chromium est libre !

Nico : Sur les grands navigateurs en tout cas.

Christian : C’est vrai. Chromium est un logiciel libre, par contre les utilisations de Chromium par Google, par Microsoft et par les autres, ce sont des boîtes noires.

Luc : Qui développe Chomium ?

Nico : C’est un projet, en fait, The Chromium Projects, qui regroupe, du coup, Google en premier contributeur mais n’importe qui peut aller dessus.

Luc : Donc c’est financé quand même par Google. Quel intérêt Google a à développer un machin comme Chromium alors qu’ils ont leur propre navigateur fermé Chrome ?

Nolwenn : Je suppose que comme c’est un projet libre, ça veut dire que n’importe quel développeur peut apporter sa propre contribution et ça peut permettre, justement après, d’apporter une plus-value à Chrome derrière.

Manu : Pour le coup, d’ailleurs, c’est ce qui se passe avec Microsoft. Microsoft va contribuer à ce qui est devenu une infrastructure commune. Le moteur est utilisé par différentes entités qui d’habitude sont en compétition et là il y a ce côté vertueux du logiciel libre où même des opposants, peut-être même des ennemis, des gens qui ont été en bataille, peuvent contribuer de manière positive. C’est du win-win !

Luc : Du coup, à la Fondation Mozilla ils sont complètement à la ramasse, ils sont tout seuls alors que les autres sont tous sur la même orbite !

Nico : C’est un peu compliqué parce que le principal problème de la situation qui va se créer c’est que Chrome est très majoritaire en utilisation, on est aux alentours de 60 % ; ça veut dire que Google est en position dominante pour pousser ce qu’ils ont envie sur le navigateur et, par ricochet, comme en plus c’est le moteur de rendu le plus utilisé, forcément les modifications vont être reprises par tous les autres derrière, donc on va arriver à 90 % des utilisateurs couverts, et puis Firefox va être tout seul au milieu et va ne faire que courir derrière Google à devoir implémenter exactement la même chose mais du coup sur un moteur différent.

Luc : Avec moins de moyens.

Nico : Avec moins de moyens, donc avec des bugs en plus, avec de la compatibilité qui ne sera pas forcément assurée ou beaucoup plus difficilement que les autres navigateurs. Donc Google va être le maître du jeu à pouvoir mettre ce qu’il a envie dans son navigateur et à recréer l’espèce de monstre d’Internet Explorer 6 qu’on avait connu à l’époque, où on était obligé d’être compatible avec ce navigateur-là sous peine de perdre tous les utilisateurs.

Manu : Petit détail, c’est quoi le financement de Mozilla ? Rappelez-moi !

Luc : Aujourd’hui ils sont en train d’essayer de se diversifier, mais ils touchent l’essentiel de leur argent par les moteurs de recherche qui sont affichés dans le navigateur et le moteur de recherche par défaut, donc Google notamment. Évidemment, plus leurs parts de marché baissent moins ils vont toucher d’argent, parce qu’une fois qu’ils vont devenir négligeables eh bien pourquoi on continuerait à leur donner de l’argent ?

Manu : Sachant, il me semble, qu’ils avaient aussi fait des accords avec Microsoft.

Luc : Avec Microsoft, avec Yahoo, avec que des gens qui respectent à fond les données des gens !

Christian : Du coup, on s’aperçoit encore une fois que ça va être aux utilisateurs de faire la différence, d’essayer d’équilibrer les choses. Donc nous invitons tous les utilisateurs à utiliser de vrais logiciels libres et pas des boîtes noires basées sur du logiciel libre.

Luc : Tu crois vraiment que c’est comme ça que ça va se passer ?

Christian : J’ai foi en l’être humain ! Hum !

Nolwenn : Oui, mais si des navigateurs comme Firefox devaient éventuellement avoir des financements externes, jusqu’à quel point est-ce qu’on peut être sûr que c’est effectivement libre et respectueux des données privées ?

Christian : On a accès aux sources et après on peut, effectivement, s’intéresser à la transparence de la gouvernance de la Fondation Mozilla. Et là, effectivement, il y a des choses à dire.

Nico : L’accès aux sources des fois c’est compliqué. Par exemple Mozilla s’est fait avoir : le magasin des applications, en fait, était hébergé sur des serveurs distants qui utilisaient du Google Analytics dessus. Quand on allait sur la page pour installer des extensions, on était traqué par Google et compagnie et c’est du code auquel on n’a pas accès. Autant le code du navigateur en lui-même était libre, on pouvait faire ce qu’on voulait, mais les trackers étaient à distance sur des serveurs.

Luc : Il y a des choses qui sont contestables pour Firefox. L’ambition de la Fondation Mozilla c’est de jouer dans la cour des grands, d’avoir un truc qui soit adapté au grand public.

Manu : Ils jouent dans la cour des grands.

Luc : Oui, mais du coup ils font un certain nombre de compromis. Des gens avaient râlé quand ils avaient accepté de mettre des DRM [Digital Rights Management] qui sont des systèmes de contrôle, qui sont un peu l’antithèse de ce qu’on aime dans le logiciel libre, pour la lecture des vidéos. En même temps ils avaient dit : « Si on ne fait pas ça, on meurt instantanément », ce qu’on peut comprendre.

Nolwenn : Pour le côté des DRM ce n’était pas un sujet qui avait été soulevé au niveau du W3C, justement ?

Luc : Oui, le W3C l’avait accepté, il l’avait implémenté.

Nolwenn : Donc c’est un peu tirer sur Firefox alors que, finalement, ce n’est pas forcément Firefox tout seul !

Luc : Tout à fait !

Nolwenn : Firefox ou la Fondation Mozilla.

Luc : Moi, il y a un truc sur lequel je me suis trompé récemment, c’est que la Fondation Mozilla a sorti une page, enfin une classification des gadgets hi-tech qui respectent la vie privée et ils ont un texte qui encense le Kindle d’Amazon qui, certes, n’a pas de caméra ou de choses comme ça donc pour eux c’est vraiment super, mais qui est quand même un système à base de DRM de la pire espèce, qui peuvent effacer les bouquins à distance, qui est proposé par un des GAFAM et non des moindres.

Manu : Amazon.

Luc : Amazon qui, en plus de ça, est en situation de quasi-monopole sur la vente des bouquins ; c’est juste une horreur absolue. Et on a une Fondation Mozilla qui dit : « C’est super ! », alors qu’il y a plein d’autres liseuses qui existent sur le marché. Pourquoi proposer celle du gros GAFAM qui pue ? Moi je me demande : est-ce qu’ils ont été payés pour faire ce truc-là ? Je me pose des questions et je me dis : qu’est-ce que vaut leur engagement ?

Nico : Il y a eu aussi Pocket, la fameuse affaire Pocket où il y avait déjà un logiciel libre qui existait, qui s’appelle Wallabag4 qui était maintenu et plutôt bien maintenu et bien utilisé.

Manu : Qui permettait ?

Nico : Qui permet, en fait, de marquer ses sites internet pour lire plus tard ; du coup on récupère le texte.

Manu : Ça les enregistrait.

Nico : Ça les enregistrait, etc. On a Wallabag qui est un logiciel libre, on a Pocket qui était un logiciel propriétaire et Mozilla a racheté Pocket et a dit : « On l’intègre dans le navigateur ». Donc c’était arrivé par défaut dedans et Wallabag, du coup, s’est retrouvé « mais pourquoi ? Nous on existe intégrez-nous ! »

Luc : Et on ne peut pas paramétrer son navigateur pour dire : je mets le service de mon choix qui me permet…, le service équivalent de mon choix ?

Nico : On peut bien sûr installer Wallabag, mais ce n’est pas exactement la même intégration. On est obligé de désactiver complètement Pocket pour intégrer Wallabag en extension.

Luc : Du coup ma question c’est : est-ce que c’est si grave que ça si Firefox se retrouvait dans l’orbite de Google ? Parce qu’ils pourraient très bien faire une version de Chromium qui reste libre, qui fasse vraiment le ménage pour qu’il n’y ait pas de système de surveillance comme ils le font aujourd’hui avec Firefox et, au final, leur démarche est quand même vachement commerciale. Est-ce que c’est vraiment la fin du monde ?

Manu : C’est du logiciel libre, donc ils n’ont pas besoin de faire quelque chose même pour garder des parts de marché ; c’est vrai qu’ils ont tendance à chercher à exister, à être utilisés. Mais ce n’est pas une nécessité, ils peuvent continuer à fonctionner même avec 2 % de parts de marché sur Internet. Ce n’est pas forcément très grave.

Luc : Aujourd’hui il faut des millions : la patronne de Firefox s’est fait augmenter de 117 % l’année dernière ou 115 % ; elle touche deux millions et quelques, par an. Je trolle, mais derrière il y a également plein de développeurs et c’est quand même du haut niveau : il faut beaucoup de monde donc il faut beaucoup de sous.

Nico : C’est sûr que s’ils arrivent à 2 % ça va être compliqué pour eux de maintenir la fondation à flot. Ils pourront continuer, de toute façon, à vivre avec le logiciel libre mais l’argent est malheureusement le nerf de la guerre et les parts de marché aussi. C’est vrai que s’ils n’avaient pas réagi comme ils ont fait pour plein d’autres raisons, peut-être des besoins de marketing ou autres, eh bien ils auraient juste disparu de la surface de la planète assez rapidement.

Christian : On critique beaucoup la Fondation Mozilla mais c’est quelque part parce qu’on en attend beaucoup aussi. Et pourquoi on en attend autant ? C’est parce que des acteurs de cette dimension-là, dans le logiciel libre, eh bien il n’y en pas tant que ça. Récemment d’ailleurs, on en a perdu un, on a perdu RedHat qui a été racheté par IBM. Du coup on se pose la question d’avoir des acteurs importants. Mozilla Fondation c’est un budget en millions de dollars ; les GAFAM c’est en milliards, en dizaines de milliards de dollars, c’est déséquilibré et se pose la question du financement. Donc aux utilisateurs de se poser la question de savoir s’il faut qu’ils donnent leur argent aux GAFAM ou à des entités de développement de logiciels libres.

Luc : Cette question de la migration de Microsoft vers le monde Google est aussi catastrophique qu’on pense ? Ou est-ce que, au final, s’ils sont suffisamment nombreux à être derrière Google, ils pourront faire pression dessus ?

Nico : On espère juste ne pas revivre un Internet Explorer 6 et ne pas se traîner un boulet et subir les normes, les specs de Google ; c’est un peu le seul véritable problème, au final, dans cette affaire.

Luc : L’avenir nous le dira. Merci à tout le monde. On se retrouve la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Nico : Salut.

Christian : Salut.

Nolwenn : Salut.

Le prix du numérique

Tout est gratuit avec le numérique ! Ou pas.  Nous savons bien que « quand c’est gratuit, c’est nous le produit ». Mais au delà de ce constat, prenons le temps de lire ces quelques lignes pour comprendre plus profondément quel est le prix de ce numérique qui envahit notre quotidien, grâce à Serge Abiteboul. Thierry Viéville.

©wikimédia

Quand on cherche à établir le « prix du numérique », c’est vite la confusion. Les services du Web sont souvent gratuits, mais le coût d’une usine moderne de microprocesseurs peut être astronomique. Le fabricant taïwanais TSMC vient notamment de lancer la construction d’une usine de fabrication de puces de 5 nanomètres – une miniaturisation extrême des circuits – prévue pour 2020, pour près de 20 milliards de dollars ! Pour prendre un autre exemple, quel est le point commun entre la céramique d’une amie, Nathalie Domingo, et un smartphone sophistiqué ? Le prix. D’un côté, quelques heures de labeur d’une grande artiste ; de l’autre, les résultats de mois de travail d’une armée de chercheurs brillants et d’ingénieurs de talent. D’un côté, le luxe d’une pièce unique ; de l’autre, des fonctionnalités extraordinaires. La conception d’un smartphone revient très cher mais, comme il est fabriqué massivement dans des usines hyper-automatisées, son coût marginal de production très bas fait qu’il y en a plus de 30 millions en France aujourd’hui.

©casden.fr

Nous nous sommes également habitués à des services gratuits sur Internet, que ce soient des moteurs de recherche, comme Google ou Qwant, des réseaux sociaux, par exemple Facebook, ou des services de musique, tel Deezer. Accessibles quel que soit le niveau de revenu de l’utilisateur, ces services géniaux sont principalement financés par la publicité ou éventuellement par des abonnements. Leurs coûts d’exploitation sont modestes, du fait de la baisse des prix des ordinateurs et du relativement faible nombre d’employés. En avril 2013, l’application de messagerie instantanée WhatsApp comptabilisait 200 millions d’utilisateurs dans le monde, avec seulement 50 employés. Le logiciel d’un service du Web peut, lui, être reproduit à l’infini à un coût nul. C’est un bien non rival – que j’utilise WhatsApp n’empêche personne de faire de même. Reste à construire des fermes de serveurs pour accueillir les données, mais elles sont mutualisées entre tous les utilisateurs. Pour Facebook, en 2011, le coût d’exploitation n’était que d’environ 1 dollar par utilisateur mensuel actif. Chaque utilisateur supplémentaire apporte plus de profit et, effet réseau oblige, accroît l’attractivité du service. Avec la publicité, les géants d’Internet sont assis sur des mines d’or.

cette image sur le logiciel libre est libre de droit 🙂

Dans ce contexte, il faut citer le cas des logiciels libres ou ouverts. Mis à disposition de tous, ils deviennent en quelque sorte des « biens communs ». Ce modèle se développe réellement : les serveurs du Web sont souvent des logiciels ouverts, comme nombre d’outils de programmation utilisés en apprentissage automatique.

Malgré tout, n’allez surtout pas expliquer aux cadres d’une grande banque que l’informatique ne coûte rien (j’ai essayé). Vous les verrez grimper au rideau : « On voit bien que ce n’est pas vous qui payez les machines et les salaires des informaticiens. » Mesdames et messieurs qui dirigez de grandes entreprises, relativisez ! Si des ordinateurs font une part importante du travail, – disons 80 %, pour 20 % des coûts -, ce n’est pas cher, même si cela représente une grosse somme d’argent.

Vous pouvez néanmoins poser la question de savoir pourquoi ce coût. Une première explication tient aux exigences de qualité. Quand un service de votre téléphone dysfonctionne, c’est souvent embêtant, mais acceptable. Quand, dans une transaction bancaire, le bénéficiaire est crédité, mais que le logiciel oublie de débiter le payeur, ça l’est moins. Les entreprises exigent, à juste titre, un haut niveau de sûreté et de sécurité de fonctionnement. La résilience aux pannes (sûreté) et aux attaques (sécurité) se paie. Une autre explication vient de la complexité des grandes entreprises. De fait, chacune est unique. Ainsi, une grande banque exige la conception, le développement, le déploiement, la maintenance de logiciels complexes « sur mesure » de grande qualité. Comme tout cela est unique, pas question de mutualiser les coûts. La combinaison « qualité et sur-mesure », cela ne vous rappelle pas la haute couture ? Quand le directeur des systèmes d’information vous présentera une note un peu salée, pensez que vous vous offrez du Dior ou du Chanel…

Serge Abiteboul, Inria et ENS, Paris

Cet article est paru dans Le magazine La Recherche, N°534 • Avril 2018

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Faire rouler les voitures hydrogène à base d'énergie renouvelable

Mobilité hydrogène. Rémy Maleingrey, Author provided

Une transition énergétique pérenne nécessitera d’impliquer, dans le processus de développement, de nombreux domaines scientifiques : sciences physiques, humaines, économique, sociale ou encore sciences de la vie avec comme préoccupation principale de replacer l’utilisateur au centre du dispositif. Au travers du projet ULHyS l’université de Lorraine fédère une dizaine de laboratoires multidisciplinaires autour de cinq axes thématiques allant de la production d’hydrogène au déploiement territorial. Différents acteurs du projet ULHyS ont été invités à visiter la station de recharge d’hydrogène FaHyence de Sarreguemines.

Depuis le 6 avril 2017, FaHyence est la première station de recharge en Europe à produire sur site de l’hydrogène par électrolyse à partir d’électricité d’énergies renouvelables fournie par EDF lors des pics de production en couplant un électrolyseur et une station hydrogène d’une capacité de 40 kg par jour, représentant les besoins de 20 à 25 véhicules par jour pour des charges de 350 à 420 bars.

Illustration de la station avec l’aimable autorisation de la société EIFER. Author provided

Des autonomies de 350km, sans émissions de gaz à effet de serre

Au niveau national d’autres projets sont finalisés ou en cours d'élaboration. HyWay est opérationnel depuis l’été 2018 sur le site du CEA de Grenoble et deux autres sont en développement à Rodez et Nantes. FaHyence est le fruit d’un partenariat entre EDF, EIFER, McPhy, Symbio Fcell et la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluences (CASC). Afin d’assurer une utilisation régulière de la station, une dizaine de véhicules circulent actuellement dans l’agglomération : des Kangoo ZE électriques équipés par la société Symbio d’une pile à combustible qui fonctionne comme un prolongateur d’autonomie.

Les piles à combustible à membrane polymère (PEMFC) consomment de l’hydrogène pur sans émission de gaz à effet de serre. Les autonomies sont de l’ordre de 350 km, dont 200 km grâce à une batterie Li-ion de 33kWh et 150 km en hydrogène grâce à une PEMFC de 5kW.

La station de recharge, sans être en accès libre, est ouverte à tout véhicule, français ou étranger, roulant à l’hydrogène après une demande d’autorisation à l’agglomération. Avantage non négligeable dans le cadre de cette expérimentation : le plein d’hydrogène est totalement gratuit. De ce fait, se sont rajoutés à la flotte captive de la CASC, neuf utilitaires supplémentaires achetés par des partenaires et des particuliers allemands et belges se sont réjouis de pouvoir remplir leur réservoir à Sarreguemines.

FaHyence fait partie du projet européen H2ME FCH-JU, qui vise à déployer 49 stations-service à hydrogène et 1400 véhicules d’ici 2020. A côte de l’électro-mobilité et le bio-méthane, l’hydrogène est le troisième axe du volet mobilité durable de FaHyence. Il reste un laboratoire d’observation privilégié et un démonstrateur de procédés.

Le plein en 4 minutes chrono

L’appropriation par les utilisateurs ne semble pas avoir posé de problème. L’aspect classique de la station et un mode opératoire de remplissage semblable à un approvisionnement conventionnel ont permis de limiter au minimum les phases de formation des utilisateurs. Certes, des améliorations pourraient être apportées dans l’ergonomie du raccordement et dans les interactions avec l’utilisateur, mais force est de reconnaître que le système reste d’une grande simplicité d’utilisation. Comparé aux heures de recharge des véhicules électriques conventionnels, les 4 minutes nécessaires à un plein d’hydrogène semblent anecdotiques.

La station comporte un électrolyseur alcalin d’une capacité de production de 1.8kg/h ce qui nécessite environ 50 litres d’eau par kilogramme d’hydrogène produit. A ceci s’ajoute une station de compression à deux niveaux, un premier allant jusqu’à 30 bars, le second, équipé d’un système de refroidissement à -20°C, permettant d’atteindre des pressions de 420 bars.

Ce système de compression apporte deux atouts majeurs à la station à hydrogène. Le premier est qu’il est possible de ravitailler, avec certaines restrictions de volume, des véhicules Hydrogène allant de 350 bars (cas des FC-EV comme la Kangoo ZE) à 700 bars, standard des voitures de tourisme roulant à hydrogène pur avec des autonomies de l’ordre de 450km (les FCV comme la Toyota Mirai, la Honda Clarity Fuel Cell et la Hyundai Nexo). Le second avantage du système de refroidissement est de réduire à 4 minutes le temps d’un plein contre 7 minutes pour une station non-refroidie.

Une station sous-exploitée qui pourrait aisément devenir compétitive

« La technologie à hydrogène, n’est pas le facteur limitant » commente Christian Hector, responsable des services techniques de Confluences et initiateur du projet FaHyence, « ce qui est le plus contraignant techniquement est l’électrolyseur ».

Avec 2,2 ravitaillements en moyenne par jour représentant environ 5% de sa capacité d’utilisation, la station est en nette sous-exploitation ce qui entraîne des problèmes techniques comme la défaillance de capteurs électroniques. Cela a pour conséquence un coût de recharge trop élevé pour être compétitif avec des systèmes classiques (le prix dépend du contexte local, à Sarreguemines on est à 10€/kg et en moyenne nationale à environ 6€/kg d’hydrogène ; pour rappel, il faut environ 1kg pour parcourir 100km).

Pour être rentable, il faudrait 30 véhicules minimum à s’alimenter quotidiennement. « Mais la rentabilité économique n’était pas l’objectif du projet. Il s’agissait de tester la mobilité électrique à hydrogène dans un contexte transfrontalier, ainsi que de valider la fiabilité technique d’une station à hydrogène couplée à un électrolyseur sur site ». Même si l’avenir de la station, dont le projet se termine en 2020, reste incertain, les objectifs visés ont été atteints et ceci grâce à l’opiniâtreté de Christian Hector et son équipe de la mobilité verte de la CASC.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

Liberté d’in-expression : quand les États de l’Union européenne souhaitent sous-traiter la censure aux géants du web !

Truthout.org/Flickr, CC BY-NC-SA

Le texte européen le plus liberticide de cette décennie est en approche

Hors un certain nombre de pays qui se sont opposés à ce texte, le Conseil de l’Union européenne vient d’acter un projet de loi au parfum pour le moins désagréable pour ce qui concerne les libertés publiques. Poussé par la gouvernance actuelle française, ce texte – peu médiatisé – pourrait s’avérer l’un des coups les plus violents jamais portés à la liberté d’expression dans les pays « démocratiques » de l’Union européenne. Le débat autour de ce texte va maintenant se poursuivre au parlement européen.

Il convient de préciser que le 12 décembre 2018 un premier rapport sur la lutte antiterroriste a été adopté à une très large majorité : sur 661 votants, 474 ont voté en faveur de ce dernier tel qu’il a été amendé, 112 voix contre, 75 votants se sont abstenus. Cette adoption était prévisible. Il faut toutefois noter qu’elle s’est déroulée dans un contexte très particulier : au lendemain du terrible drame de Strasbourg à proximité du marché de Noël. Ce rapport sur « les observations et les recommandations de la commission spéciale sur le terrorisme » est dans la même ligne. Ce rapport désormais adopté est un marchepied qui vient appuyer le texte à venir, texte qui recommandera entre autres mesures la sous-traitance de la censure aux géants de l’Internet.

De quoi s’agit-il ?

Usant toujours de la même argumentation – a priori- louable : la lutte contre le terrorisme, ce texte – que vous retrouverez sous l’intitulé : « Règlement du Parlement Européen et du Conseil relatif à la prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne » obligera tous les acteurs du Web à se soumettre aux outils de surveillance et de censure automatisés fournis par Facebook et Google. Quand la Quadrature du Net qui soulève le problème s’interroge : « Une loi européenne pour censurer les mouvements sociaux sur Internet ? » La réponse apparaît tristement contenue dans la question au regard des éléments exposés ci-après et des mouvements sociaux qui se déroulent en France depuis quelques semaines.

Nonobstant un projet réalisé dans un timing empêchant tout débat public, ces alliances contre-nature associant des géants du Net à des États dans l’exercice de la censure sont préoccupantes.

Pourquoi est-ce une dérive dangereuse ?

Si le règlement européen franchit ici un nouveau cap, c’est qu’au-delà d’une exigence de retrait dans l’heure sous peine de sanctions financières des prestataires, ce projet de loi prévoit d’intégrer également des « mesures proactives ».

Il s’agit donc d’avoir recours à de la censure automatique préventive ! Pour faire simple, cette censure serait alors paramétrée par les autorités concernées et les géants du web.

Voici ci-dessous quelques extraits de ce que propose ce projet de règlement en terme de mesures proactives (article 6). Un règlement que je vous encourage à lire attentivement et dans son ensemble (Bruxelles,le 7 décembre 2018 : Règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne).

Mesures proactives 

  • Les fournisseurs de services d’hébergement prennent, selon le risque et le niveau d’exposition aux contenus à caractère terroriste, des mesures proactives pour protéger leurs services contre la diffusion de contenus à caractère terroriste. Ces mesures sont efficaces et proportionnées, compte tenu du risque et du niveau d’exposition aux contenus à caractère terroriste, des droits fondamentaux des utilisateurs et de l’importance fondamentale de la liberté d’expression et d’information dans une société ouverte et démocratique.

  • Lorsqu’elle a été informée conformément à l’article 4, paragraphe 9, l’autorité compétente* visée à l’article 17, paragraphe 1, point (c), demande au fournisseur de services d’hébergement de soumettre, dans les trois mois suivant la réception de la demande, et ensuite au moins une fois par an, un rapport sur les mesures proactives spécifiques qu’il a prises, y compris au moyen d’outils automatisés.

Lorsque il est évoqué la notion « d’autorité compétentes » qui seront habilitées à superviser ces mesures proactives elles sont « précisées » dans le point (37) :

« (37) Aux fins du présent règlement, les États membres devraient désigner des autorités compétentes. L’obligation de désigner des autorités compétentes n’impose pas nécessairement la création de nouvelles autorités ; il peut en effet s’agir d’organismes existants chargés des fonctions prévues par le présent règlement. Celui-ci exige la désignation d’autorités compétentes chargées d’émettre les injonctions de suppression et les signalements et de superviser les mesures proactives, ainsi que d’imposer des sanctions. Il appartient aux États membres de décider du nombre d’autorités qu’ils souhaitent désigner pour remplir ces tâches ».

De la contestation à la sédition… jusqu’au terrorisme : le poids des mots, le choc de la censure !

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, quand le ministre de l’Intérieur dénonce « les séditieux » parmi les gilets jaunes, on peut s’inquiéter fortement sur l’usage futur et dévoyé qui pourrait être fait par la gouvernance actuelle (et d’autres) d’une telle loi.

Les mots ont un sens, et les mots ne sont pas innocents ! Ils le sont d’autant moins lorsque l’on est aux responsabilités. Je rappelle donc qu’une sédition « est une forme d’émeute face à un pouvoir ou une autorité établie, dont le but ne serait pas uniquement de renverser les détenteurs d’une puissance, mais de rompre définitivement tout lien avec ce système ».

La problématique est que de « sédition » à « criminel » puis à « terroriste » il n’y a qu’un pas qui pourrait être vite franchi pour justifier une censure totalement outrancière en cas de mouvement social contestataire s’exprimant demain sur Internet.

Aussi, et au regard du type de qualificatif qui a été utilisé lors du mouvement de contestation sociale massif qui se déroule actuellement en France, que ce qualificatif soit supposé désigner quelques individus ou un collectif est en définitive peu important… Le mot a été lâché ! Il laisse sous-entendre que sous une telle loi un mouvement de contestation du type des « gilets jaunes » – en France comme ailleurs – pourrait être traité comme un mouvement potentiellement séditieux et de fait être censuré au plus tôt par les autorités et leurs nouveaux alliés de la censure.

Cela entraînerait ipso facto (par exemple) une impossibilité d’usage du Net pour l’organisation de rassemblements. Que ces rassemblements soient pacifiques ou non, ils pourraient être rapidement mis « dans le même panier » ! Le couperet de la censure pourrait alors s’abattre de façon généralisée et préventive pour “tuer dans l’œuf” ce type de mouvement contestataire. Il sera nécessaire et suffisant de s’appuyer sur les comportements de quelques illuminés réellement dangereux… pour brandir le terme sédition et co-actionner la censure algorithmique adaptée ! Pour le bien de la sécurité nationale, évidemment…

« Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». (Bertolt Brecht)


À suivre

The Conversation

Disclosure

Expert auprès de l'UNODC, (Office des Nations unies contre la drogue et le crime) dans le cadre du programme E4J : The First Expert Group Meeting to Peer-Review the E4J University Module Series on Cybercrime

Les droits de l’homme commencent près de chez soi

1958 : dix ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Eleanor Roosevelt, coauteur de ce texte au côté de René Cassin notamment, s’interrogeait :

« Où, après tout, commencent les droits de l’homme ? »

Et elle répondait :

« Dans les petites collectivités ; près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. »

Eleanor Roosevelt lisant la Déclaration universelle des droits de l’homme (en 1949). DR

C’est, bien en effet, dans sa commune, dans son quartier, dans son univers personnel que chaque femme, chaque homme, chaque enfant aspire à la protection de ses droits. Les droits de l’homme ne s’exercent pas dans le vide : ils n’ont de sens qu’au sein d’une collectivité et les individus qui les revendiquent sont toujours géographiquement situés.

Les droits de l’homme ou les oubliés de la décentralisation

2018 : 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la question de la protection locale des droits de l’homme reste toujours non posée et donc méconnue, une « terra incognita » a-t-on dit. Si les droits de l’homme –

« fait idéologique et politique majeur » de ces dernières décennies, selon Marcel Gauchet – sont partout, ils ne sont peut-être pas là où l’on pourrait les attendre le plus, à savoir au niveau local.

Un examen des principales lois françaises relatives à la décentralisation révèle que la notion de « droits de l’homme » n’y est, pour ainsi dire, jamais employée. De nombreuses compétences ont pourtant été transférées aux collectivités territoriales.

Les responsabilités des collectivités territoriales

Or, lorsqu’un État délègue une partie de ses attributions à des autorités locales, il doit, conformément aux normes internationales des droits de l’homme, s’assurer que celles-ci respectent et font respecter leurs obligations en la matière. Il doit aussi leur donner les moyens de le faire.

René Cassin, l’un des principaux artisans de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Wikimedia

Cette affirmation ne doit pas être source de malentendus : elle ne signifie pas qu’en décentralisant, l’État central se déleste sur les collectivités territoriales d’une partie de ces obligations en matière de droits de l’homme. Elle signifie seulement que les collectivités territoriales ont des obligations découlant des droits de l’homme et que ces obligations s’ajoutent à celles du gouvernement sans s’y substituer : si l’État central est le premier garant de ces droits, il n’en est pas le seul.

Les organes onusiens de contrôle des droits de l’homme le rappellent régulièrement : dans son dernier rapport sur la France, le Comité des Nations unies pour l’élimination des discriminations raciales s’est ainsi dit préoccupé par les manquements des collectivités territoriales françaises dans ce domaine et a demandé à la France de s’assurer que le transfert de compétences aux collectivités locales n’affecte pas la non-discrimination sur son territoire.

Dans le domaine social également, les collectivités territoriales ont d’importantes responsabilités : ce sont ainsi les départements qui, en fournissant des prestations financières, jouent un rôle-clé s’agissant du droit à un niveau de vie suffisant protégé à l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Comme Monsieur Jourdain…

Toutefois, les élus locaux et agents des collectivités territoriales « font » bien souvent des droits de l’homme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans en avoir conscience.

Ainsi du cas de ce département qui refusait de loger une mineure d’origine nigériane victime d’un réseau de prostitution : l’Aide sociale à l’enfance se disait submergée et renvoyait l’État à ses propres responsabilités en matière d’immigration. Ce faisant, les agents du service en cause étaient-ils conscients de porter atteinte aux droits de l’homme ?

Un centre d'accueil de l’aide sociale à l’enfance (ici à Forges-les-Bains). Lionel Allorge/Wikimedia, CC BY-SA

Certes, certaines collectivités territoriales font montre d’une aspiration à s’emparer de ces droits : plusieurs communes françaises, de toute taille (Angers, Bordeaux, Caudebec-lès–Elbeuf, Quimper, Perpignan, Rezé, Strasbourg…), ont ainsi signé la Charte européenne des droits de l’homme dans la ville, texte rédigé par et pour les instances locales.

Ces « bonnes pratiques » sont-elles, toutefois, révélatrices d’une évolution générale au sein des collectivités territoriales et d’un souci accru de la part des élus locaux de protéger ces droits ? Et des actions sont-elles mises en œuvre dans le cadre local à cette fin ?

Métropoles et régions versus petites communes

C’est à ces questions que le projet GLOCAL, financé par l’Agence nationale de la recherche a cherché à répondre, son but étant de se pencher sur l’expérience quotidienne en France de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Dans le cadre de ce projet, une enquête, combinant des entretiens et un questionnaire (ayant obtenu 500 réponses complètes exploitables), a été menée auprès des élus locaux. 5 % des répondants seulement citent spontanément la Déclaration universelle des droits de l’homme comme texte de référence dans l’exercice de leur fonction.

Les résultats de cette enquête révèlent que les pratiques locales en faveur des droits de l’homme sont principalement fonction de la taille de la collectivité locale, de son poids démographique et de son statut : ainsi, c’est au sein des régions et des métropoles que les pratiques favorables aux droits de l’homme se font plus intenses, au contraire des petites communes. Dans les grandes collectivités territoriales, les droits de l’homme sont mobilisés lors des débats publics, voire dans les textes administratifs. Des informations sont proposées aux élus et aux agents et les dispositifs d’accès aux droits vont chercher, par exemple, à viser les minorités.

Par-delà les pratiques proprement dites, le regard que l’élu local porte lui-même sur les droits de l’homme est déterminé par sa propre trajectoire. Autrement dit, l’intérêt que celui-ci témoigne à ces droits est tributaire de son niveau de diplôme, de sa profession ou encore de ses engagements personnels (militants, associatifs ou religieux).

Des « lointaines chimères » au « vœux pieux »

Sur cette base et à la lumière de notre étude, il est possible de distinguer trois grandes catégories d’élus locaux.

  • Une première catégorie d’entre eux, qui est majoritaire (48 % de nos répondants), envisage les droits de l’homme comme de « lointaines chimères ». Ces élus, bien souvent de petites communes et sans étiquette politique, expriment une relative distance à l’égard de ces droits. Peu enclins à recevoir des formations dans ce domaine, ils font montre d’une certaine défiance à l’idée que l’exécutif local puisse mobiliser ces droits.

  • Une deuxième catégorie d’élus (28 % environ de nos répondants) voit dans les droits de l’homme une « ligne d’horizon pour l’action ». Cette catégorie, qui regroupe principalement des représentants des grandes collectivités (régions, départements, métropole, communautés urbaines), s’approprie concrètement la culture juridique des droits de l’homme et cherche à développer des pratiques en leur faveur. Si les élus de cette catégorie sont souvent inscrits dans une collectivité de gauche, l’« attachement à l’esprit des droits de l’homme » n’est pas nécessairement associé à une majorité communiste ou socialiste, selon les termes d’une élue d’une métropole historiquement gouvernée par la droite lors d’un entretien.

  • Enfin, une troisième catégorie d’élus locaux (24 % environ de nos répondants) considèrent les droits de l’homme comme des « vœux pieux » : il s’agit souvent de représentants de petites communes, fréquemment à gauche et déclarant, bien souvent une pratique religieuse. Ces élus, particulièrement attachés aux droits sociaux, souhaiteraient une application renforcée des droits de l’homme dans le cadre local, mais insistent sur le manque de moyens et de financement dont ils disposent.

C’est dire que la bonne volonté juridique des élus ne suffit pas à garantir une bonne mise en œuvre de ces droits. Penser l’action locale en termes de droits humains et lui donner les moyens de se concrétiser peut contribuer à une effectivité plus grande de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il faut désormais penser ce texte en gardant à l’esprit les mots d’Édouard Glissant :

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde. »

The Conversation

Catherine Le Bris dirige le projet GLOCAL financé par l'Agence nationale de la recherche.

Pierre-Edouard Weill est membre du projet GLOCAL financé par l'Agence nationale de la recherche.

Les impératifs sécuritaires auront-ils raison de notre droit fondamental à la vie privée ?

Ce lundi 10 décembre, en pleine crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron a débuté son discours d’apaisement par rappeler l’importance que son gouvernement accorde aux enjeux sécuritaires. Une question une nouvelle fois mise en avant après la fusillade de Strasbourg.

Symboliquement, l’État semble accorder une importance toute particulière aux questions sécuritaires. Au-delà du symbole, ce tropisme sécuritaire prend une dimension politique concrète majeure si nous le lions à un événement récent, relativement peu souligné ces dernières semaines : la validation d’une base de données biométriques intitulée « Titres électroniques sécurisés » (TES) instauré par le décret n° 2016-1480 du 28 octobre 2016. Cette décision laisse entrevoir la mutation d’un État dont les points d’équilibre se déplacent imperceptiblement vers moins de droit et plus de surveillance. Signe annonciateur d’une clarification franche du brouillage de nos représentations institutionnelles ?

Un nouveau rapport de forces

En effet, les démocraties libérales occidentales semblent éprouver des difficultés à prospérer sereinement sur un système politique inédit où métaplateformes et État, punitif et divertissement, privé et public se mêlent, s’interpellent.

Ce changement de rapport de forces déstabilise le positionnement de l’État. Il n’est plus ni solitaire ni souverain mais cohabite avec d’autres formes de pouvoir pour configurer avec elles une nouvelle gouvernance mondiale.

Lors du Forum sur la Gouvernance d’Internet 2018 le 12 novembre dernier, le Président Macron officialisait ainsi la collaboration prochaine entre Facebook et l’État français, inaugurant le concept inédit de « co-régulation ».

Celle-ci apparaît tout à coup comme l’ultime avatar de ce brouillage des frontières institutionnelles où l’État n’est plus une entité régulatrice supérieure mais un partenaire affaibli, qui n’est plus en mesure de faire appliquer seul la Loi. Par cette coopération politique d’un genre nouveau, l’État ne détient en réalité plus qu’un droit de regard sur les solutions techniques proposées par les métaplateformes qui restent garantes en dernier recours des dispositifs mis en place. C’est tout cas le sens de l’expérimentation annoncée entre la France et Facebook concernant la suppression des propos haineux sur le réseau social.

Cette expérimentation s’inscrit dans la ligne droite d’un rapport adopté hier par le Parlement européen qui propose, « au prétexte de la lutte contre le terrorisme, de déléguer la censure du Web européen à Facebook et Google ». Une mesure dénoncée par le collectif La Quadrature du Net.

Cette « co-régulation » signifie ainsi que, désormais, deux systèmes coexisteront : souveraineté territoriale pour l’État contre souveraineté fonctionnelle pour les métaplateformes.

Souveraineté fonctionnelle contre souveraineté territoriale

En effet les plates-formes numériques géantes opèrent sur un marché mondialisé affranchi de toute frontière géographique où les conditions générales d’utilisation (CGU) prévalent face au flou juridique d’États ayant encore du mal à naviguer dans cette nouvelle économie. De fait, ces entreprises (location d’appartements, transport VTC, plates-formes e-commerce, réseaux sociaux) exercent désormais leur pouvoir non plus en tant que partie d’un conflit mais en tant qu’autorités réglementaires qui imposent leurs conditions de fonctionnement dans leur espace virtuel. À ce titre, l’annonce de Facebook de créer unilatéralement sa propre cour d’appel avec comme objectif annoncé de traiter les cas litigieux entre la plate-forme et ses utilisateurs est particulièrement parlant.

Pour compenser son affaiblissement fonctionnel, l’État a méthodiquement entamé un renforcement de ses attributions en termes de souveraineté territoriale, essentiellement sous la forme d’un discours sécuritaire dont l’objectif est de se re-légitimer aux yeux du peuple. L’État de droit mute ainsi progressivement en État de l’ultra-sécurité.

La mise en place d’un « méga-fichier » listant citoyens français a été validée par le Conseil d’État le 19 octobre.

Sécurité contre vie privée ?

En alignant son modèle de renseignements sur les nouvelles technologies, en modélisant les profils de citoyens pour identifier ceux présentant un risque particulier, l’État réduit volontairement le thème de la sécurité à un problème d’information et d’identification des menaces nécessitant la surveillance constante de tous plutôt que la gestion politique des causes, le plus souvent sociales et économiques, tel que présenté dans le tout récent plan d’action contre le terrorisme qui repose essentiellement sur l’identification et l’entrave immédiate de la menace terroriste, évidemment nécessaire mais n’adressant malheureusement pas les raisons fondamentales de la radicalisation de jeunes citoyens français.

L’État peut ainsi exhorter ses citoyens à accepter l’instabilité comme règle du jeu inévitable, que les causes profondes ne sont ni traçables ni réparables, que la menace ne peut être prévenue que par une sur-innovation et une hyper-surveillance des « ennemi).

Cet inversement de la relation hiérarchique entre causes et effets contrevient au principe même d’État de droit. Il remodélise au passage la nature du contrat social dont les termes passent de « liberté contre sécurité » à « liberté contre sécurité contre vie privée ».

Le glissement du contrat social

Dans le modèle initial de Hobbes, le contrat social transfère les pouvoirs au souverain en présupposant la peur réciproque et la guerre de tous contre tous : l’État est la solution qui vient mettre fin à la peur.

Un affichage prévenant de l’usage de caméra de vidéosurveillance au Royaume-Uni. Column/Flickr, CC BY-SA

Or dans l’État de l’ultra-sécurité, ce schéma se renverse : l’État se fonde durablement sur la peur car il tire d’elle sa fonction essentielle et sa légitimité, la justification de son repli régalien face à l’affaiblissement de ses prérogatives économiques ou sociales.

Le glissement du contrat social vers la formulation « sécurité contre vie privée » se fait au détriment de nos droits à la vie privée et au secret, au détriment de nos libertés publiques dans un contexte général où le débat public est tout sauf éclairé ou éclairant.

Ce glissement est d’autant plus simple à opérer qu’il est difficile de mobiliser la société sur des enjeux qui peuvent lui sembler lointains et moins immédiatement palpables que son pouvoir d’achat ou la charge fiscale et que les discours ambiants actuels, produits par les représentants de tous bords politiques, manipulent à l’excès la rhétorique de la menace, de la peur, du repli.

Ils tétanisent également une opinion publique craintive qui approuve sans questionnement ni débat ces pratiques sécuritaires et les (trop) rapides textes de loi liberticides qui les accompagnent, telle que l’emblématique Loi antiterroriste adoptée en 2017. Par ailleurs, les nombreuses alertes lancées à ce sujet par des organisations militantes comme la Quadrature du Net bénéficient d’un relais médiatique relativement faible.

Prédictabilité et calculs de dangerosité

Imperceptiblement, nous assistons déjà à ce qui peut se pratiquer en termes de police et de justice prédictives au nom de la prévention et de la sécurité. Dans ces nouveaux modèles algorithmisés chargés de calculer la « dangerosité » d’un individu, la jurisprudence est minorée face à la prévisibilité du droit.

Ces systèmes prédictifs nous considéreraient potentiellement comme tous coupables par défaut car tous potentiellement dangereux. Jusqu’à preuve du contraire. Or le risque démocratique est d’autant plus important que l’innocuité parfaite n’est absolument pas démontrable.

Dispositif de reconnaissance faciale à Nice.

Ce risque devient d’autant plus palpable que ces algorithmes pourront se nourrir du croisement de nombreuses bases de données : le mégafichier TES incluant nos empreintes digitales et les usages (même balbutiants) de la reconnaissance faciale automatisée, le fichier national d’empreintes génétiques, les données de la sécurité sociale, l’ensemble des traces numériques sur les réseaux sociaux, une vidéosurveillance généralisée dans des projets de smart city conçues sur des principes sécuritaires, etc.

À l’instar du système de crédit social que l’on voit apparaître aujourd’hui en Chine, chacun d’entre nous correspondrait à l’un de ces profil-type, assorti d’un score de risque personnalisé.

La sécurité est la condition absolument nécessaire de la démocratie. Condition nécessaire mais absolument non suffisante. Or elle est devenue un horizon présenté comme indépassable. Paradoxalement, nous tuons la démocratie au prétexte de la défendre. La sécurité nous est présentée comme la première des libertés, ce qui signifie en fait la dernière.

La nécessaire refondation du contrat social

Pour refonder le contrat social initial, nous devons interroger l’État de droit, son cadre, ses prérogatives et ses pratiques. L’État n’est pas une réalité immuable mais une construction politique malléable, à adapter aux époques et aux circonstances.

Nous sommes les contemporains d’un moment historique où ce qui se joue est la nécessité de retrouver notre condition de sujet en capacité de penser le monde qui vient, de le repolitiser, de construire une réalité où la technologie reste au service de l’intérêt général.

Quelques leviers sont aujourd’hui immédiatement activables à la fois par la société civile et par le politique. Le premier, de nature juridique, permet de mener des actions contre des usages jugés abusifs par des organisations comme la Quadrature du Net et Génération Libre contre la création du mégafichier TES. Le deuxième champ d’action consiste à exiger une responsabilisation des algorithmes et que ceux qui les créent rendent des comptes. Le troisième levier est axé autour de l’urgence de l’inclusion et l’« alphabétisation » numérique de tous afin que ces enjeux, invisibles mais fondamentaux, soient compréhensibles et à la portée de chaque citoyen.

Ethique et garde-fous

D’un point de vue réglementaire, le Règlement général sur protection des données est sans doute un premier pas intéressant vers la protection des données mais il sera nécessaire d’aller plus loin, en imaginant des procédures de contrôle notamment pour les données personnelles exploitées aujourd’hui par l’État lui-même. Il nous faudra également nous ressaisir de sujets techniques mais néanmoins indispensables comme le chiffrement des des données dont on ne parle plus vraiment. Enfin, des entrepreneurs portant une éthique forte concernant la collecte de nos données personnelles nous proposent déjà des solutions intéressantes à l’image du moteur de recherche français Qwant.

Ces initiatives diverses ne peuvent cependant pas nous exonérer d’une réflexion collective plus générale autour de la définition nouvelle que l’on souhaite donner aux termes« droits » et « liberté(s) » dans l’époque qui advient. Dans ce contexte, la question sécuritaire – et donc la surveillance, son corollaire – est tout autant une problématique de protection de données personnelles, de vie privée et de privacy que de libre arbitre, d’autodétermination, d’autonomie démocratique.

La sécurité est une illusion, un horizon que l’on ne pourra atteindre que très imparfaitement, au prix de dommages collatéraux importants. À l’inverse, l’insécurité est – et sera – une donnée invariante avec laquelle il nous faudra apprendre à composer. Dans ces conditions, quel arbitrage souhaitons-nous, sommes-nous réellement prêts à sacrifier nos libertés pour une promesse sécuritaire impossible ? Cette question mérite une réflexion rationnelle posant honnêtement et clairement les termes du débat, au-delà de toutes les éruptions émotives symptomatiques de notre époque.

Ce 10 décembre 2018, nous célébrions le 70e anniversaire de l’adoption par l’ONU de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Parmi ces droits fondamentaux figure (art. 12) le droit à la vie privée. Une liberté individuelle, collective et profondément universelle.

The Conversation

Asma Mhalla est consultante, experte des stratégies d'innovation et des nouveaux modèles d'entreprise.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 4 décembre 2018


Frédéric Couchet

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 4 décembre 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Caroline Corbal - Pierre Baudracco - Frédérique Pfrunder - Laurent Costy - Isabella Vanni - Olivier Grieco - Frédéric Couchet
Lieu : Radio Cause commune
Date : 4 décembre 2018
Durée : 1 h 30 min
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

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Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site cause-commune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web et rendez-vous sur chat.libre-a-toi.org ou directement sur le site de la radio et vous cliquez sur « chat », ainsi vous nous retrouvez également sur le salon dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 4 décembre 2018, nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être un podcast dans le futur.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Le site web de l’April est april.org et vous pouvez y trouver dès maintenant une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles que nous allons citer — ceux que nous n’avons pas encore mis sur la page je les rajouterai à la fin de l’émission —, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.
N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration. Je vous souhaite une excellente écoute.

On va passer maintenant au programme du jour.
Nous allons commencer par une interview de présentation du Paris Open Source Summit qui est un évènement qui va se dérouler demain et après-demain.
Ensuite, d’ici une quinzaine de minutes, notre sujet principal porte sur les logiciels libres et le monde associatif et j’ai le grand plaisir d’avoir en studio avec moi Frédérique Pfrunder, déléguée générale chez Le Mouvement associatif. Bonjour Frédérique.

Frédérique Pfrunder : Bonjour.

Frédéric Couchet : Également présent Laurent Costy, administrateur de l’April, co-animateur du groupe de travail Libre Association de l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC, donc Maison des jeunes et de la culture. Bonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour à toutes et à tous.

Frédéric Couchet : On vous retrouve d’ici une petite quinzaine de minutes. Ensuite, aux alentours de 16 h 45, nous aurons une présentation de notre initiative Libre en Fête par ma collègue Isabella Vanni.
À la réalisation de notre émission nous avons notre ami Olivier Grieco. Bonjour Olivier.

On va passer tout de suite au premier sujet. Comme je vous l’ai dit, on va commencer par une interviewe de Pierre Baudracco et Caroline Corbal qui sont membres du comité de programme de Paris Open Source Summit, qui vont nous parler de cet évènement qui a lieu les 5 et 6 décembre 2018 au Dock Pullman à Aubervilliers. C’est une interview qui a été enregistrée il y a quelques jours et on se retrouve juste après.

Frédéric Couchet : Eh bien bonjour. Je suis en compagnie de Pierre Baudracco et de Caroline Corbal ; nous allons parler d’un évènement qui se passe les 5 et 6 décembre 2018 à Aubervilliers, près de Paris, c’est le Paris Open Source Summit. Je vais demander à Pierre et Caroline de se présenter rapidement. Pierre.

Pierre Baudracco : Bonjour. Donc Pierre Baudracco, je suis président du programme de l’édition 2018 du Paris Open Source Summit ; je suis également président d’un éditeur de logiciels libres qui s’appelle Blue Mind.

Frédéric Couchet : Blue Mind est un concurrent libre à Microsoft Exchange, si je me souviens bien.

Pierre Baudracco : Exactement, la messagerie collaborative.

Frédéric Couchet : Caroline, peux-tu te présenter rapidement ?

Caroline Corbal : Bonjour, Caroline Corbal. J’ai le plaisir cette année de coordonner la thématique « Écosystème » du Paris Open Source Summit. Par ailleurs je travaille dans une entreprise qui s’appelle Inno3, spécialisée dans le logiciel libre et l’open data et je suis présidente d’une association qui promeut un outil libre de démocratie participative.

Frédéric Couchet : Qui s’appelle comment ?

Caroline Corbal : DemocracyOS.

Frédéric Couchet : OK. Merci. Maintenant on va commencer par la présentation de cet évènement, Paris Open Source Summit. Pierre, peux-tu nous présenter en quelques mots ce qu’est cet évènement, quels sont les objectifs, le public attendu, les intervenants qui sont annoncés ?

Pierre Baudracco : Très rapidement. Le Paris Open Source Summit c’est le plus grand évènement européen lié à l’open source. C’est un évènement généraliste qui va contenir un espace exposition, donc des sociétés viennent exposer leurs produits, leurs savoir-faire ; un grand programme de conférences dont je suis président et dont Caroline est vice-présidente d’une des thématiques majeures ; qui va contenir également un village d’associations, associatif, puisqu’une des particularités de l’open source c’est d’avoir tout un pan lié à la communauté, on en reparlera, et puis un événement qui intéresse aussi des VIP puisque nous avons l’honneur d’accueillir la ministre Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, des gens de l’ANSSI de l’État et diverses personnalités, le Cigref par exemple.

Frédéric Couchet : L’ANSSI c’est l’Agence de sécurité de l’État et le Cigref, rappelle-moi ce que c’est ?

Pierre Baudracco : Le Cigref, en gros, c’est le club des DSI des 150 plus grandes entreprises françaises.

Frédéric Couchet : C’est ce qui regroupe les directions informatiques des grandes entreprises françaises. Caroline, comme l’a dit Pierre, toi tu t’occupes d’un thème qui s’appelle le thème « Écosystème » ; est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Caroline Corbal : La thématique « Écosystème » cette année on l’a vraiment vue comme une tribune pour rassembler et valoriser celles et ceux qui ont fait le choix de l’ouverture et de la collaboration pour innover plus efficacement, plus durablement. Donc il y a des thématiques phares qui sont portées dans ce cadre-là, notamment « l’éthique du numérique » puisque la confiance dans le numérique en dépend. Donc on va parler de données personnelles, on va parler d’intelligence artificielle, des modèles économiques liés au logiciel libre aussi. On va aussi beaucoup parler de comment l’open source et ce qu’on appelle aujourd’hui l’inner source, donc des pratiques liées à l’ouverture peuvent accélérer la transformation numérique des organisations. On a fait aussi le choix d’apporter beaucoup d’importance à l’inclusion et à la diversité dans cette édition, notamment la place des femmes dans l’open source, dans le numérique en général mais dans l’open source aussi, déjà en féminisant plus le programme mais aussi en ayant des sessions dédiées à ce sujet-là qui seront très axées solutions pratiques : comment est-ce qu’on peut apporter collectivement des réponses à ces enjeux ? Il y aura des femmes de plein de projets à la fois recherche, d’entreprises, du secteur public, qui vont venir témoigner et apporter des solutions concrètes.

Frédéric Couchet : Ça c’est super. Déjà ça démontre qu’en fait, par rapport aux personnes qui écoutent l’émission, eh bien toute personne qui écoute l’émission peut venir, ne serait-ce que sur le thème « Écosystème ». Le grand public peut venir, peut découvrir ces conférences, et puis les personnes un peu plus techniques ou un peu plus connaisseuses de ces sujets peuvent aussi être intéressées par le thème « Écosystème » bien entendu mais aussi par les deux autres thématiques qui sont les thématiques « Tech » pour technique et « Solutions ». Pierre est-ce que tu peux nous les présenter ?

Pierre Baudracco : Effectivement l’open source est d’origine assez technique, ce sont des outils informatiques, donc toute la galaxie technique est invitée et vient en général à cet évènement.
La thématique « Solutions », on a voulu justement ouvrir pour proposer et montrer quelles solutions existaient en open source, en logiciel libre, à destination du grand public et des entreprises et il n’y a pas besoin de connaître le logiciel libre pour ça : c’est « voilà ce qui existe en termes de logiciels, d’applications de gestion ou autres ».
La thématique « Écosystème », Caroline en a parlé, ce sont tous les impacts que l’open source peut avoir sur la société et on aura des débats cette année, notamment en conférence plénière, un keynote sur la souveraineté, en quoi l’open source peut aider à préserver ou garder une souveraineté numérique en France ou en Europe par rapport aux géants américains qui sont très ou trop puissants. Et une problématique liée aux compétences, à l’emploi, à l’embauche, c’est pour ça aussi que la ministre madame Vidal vient puisque c’est un des enjeux phares : le numérique explose, l’open source est un moteur de cette révolution numérique et aujourd’hui on manque de talents et de compétences donc il faut favoriser l’émergence de personnes dans ces domaines.

Frédéric Couchet : Très bien. Ça me fait penser d’ailleurs que les gens qui peuvent chercher de l’emploi aujourd’hui dans le logiciel libre, eh bien Paris Open Source Summit c’est le bon moment de rencontrer des entreprises qui recrutent parce qu’effectivement vous recrutez des talents. Je suppose que c’est dans toutes les catégories techniques que vous recrutez.

Pierre Baudracco : Oui. Toutes les catégories : techniques, mais ça peut être même commerce, ça peut être marketing, mais effectivement il y a un gros focus sur le technique et d’ailleurs cette année, au Paris Open Source Summit, on a organisé un forum RH avec les coorganisateurs notamment Systematic, le pôle Systmatic a organisé un grand forum RH, un endroit pour se retrouver justement par rapport à l’emploi, donc avec des conférences, avec des jobs dating, avec un concours coding party, etc.

Frédéric Couchet : D’accord ça me fait penser à une question : qui organise, en fait, le Paris Open Source Summit ?

Pierre Baudracco : Le Paris Open Source Summit est coorganisé par le pôle de compétitivité Systematic, par les régions, par la société Weyou qui est en charge de la logistique et de la commercialisation de la partie exposition et par le CNLL qui est, en fait, la fédération qui regroupe l’écosystème professionnel du logiciel libre et qui fournit beaucoup de contenus justement.

Frédéric Couchet : Donc le CNLL qui veut dire Conseil national du logiciel libre, même si je crois que le nom va évoluer. En tout cas on peut dire que c’est la structure qui représente un petit peu les acteurs économiques du logiciel libre en France et je suppose qu’il y aura effectivement une présentation du CNLL avec les deux coprésidents Stéfane Fermigier et Philippe Montargès.
Tu parlais de Weyou ; pour les gens qui suivent le logiciel libre depuis longtemps c’est aussi la structure qui organisait les salons GNU/Linux expo il y a quelques années, donc il y a une persistance dans l’organisation, et une des caractéristiques, justement ce que tu disais tout à l’heure Pierre, et Caroline va peut-être pouvoir nous donner des détails sur la partie exposants, le village exposants qui mélange à la fois des entreprises et également des associations du logiciel libre.

Caroline Corbal : Tout à fait. Il y aura plusieurs stands dédiés aux entreprises de l’open source et, par ailleurs, il y a un village des associations qui réunit de nombreux acteurs associatifs qui représentent bien la diversité et la richesse, en fait, des associations du Libre. Il y aura également une session pour ces acteurs-là via l’outillage des associations ; donc même si vous n’êtes pas une association du Libre, vous pouvez aller vous renseigner sur les outils libres que vous pouvez utiliser au sein de votre association, qui sera coorganisée par Webassos et par l’April. On a vraiment souhaité donner une place particulière aux associations qui feront aussi la clôture du Paris Open Source Summit cette année.

Frédéric Couchet : Merci Caroline de parler de ça parce qu’en fait ça fait l’enchaînement vu que dans l’émission du 4 décembre le sujet principal ce sera justement logiciel libre et monde associatif avec notamment Laurent Costy qui intervient à Paris Open Source Summit.
Parmi les évènements associés, en tout cas les temps forts, j’ai noté, et je crois que tu voulais évoquer ça Caroline, la présence de la DSI de l’État qui va faire une journée ouverte à toutes les personnes de l’administration qui veulent contribuer au logiciel libre.

Caroline Corbal : Tout à fait. L’idée c’est d’organiser une journée, donc les blue hats, les chapeaux bleus, vous pourrez les reconnaître car ils vont vraiment porter des chapeaux bleus sur l’évènement. L’idée c’est de rassembler une communauté autour des logiciels libres qu’utilisent ou produisent les administrations et lever, petit à petit, les freins qui peuvent exister à la contribution à ces logiciels libres. Ça fait notamment suite au fait que l’État a publié récemment, cette année, sa politique de contribution en matière de logiciel libre.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Nous aurons l’occasion, début 2019, justement d’inviter des représentants de cette structure et qui ont nommé, en plus, un référent logiciels libres qui est un libriste de longue date, qui s’appelle Bastien Guerry, qui sera présent lui aussi, évidemment, à Paris Open Source Summit.
Pierre est-ce qu’il y a d’autres évènements associés dont tu veux parler ? Peut-être le Prix « Acteurs du Libre » ou d’autres évènements ?

Pierre Baudracco : Effectivement j’ai présenté le salon, l’évènement rapidement, j’ai oublié de mentionner que le Paris Open Source Summit c’est également une dizaine d’évènements associés comme la remise du Prix « Acteurs du Libre », comme le Forum RH, comme EOLE qui est un évènement sur la partie juridique de l’open source, comme l’Open Source Community Summit, comme l’Open CIO Summit donc un petit sommet des grands DSI. Voilà ! C’est plein d’évènements qui se déroulent dans le cadre du salon et je voudrais aussi rajouter, puisque Caroline a parlé du village associatif, que la cérémonie de clôture cette année, donc le deuxième jour, le 6 décembre en fin de journée, est organisée par les associations et sera assez festive. Nous aurons la présence de l’Open Source Initiative, l’OSI, avec son président qui va venir parler et fêter des anniversaires comme l’anniversaire de linux.fr, etc. Donc ça va être festif, venez nombreux déguster et manger ces gâteaux.
Et dernier point, le Paris Open Source Summit en chiffres : le Paris Open Source Summit c’est 5000 visiteurs, donc vous avez compris que tous les publics sont les bienvenus ; c’est un évènement qui est gratuit donc n’hésitez pas à vous pré-inscrire ou venir directement le jour même ; c’est plus de 200 conférences et plus de 150 exposants. Donc c’est une vraie grand-messe sur l’open source européenne.

Frédéric Couchet : Effectivement c’est un évènement à ne pas manquer sur le logiciel libre et l’open source. Tu parles des fêtes ; effectivement le site linux.fr qui est un site d’information sur le logiciel libre fête ses 20 ans et ça sera à la fois festif et aussi un peu bruyant parce qu’ils nous ont demandé notre mégaphone ; on essaiera de ne pas faire trop de bruit ! Mais effectivement, beaucoup de structures fêtent, entre guillemets « leurs 20 ans » parce qu’une date marquante dans le logiciel libre c’est 1998, comme tu l’as dit, avec notamment la création de l’Open Source Initiative et le lancement d’un certain nombre de projets.
Avant de vous laisser la parole peut-être pour des derniers points, on va rappeler les dates, le lieu et comment ça se passe en pratique : c’est-à-dire est-ce que les gens qui veulent venir doivent s’inscrire ? Est-ce que c’est payant ? Caroline est-ce que tu peux nous donner les informations pratiques ?

Caroline Corbal : L’évènement est gratuit. Vous pouvez réserver votre badge sur le site internet, donc c’est opensourcesummit.paris l’URL pour y accéder, et ensuite, le jour J, il suffit de se présenter et de récupérer son badge à l’entrée.

Frédéric Couchet : Quelles sont les dates ?

Caroline Corbal : Les 5 et 6 décembre. L’évènement ouvre ses portes à 9 heures les deux jours.

Pierre Baudracco : Et le lieu.

Frédéric Couchet : Le lieu, je l’ai noté, parce que c’est au Dock Pullman, donc c’est 87 avenue des Magasins Généraux à Aubervilliers. Rassurez-vous, c’est à 100 mètres de la Porte de la Chapelle et il y a des bus qui arrivent. Pierre, tu veux rajouter…

Pierre Baudracco : C’est juste aussi au bout de la ligne 12 du métro. On peut y aller en métro.

Frédéric Couchet : D'accord.On peut y aller en métro effectivement. Oui, Porte de la Chapelle je crois que c’est la ligne 12 de mémoire. Donc le Dock Pullman, les 5 et 6 décembre 2018, ça ouvre ses portes à 9 heures. Vous avez compris aussi qu’il faut être présent le jeudi 6 décembre aux alentours de la fermeture pour profiter du final avec les associations, les différentes fêtes. On va rappeler le site web c’est opensourcesummit.paris, donc pré-réservez votre badge ; l’accès est gratuit mais il faut s’inscrire. Caroline, Pierre est-ce que vous voulez rajouter quelque chose avant qu’on conclue ?

Pierre Baudracco : Non. C’est juste un grand évènement très ouvert, on a vu, différents publics, différentes manifestations, des conférences, donc venez nombreux, l’intérêt c’est d’être le plus nombreux possible pour accompagner cette ouverture de la révolution numérique qui passe par l’open source.

Caroline Corbal : Peut-être pour conclure, un dernier mot pour dire aussi merci à toutes les personnes qui ont contribué à faire de cette édition ce qu’elle va être et la diversité notamment du programme parce que là on est juste Pierre et moi et au comité de programme on est cinq personnes. Par ailleurs ce sont énormément de personnes qui travaillent sur le sujet, qui sont très représentatives de la diversité de l’écosystème, qui viennent du secteur public, du secteur privé, des associations et qui ont travaillé pendant un an. Donc un grand merci à toutes ces personnes.

Frédéric Couchet : Effectivement on les remercie. On a hâte d’être à la semaine prochaine, les 5 et 6 décembre 2018, à Aubervilliers, près de la Porte de la Chapelle, pour deux jours autour du logiciel libre. Écoutez, merci Pierre et merci Caroline. À bientôt.

Pierre Baudracco : Merci Frédéric.

Caroline Corbal : Merci et rendez-vous les 5 et 6 décembre.

Frédéric Couchet : Merci.

Frédéric Couchet : Merci.
Vous venez d’entendre une interview avec Pierre Baudracco et Caroline Corbal, membres du comité de programme de Paris Open Source Summit qui se déroule demain et après-demain au Dock Pullman à Aubervilliers.
Vous avez beaucoup entendu parler du terme open source. Pour les gens qui suivent bien l’April vous savez que ce n’est pas un terme que l’on privilégie. Les termes « logiciel libre » qui vient de l’anglais free sofware et open source dans le sens donné par l’Open Source Initiative, en pratique, désignent à peu près les mêmes logiciels, mais l’usage de ces deux termes met en valeur des points de vue qui sont très différents. Le mouvement du logiciel libre est avant tout éthique, basé sur le partage de la connaissance et sur l’entraide là où le mouvement open source met plutôt en avant les aspects pratiques, économiques, des logiciels libres. En plus, le terme open source est souvent utilisé pour tromper les personnes et qualifier des logiciels qui ne répondent pas aux critères donnés par l’Open Source Initiative, qui fête donc ses 20 ans dans deux jours.
Le terme logiciel libre étant plus précis et renforçant l’importance des libertés il est privilégié à l’April, mais l’évènement s’appelle Paris Open Source Summit.

Vous êtes de retour sur cause commune 93.1, toujours l’émission de l’April Libre à vous !. Comme l’ont dit Pierre Baudracco ou Caroline Corbal, Laurent Costy interviendra lors de l’évènement pour parler de l’outillage informatique libre pour les associations. Mon collègue Étienne Gonnu interviendra également dans deux thématiques : une thématique sur la directive droit d’auteur et une sur les logiciels libres de caisse suite à une action très importante menée par l’April et d’autres structures. Le détail du programme est sur le site opensourcesummit.paris et les interventions de l’April vous les retrouvez sur le site april.org.

Nous allons changer de sujet mais pas totalement vu que Laurent est avec moi. Laurent Costy, tu es administrateur de l’April, tu es co-animateur de notre groupe de travail Libre Association et tu es directeur adjoint de la Fédération française des MJC. Rebonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale au Mouvement associatif. Rebonjour Frédérique.

Frédérique Pfrunder : Rebonjour.

Frédéric Couchet : Déjà, avant d’introduire le sujet, avant d’aborder le détail du sujet logiciel libre et monde associatif, peut-être présenter en quelques mots vos deux structures ; donc Frédérique Pfrunder sur Le Mouvement associatif.

Frédérique Pfrunder : Le Mouvement associatif est une association, ça commence bien ! Nous regroupons en notre sein des coordinations associatives qui elles-mêmes regroupent des fédérations, des réseaux associatifs. L’objet du Mouvement associatif c’est de porter toutes les questions de développement de la vie associative en France, de traiter tous les sujets transversaux de développement de la vie associative. Voilà ! On essaye de porter la voix des associations notamment dans les rapports avec les pouvoirs publics, mais pas seulement, et d’animer aussi des réflexions inter-associatives sur des sujets partagés, les sujets de l’engagement du bénévolat, mais aussi des sujets du modèle économique, de la relation avec les partenaires publics, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Le site internet c’est lemouvementassociatif.org

Frédérique Pfrunder : Absolument.

Frédéric Couchet : Laurent Costy, tu ne vas pas présenter l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre ; le groupe de travail Libre Association, on y reviendra plus tard dans le cadre de l’émission. Par contre, tu peux peut-être nous présenter ton activité professionnelle en tant que directeur adjoint de la Fédération Française des MJC.

Laurent Costy : Je travaille au niveau de la Fédération Française des MJC en ayant travaillé préalablement au niveau des régions. Ce que je trouve intéressant de pointer là, finalement, c’est qu’à la fois j’ai un pied dans le monde libriste en étant administrateur de l’April et puis, par ailleurs, je suis confronté au quotidien à la difficulté des associations quand il s’agit de vouloir aller vers le Libre ; donc j’ai ces deux regards. Parfois je suis confronté à des situations assez complexes puisque moi j’aimerais aller vers le Libre au sein de la Fédération Française et puis le quotidien fait qu’à un moment donné on doit avancer, on doit sortir des fiches de paye avec un logiciel, etc. Ça on y reviendra tout à l’heure, mais voilà ! Je suis confronté au quotidien et tiraillé entre cette volonté d’aller vers le Libre et la difficulté au quotidien d’avancer sur le sujet.

Frédéric Couchet : On reviendra évidemment sur les difficultés au quotidien. On va commencer peut-être par faire un petit point sur le contexte associatif en France, sur l’équipement informatique des associations et les personnes pour gérer cet équipement informatique. Frédérique Pfrunder, est-ce que tu peux nous faire un petit point, justement sur cet environnement associatif pour qu’on comprenne mieux, parce que je crois qu’on sous-estime la place du mouvement associatif en France ; les télés parlent beaucoup de l’importance des entreprises, mais le mouvement associatif est très important.

Frédérique Pfrunder : C’est vrai, absolument. Un petit panorama rapide. Les associations, en France, c’est 1,5 million de structures, donc beaucoup ! À peu près 20 millions de bénévoles : on estime qu’un Français sur deux est adhérent d’une association. Ce qu’il est important de préciser c’est que les associations sont extrêmement diverses dans leurs modèles et 85 % d’entre elles fonctionnent uniquement avec des bénévoles. Après, à côté de ça, il y a 15 % d’associations employeuses ; la très grande majorité de ces associations employeuses ont un ou deux salariés, donc des toutes petites structures.
Le tissu associatif c’est ça : c’est 85 % d’associations qui ne fonctionnent qu’avec des bénévoles, des gens qui donnent de leur temps, un peu de temps, beaucoup de temps, ça dépend, mais qui donnent de leur temps gratuitement, et puis un certain nombre de petites structures employeuses, mais avec, encore une fois, un ou deux salariés qui sont là pour aider les bénévoles à remplir l’objet social de la structure et qui vont gérer les aspects administratifs, ce type de choses.
À côté de ça il y a des très grosses associations, enfin il y a des moyennes associations, de très très grosses associations ; on ignore parfois à quel point elles sont grosses : l’APF France handicap, par exemple, c’est 11 000 salariés ; c’est aussi énormément de bénévoles mais c’est 11 000 salariés. On peut en citer quelques autres que tout le monde connaît : la Croix-Rouge, Les Restos du Cœur, Médecins du monde sont des associations, Emmaüs, la Fédération Française des MJC qui est d’une plus petite taille évidemment, on n’est pas sur 11 000 salariés.

Laurent Costy : 170 salariés.

Frédérique Pfrunder : Voilà. Mais c’est une grosse structure associative : pour les associations, 170 salariés c’est beaucoup. Voilà pour un panorama très rapide et pour placer le contexte des associations, de ce que sont les associations. Elles sont présentes partout sur le territoire et sur des secteurs d’activité extrêmement divers : les associations c’est le sport, c’est la culture, l’éducation populaire, les loisirs, les colonies de vacances, l’animation, l’accueil d’enfants, l’accueil périscolaire. C’est aussi beaucoup dans le sanitaire médico-social ; il y a beaucoup de crèches qui sont des crèches associatives, des hôpitaux qui sont aussi associatifs, ce qu’on sait assez rarement. Voilà ! Donc c’est une très grande diversité d’actions, une très grande diversité de modèles, du coup une très grande diversité de besoins aussi, évidemment dans l’équipement informatique comme dans les compétences générales.
Si on parle de l’équipement, c’est vrai que là aussi c’est compliqué de faire des généralités compte-tenu de la diversité. Les associations, comme à peu près toutes les structures et les citoyens, ont progressé dans leur équipement informatique, évidemment, au fil des années. Être outillé en informatique, en numérique et faire appel aux outils numériques, c’est une nécessité pour le tissu associatif comme ça l’est dans la vie quotidienne d’à peu près tout le monde.
Il y a une étude de Recherches et solidarités qui a été faite en 2013 puis 2016, qui montre bien qu’il y a une évolution continue dans ce domaine-là : 72 % des associations sont équipées d’un site internet, donc 72 % sur les 1,5 million de structures, ça fait quand même…

Frédéric Couchet : Ça fait beaucoup de sites !

Frédérique Pfrunder : Ça fait beaucoup de sites !

Frédéric Couchet : Je précise que la référence de l’étude dont tu parles est sur le site de l’April pour les personnes qui veulent aller plus dans le détail.

Frédérique Pfrunder : Évidemment ça va être des sites d’une qualité inégale et qui ont une utilité différente en fonction des associations : ça peut être juste un site vitrine ou des sites ressources beaucoup plus importants, mais les associations se tournent évidemment vers ces outils. Beaucoup d’associations utilisent de plus en plus des réseaux sociaux, évidemment. Et puis on voit aussi une très nette progression de l'utilisation des outils collaboratifs sans doute parce que là ça répond aussi à un point essentiel de l’activité associative.

Frédéric Couchet : À leur pratique.

Frédérique Pfrunder : Eh oui, à une pratique qui est de faire parler les gens ensemble, de collaborer, de concerter, élaborer une parole collective parce que c’est bien ça qui est au plus profond des associations, c’est la construction collective, l’intelligence collective ; pour ça, les outils collaboratifs c’est quand même vraiment bien.
Ça fait partie des progressions importantes de ces dernières années en termes d’équipement pour les associations, ce qui veut bien dire qu’il y a un besoin important. Mais il y a aussi un besoin de compétences et là c’est plus compliqué. Ce qui est relevé par les associations dans leurs difficultés pour ça, c’est bien une question de temps, une question de moyens, une question de compétences en interne ; on y reviendra sans doute dans les discussions, que ça soit pour le Libre ou plus globalement pour l’équipement numérique de façon générale, en fait ; ce n’est même pas que pour le Libre.

Frédéric Couchet : Oui. Ce tour d'horizon concerne effectivement l’informatique en général.

Frédérique Pfrunder : Tout à fait.

Frédéric Couchet : On prend conscience, effectivement, à partir du moment où tu nous dis que dans 85 % des associations il n’y a que des bénévoles, forcément l’informatique va être gérée par des bénévoles qui connaissent plus ou moins un système et qui vont peut-être orienter des décisions.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Ceci dit, ce qui est intéressant c’est qu’il y a une assez bonne connaissance – enfin, une assez bonne connaissance – du principe du logiciel libre en tout cas dans les associations. Les associations interrogées, pour beaucoup d’entre elles, ont dit connaître l’idée du logiciel libre et soit être déjà équipées soit avoir envie d’y aller. Donc il y a une marge de progression intéressante en la matière.

Frédéric Couchet : Laurent Costy, tu veux réagir là-dessus ?

Laurent Costy : Oui. On l’a vu. Dans le cadre du groupe de travail de l’April Libre Association on a fait plusieurs enquêtes aussi, alors très modestes par rapport à Recherches et solidarités, mais ne serait-ce qu’avec ces enquêtes en 2008-2009 et puis 2014-2015, on a vu un peu le changement d’état d’esprit des associations. C’est-à-dire qu’en 2008-2009 la question c’était plutôt « mais c’est quoi les logiciels libres ? », alors que dix ans plus tard on avait la question « mais comment on fait pour y passer ? » Donc on sent bien quand même un changement de mentalité par rapport au logiciel libre et une connaissance au moins du nom et de ce que ça peut représenter.

Frédéric Couchet : Et de leurs usages, je suppose, en interne, mais on y reviendra par rapport aux types de logiciels. Est-ce que tu voulais ajouter quelque chose sur cette partie-là, Frédérique ?

Frédérique Pfrunder : Non. Je pense que ça fait un panorama déjà assez vaste et, encore une fois, qui montre toutes les potentialités. Il y a certainement un gros travail d’information, d’éducation à faire, mais en tout cas voilà ! L’intérêt existe, le besoin existe ; les associations ont plein d’usages à faire du numérique et là-dessus les outils du Libre peuvent sans doute correspondre à beaucoup d’entre eux.

Frédéric Couchet : Justement, on va arriver à ce sujet du lien entre monde associatif et logiciel libre. Je pense juste que j’ai oublié de citer le site web de la Fédération Française des MJC donc c’est ffmjc.org et le groupe de travail Libre Association c’est libreassociation.info même si on y reviendra tout à l’heure.
Justement Laurent, pourquoi les valeurs du logiciel libre rejoignent-elles celles du mouvement associatif ? Et finalement pourquoi c’est plus qu’un outil pour le mouvement associatif le recours au logiciel libre ?

Laurent Costy : J’avais travaillé un peu la question plutôt dans le lien logiciel libre éducation populaire. L’éducation populaire c'est finalement une forme un peu restreinte du mouvement associatif dans son ensemble puisque tout à l’heure on a cité la santé, on a cité le sport, etc., même si, évidemment, il y a des croisements. Il y a une partie du monde associatif qui se reconnaît dans l’éducation populaire donc c’est plutôt ce lien-là que j’avais travaillé, entre les valeurs de l’éducation populaire et les valeurs du logiciel libre. J’avais fait un master sur la question. Je vais vous épargner la longueur du texte, mais peut-être que je peux résumer, justement, par le lien entre les quatre libertés du logiciel libre et ce qui fait lien avec les valeurs de l’éducation populaire.
Si vous vous souvenez des quatre valeurs du logiciel libre :

  • vous avez la liberté d’utilisation. Là, très clairement, contrairement à un logiciel privateur, les utilisatrices et les utilisateurs sont égaux devant l’utilisation. On n’a pas de discrimination en fonction des aspects financiers, en fonction des aspects techniques, etc. Ça c’est une première chose qui met les utilisatrices et les utilisateurs sur le même pied d’égalité et ça c’est quelque chose qui rejoint un peu tout ce qu’on défend au sein de l’éducation populaire et plus généralement, quand même, au niveau des valeurs associatives ;
  • la deuxième liberté pour le logiciel libre, c’est bien la question d’étudier le programme. Là, très clairement, c’est l’ouverture à l’esprit critique. Quand les choses sont accessibles, ça veut dire qu’on autorise les gens à se pencher sur la question, à regarder, à observer, à critiquer, à poser des questions. On est, encore une fois, dans la progression du citoyen pour qu’il puisse soit s’outiller lui-même soit demander à d’autres pour être aidé et comprendre les choses. Si le logiciel est fermé, en aucun cas on ne peut aller voir ce qui se passe dedans et essayer de comprendre même si, bien sûr, il y a des questions de compétences au départ mais en tout cas on comprend bien l’esprit et l’esprit, au départ, est important à mon avis;
  • la troisième liberté c’est la question de modifier le programme. Je viens initialement d’un monde associatif sur la question de la culture scientifique et technique, donc évidemment la question du droit à la bidouille est vitale dans l’éducation populaire.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu appelles la bidouille ?

Laurent Costy : Le droit à la bidouille ça veut dire le droit à mettre les mains dans le cambouis, à essayer de comprendre comment c’est fait. C’est vital pour le citoyen à un moment donné, que ce soit un programme ou que ce soit une loi ; à un moment donné il faut s’intéresser aux choses et si on nous ferme la boîte, qu’on n’a pas le droit de s’intéresser aux choses, ça veut dire qu’on nous demande d’être des moutons, des lemmings, tout ce qu’on veut ; on doit faire ce qu’on nous dit et on n’a pas d’autre choix dans la vie. Là on va vers une société totalitaire ou je ne sais pas quoi, mais, en tout cas, ça ne va pas dans le sens d’un monde citoyen où chacun prend ses responsabilités, à mon avis. Ça c’était la troisième liberté ;

  • et puis la quatrième liberté de redistribuer le programme, eh bien là on rejoint toute la question de l’intérêt général et du bien commun. C’est-à-dire que là on nourrit : tout ce qu’on fait, ça sert aux autres et on ne garde pas ce qu’on a fait pour soi en espérant tirer parti de ça et puis surtout abuser des autres, sinon ça ouvre des perspectives vraiment négatives de mon point de vue. La quatrième liberté : redistribuer. L’intérêt général, le bien commun, on sait très bien que le logiciel libre rejoint vraiment cet esprit des biens communs, enfin des communs en général.

Frédéric Couchet : Finalement c’est une approche de l’informatique qui n’est pas du tout technique mais qui est totalement politique et sociétale en fait.

Laurent Costy : Complètement, et ça fait le lien aussi à un point qu’on avait soulevé dans notre enquête avec les associations : un des problèmes vis-à-vis de l’informatique, c’est que c’est considéré par les conseils d’administration comme quelque chose de technique. Comme c’est technique, ce n’est pas quelque chose qui doit être posé, discuté en conseil d’administration et ça je trouve que c’est une vraie erreur parce que l’outil est technique et l’outil est aussi source de pouvoir. Donc, à un moment donné, il faut absolument pouvoir maîtriser ces enjeux-là pour ne pas que l’association soit manipulée par ailleurs.
J’ai eu le cas, j’intervenais dans un centre social sur la question des logiciels libres samedi dernier, ils ont vraiment pris conscience que c’était important et, du coup, ils ont posé cette discussion-là en conseil d’administration et, à partir de ce moment-là, des actions sont nées. C’est-à-dire que c’est dans la discussion au sein du conseil d’administration qu’un plan d’action a été mis en œuvre, même modeste, mais en tout cas prenant en compte la question du logiciel libre, de la migration et puis de perspectives pour aller vers une informatique plus respectueuse des utilisatrices et utilisateurs.

Frédéric Couchet : Et ça c’est relativement récent. Je pense que ça confirme un peu ce que disait tout à l’heure Frédérique Pfrunder justement sur cette prise de conscience et le fait que c’est avant tout quelque chose de politique et qui ne dépend pas que des militants de terrain et que les structures dirigeantes doivent aussi accompagner.

Frédérique Pfrunder : Je partage totalement tout ce qui a été dit, évidement. Les associations sont comme les citoyens, forcément d’ailleurs puisqu’elles sont constituées de tous ces citoyens, et cette méconnaissance finalement du logiciel libre, de ses enjeux, au regard du monde informatique c’est assez largement partagé. Je pense qu’il y a un certain nombre de sujets aujourd’hui qui amènent à une meilleure connaissance, en tout cas plus d’inquiétude qui entraîne la nécessité, pour les uns et les autres, de s’intéresser. La question des données personnelles va quand même commencer à être de plus en plus saisie ; les associations y sont forcément confrontées parce qu’elles ont beaucoup de fichiers, etc. Donc tous ces questionnements autour des données personnelles vont aussi les obliger à s’interroger sur ces questions-là et à en faire des sujets plus politiques que techniques. C’est vrai qu’en général, dans une première appréhension, ils sont très techniques : il nous faut un site internet, il nous faut un logiciel de traitement de texte, il faut qu’on puisse gérer nos mails et puis chacun va amener sa compétence, celle qu’il a chez lui dans sa maison, dire : ah ben tiens, moi j’utilise ça, c’est pratique.

Laurent Costy : Ils vont surtout utiliser ce qui est imposé au quotidien ; quand on achète un ordinateur on n’a pas le choix !

Frédérique Pfrunder : Absolument. Ce qui est imposé au quotidien, ce qui est le plus facile. Il y a la question de ce qui est imposé, la question de ce qui est facile.

Frédéric Couchet : C’est la question de la vente forcée, effectivement, ordinateur-logiciel.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Et puis surtout l’absence de questionnement, effectivement, et le conseil d’administration d’une association va s’intéresser à son objet social. Une association qui a pour objet la lutte contre la pauvreté, eh bien dans son CA elle traite de la question de la lutte contre la pauvreté, elle ne traite pas de l’équipement informatique de sa structure, ce qui est un tort parce qu’effectivement les valeurs associatives il faut les faire vivre dans le projet qu’on porte mais au sein même du projet, évidemment. Une association c’est avant tout un collectif démocratique, un lieu de construction collective, d’élaboration collective, d’implication citoyenne et ça, ça doit passer aussi par le fonctionnement interne de l’association. Là-dessus, c’est sûr que la question des outils utilisés, de tous points de vue, doit se poser. Elle ne se pose pas pour la question informatique alors qu’elle va se poser, par exemple, pour l’équilibre des votes au sein du conseil d’administration. Finalement il faut aller plus loin et se dire que les outils qu’on utilise au quotidien sont aussi des éléments du projet. Ça ne se fait pas dans toutes les associations, mais il y a une appétence pour ça, sans aucun doute, et il faut que ça soit posé comme un enjeu, clairement.

Frédéric Couchet : Je suppose aussi que c’est compliqué parce que c’est relativement récent finalement ; on a l’impression que l’informatique est très ancienne, mais… C’est vrai que l’informatique est très ancienne, mais les bouleversements ont moins de dix ans, notamment avec l’arrivée des réseaux sociaux, les géants de l’Internet qui révolutionnent tout. Aujourd’hui il y avait la présentation de la nouvelle Freebox qui va encore plus loin dans l’espionnage, d’un certain point de vue, vu que Alexa est installé, le micro d’Amazon est installé par défaut sur la Freebox, donc on va vraiment dans un chamboulement complet. Effectivement, on peut comprendre que le monde associatif, comme tout le monde, a du mal pas à percevoir mais en tout cas à se positionner parce que ça nécessite du temps, des échanges. On ne peut pas critiquer ça, on peut le juste le constater et, effectivement, il faut discuter pour pouvoir mettre en place des solutions.

Laurent Costy : Oui le temps institutionnel associatif est long ; c’est un temps long ! Il faut laisser mûrir la réflexion, il faut requestionner, réinterroger le projet, etc.

Frédéric Couchet : Exactement! Je vous propose qu’on fasse une petite pause musicale. Attention, ça va bouger, parce que c’est un groupe de Montréal qui s’appelle Tintamare et le morceau s’appelle Downtown.

Voix off : Cause commune.

Pause musicale : Downtown par le groupe Tintamare.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm 93.1

Frédéric Couchet : Vous venez d’entendre Downtown du groupe Tintamare. J’espère que vous avez apprécié ça dans vos oreilles. Si vous n’avez pas compris toutes les paroles, sur le site de l’April vous avez le lien vers ce groupe et il y a non seulement le fichier musical mais il y a aussi les paroles.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Actuellement l’émission est consacrée au logiciel libre et monde associatif avec Laurent Costy, administrateur de l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC et Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale Le Mouvement associatif.

Juste avant la pause musicale nous parlions du rapprochement des valeurs entre le monde du logiciel libre, le monde associatif, éducation populaire, économie sociale et solidaire, et nous parlions aussi de la complexité de la prise en compte de la partie logiciel libre par les conseils d’administration d’associations. Frédérique, j’ai envie de te questionner un peu aussi sur la prise en compte par Le Mouvement associatif de cette question du logiciel libre. Quelle est la position ou, en tout cas, les positions que pourrait avoir Le Mouvement associatif, les perspectives sur ce sujet ?

Frédérique Pfrunder : Le Mouvement associatif, la structure donc, n’a pas pris de position formelle sur le logiciel libre en disant « il faut que les associations utilisent toutes des logiciels libres, etc. ». Ce n’est pas notre vocation, on ne donne pas d’instructions au monde associatif ; de toute façon on aurait tort d’essayer, on n’y arriverait certainement pas et tant mieux, d’ailleurs.
En revanche, ce sur quoi on essaye de travailler, c’est de sensibiliser les associations aux enjeux du numérique et évidemment, le recours au logiciel libre en fait partie. On a plusieurs projets dans ce sens-là ou plusieurs actions dans ce sens-là. On a monté un projet collectif qui s’appelle RéZolutions Numériques, qui a été déployé dans les régions avec un certain nombre d’acteurs où on traite de différentes questions relatives à l’utilisation du numérique, des outils informatiques par les associations en essayant de leur donner des clefs, des informations, de l’outillage. Évidemment, la question du Libre fait partie de cet ensemble dans RéZolutions Numériques. Quand on fait une journée RéZolutions Numériques en région, en général il y a toujours des acteurs du Libre, plutôt des acteurs locaux d’ailleurs, qui sont présents et qui viennent sensibiliser, exposer, partager.

Frédéric Couchet : De manière, effectivement, à montrer que ça existe et que des acteurs locaux, sur le terrain, existent pour accompagner éventuellement les structures.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Pour accompagner celles qui le souhaitent et, encore une fois, pour sensibiliser les acteurs associatifs à ces enjeux. Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi le logiciel libre par rapport à d’autres ?
Il y en a une nouvelle édition de RéZolutions Numériques à Arras dans deux jours donc dans les Hauts-de-France. Pour ceux qui sont dans les Hauts-de-France, n’hésitez pas à aller y faire un tour, vous rencontrerez plein d’acteurs du numérique.
On va voir un petit échange-débat dans le cadre d’un cycle de conférences qui s’appelle du Piment dans l’Assoc’, que le Mouvement associatif organise pareil, pour les associations, pour les sensibiliser à un certain nombre de questions sur leur structure-même et le prochain Piment dans l’Assoc’ est sur le numérique, on a appelé ça : « Associations, les pigeons du Web ? », c’est un peu un raccourci, mais justement pour essayer de pointer cette question-là. Je parlais des données personnelles tout à l’heure, des réseaux sociaux comme Facebook sont très désireux d’avoir plein de flux et notamment de flux associatifs sur leur réseau. Est-ce que quelqu’un, enfin est-ce que toutes les associations se posent vraiment des questions sur ce qui est fait des données, est-ce qu’il faut vraiment y aller et pourquoi il ne faudrait pas y aller ?

Frédéric Couchet : Et quelles alternatives existent ?

Frédérique Pfrunder : Absolument.

Frédéric Couchet : On pense notamment aux services proposés par Framasoft dans le cadre de CHATONS donc Collectif des Hébergeurs Autonomes Neutres Transparents et Solidaires et qui essaiment parce que d’autres structures proposent les mêmes services alternatifs, effectivement, aux géants du web, l’April par exemple : le chaton de l’April s’appelle chapril.org ; je fais un peu d’auto-promo.

Frédérique Pfrunder : Et avec un nom pareil on se demande bien comment on pourrait ne pas vouloir l’utiliser !

Frédéric Couchet : Exactement ! Le Piment dans l’Assoc’, c’est quel jour ?

Frédérique Pfrunder : C’est le 18 décembre.

Frédéric Couchet : À Paris ?

Frédérique Pfrunder : À Paris, aux Canaux, donc à Stalingrad ; c’est ouvert aux acteurs associatifs, il suffit de s’inscrire, on trouve toutes les infos sur notre site internet. C’est ouvert à tout acteur associatif, bénévole, salarié d’association, qui veut venir échanger sur ces questions-là. On fait ça sous forme de débat mouvant ; on essaye de faire en sorte que ça soit un peu dynamique et non pas sous forme de conférences trop fermées.
Voilà ! C’est le type de choses qu’on essaye de faire au Mouvement associatif pour ouvrir, sensibiliser.
Il est bien évident qu’on pourrait aller plus loin, j’espère bien qu’on ira plus loin et, pour être tout à fait honnête, au sein de notre conseil d’administration par exemple, nous n’avons pas discuté de ces questions-là pour savoir si nous-mêmes nous devions nous équiper avec du logiciel libre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, même si on utilise assez largement les outils de Framasoft. Hélas nous ne sommes pas totalement passés au Libre !

Frédéric Couchet : Pas totalement parce que je suppose que, comme beaucoup de structures, vous utilisez en grande partie, Le Mouvement associatif, du logiciel libre.
Il y a un dernier projet sur lequel je voulais éventuellement que tu nous dises quelques mots c’est le projet Solutions d’associations auquel on a contribué l’an dernier.

Frédérique Pfrunder : Que j’ai oublié, tout à fait. Qui est projet qu’on a coconstruit avec La Fonda qui est une association qui travaille aussi sur la prospective associative, on va dire. L’idée de Solutions d’associations c’était de mettre en valeur des initiatives portées par les associations pour répondre aux enjeux de société. Et effectivement, on a fait un appel à contribution auprès des associations pour toutes celles qui souhaitaient mettre en avant, faire connaître leurs réponses aux enjeux de société et l’April a contribué sur la question du logiciel libre ; ça fait partie, aujourd’hui, de notre banque de données sur les solutions associatives pour changer le monde.

Frédéric Couchet : Exactement. La référence est sur le site de l’April si vous la cherchez. On a bien compris que pour l’instant, effectivement, il n’y a pas une position prise en conseil d’administration, j’aurais tendance à dire pas encore. Nous aurons l’occasion, sans doute, de refaire une émission, peut-être dans quelques mois, avec les évolutions

Frédérique Pfrunder : Ceci dit, je précise quand même que Le Mouvement associatif n’a pas vocation à prendre position, enfin à trancher des questions de société de ce type-là. On travaille sur les questions de vie associative. Évidemment, comme on a pu le souligner, la question du logiciel libre a un lien avec les valeurs associatives et donc c’est quelque chose qu’il faut qu’on ait dans nos perspectives. De là à dire que le monde entier doit passer au logiciel libre, ça n’est pas le rôle du Mouvement associatif.

Laurent Costy : Je vous rassure, Frédéric n’avait pas préparé un engagement à signer en sortant disant « Le Mouvement associatif dans un an est sous logiciel libre, sur tous les aspects. »

Frédérique Pfrunder : On ne sait pas !

Frédéric Couchet : Non, je n’avais rien préparé ; on y va par étapes. Merci en tout cas Frédérique pour ce petit point d’étape. Laurent, on a parlé beaucoup de logiciels libres, de valeurs, mais on va peut-être rentrer un petit peu en détail sur les logiciels libres utilisés par le monde associatif : est-ce qu’il y a des évolutions ? Et aussi la fameuse question du système d’exploitation entièrement libre, c’est-à-dire du poste de travail entièrement libre.

Laurent Costy : Effectivement, de toute façon la question de la migration c’est quelque chose qui se prépare, c’est quelque chose qui s’étudie, qui prend du temps, qui se fait en fonction du contexte de l’association. Encore une fois, le panorama des associations est tellement divers qu’il n’y a aucune règle qui peut s’appliquer à toutes, évidemment. Après, il peut y avoir des préconisations, une des étapes généralement recommandée c’est de se dire que sous environnement privateur on installe plutôt des logiciels libres.

Frédéric Couchet : Lesquels ?

Laurent Costy : Par exemple LibreOffice pour tout ce qui est bureautique : le tableur, le traitement de texte, la présentation éventuellement ; potentiellement la base de données. Donc ça, c’est quand même une base qui est une première étape. Évidemment les gens habitués à la position de certaines icônes, certains menus, vont avoir des réticences parce qu’on bouscule leurs habitudes, leur zone de confort, donc il faut accompagner ça : il faut préparer des petits tutoriels, de l’accompagnement, rassurer les gens « mais si, ta fonction existe quand même aussi sous LibreOffice ». Donc ça se prépare.
Sur le courriel, par exemple Thunderbird peut faire l’affaire et peut être une bonne alternative à la solution propriétaire qui est native souvent sous Windows qui est Outlook.
Évidemment, avant tout ça, avant même de décider ce qu’on pourrait mettre comme logiciels, il faut faire un état des besoins de chaque personne. Quand il y a des salariés par exemple, la chargée de communication n’a pas les mêmes besoins que la comptable, que le chargé d’actions, etc. Donc il faut bien identifier les besoins des personnes pour ne pas, effectivement, tout traiter dans l’ensemble. Et il y aura peut-être, d’ailleurs, une démarche de migration différentiée parce qu’il y a des logiciels, encore, pour lesquels on n’arrive pas à se passer de Microsoft Windows : la comptabilité ça reste encore compliqué, la paye c’est pratiquement exclu, donc ces postes-là, pour l’instant, on n’a pas de perspective pour les faire migrer sous une distribution GNU/Linux par exemple. Donc oui, il y a des précautions à prendre.
Après, sur le détail des logiciels qui existent, la retouche photo, Gimp, enfin tout ça vous les trouvez sur les sites tels que l’April, Framasoft qui a développé une page qui vous permet d’avoir la correspondance du logiciel libre correspondant au privateur que vous utilisez.

Frédéric Couchet : Le site c’est framasoft.org.

Laurent Costy : Merci. Et dans leur campagne Dégooglisons Internet, ils avaient pas mal travaillé sur la question, réactualisé leurs correspondances, on va dire.
Donc il faut prendre du temps pour justement préparer un peu cette transition-là.
Et puis, quand les gens commencent à être habitués, une fois qu’il n’y a pas plus de logiciels qui font barrage, eh bien on peut envisager la migration sous un système d’exploitation libre.

Les systèmes d’exploitation libres ont fait beaucoup de progrès par rapport à il y a dix ans, donc c’est vrai que même quelqu’un qui n’a pas beaucoup de compétences techniques, normalement, au quotidien, s’il est un peu accompagné, ça se passe très bien.

Frédéric Couchet : C’est clair que quand on compare les environnements de bureau en logiciel libre d'il y a dix à aujourd’hui, ça n’a strictement rien à avoir. Il y a dix on n’encourageait pas forcément des gens à migrer comme ça au logiciel libre, enfin à un système entièrement libre.

Laurent Costy : Je veux bien faire une petite parenthèse, là mon côté associatif, pas mon côté libriste. On a quand même eu cette tendance-là à « survendre », entre guillemets, les systèmes d’exploitation.

Frédéric Couchet : Certaines personnes ont peut-être eu une tendance ; nous on n’a jamais survendu justement parce que…

Laurent Costy : Certaines personnes ! Dans le monde associatif ça a parfois été perçu comme ça.

Frédéric Couchet : OK ! C’est le problème des militants peut-être libristes qui disent : « Migre complètement » sans tenir du besoin de la personne et de la réalité des choses. Ce n’est pas du tout la façon dont il faut faire.

Laurent Costy : Du coup les gens n’étaient pas prêts, du coup les gens ont été confrontés à un mur et finalement ont été vaccinés pour dix ans et n’ont plus du tout envie de revenir vers le logiciel libre. Il faut qu’on arrête avec cette idée reçue qu’on passe au Libre très facilement, que c’est Plug and Play, etc. Ce n’est pas si simple que ça !

Frédéric Couchet : C’est quoi Plug and Play ? Pardon !

Laurent Costy : On branche et ça marche ! Des fois ça ne marche pas, mais comme le logiciel privateur d’ailleurs. On ne s’en rend pas compte avec le logiciel privateur parce qu’on n’a que ce choix-là et on ne fait plus attention. L’informatique, parfois, il faut pouvoir se pencher sur la question et essayer de résoudre les problèmes. Il y a des fois ça ne marche pas ! Bref !

Frédéric Couchet : D’où l’importance de l’accompagnement humain !

Laurent Costy : Voilà, tout à fait !
C’est plutôt une démarche, c’est plutôt une progression, c’est plutôt prendre le temps. L’accompagnement au changement c’est primordial dans les associations, mais que ce soit sur l’informatique et sur toute autre chose. Dans le projet c’est systématiquement ça : un nouveau projet dans une association, eh bien il va falloir changer des choses, il va falloir se mettre un peu en danger, ça fait partie de cette logique-là.

Frédéric Couchet : En précisant effectivement que cette démarche progressive permet un accompagnement sur la durée. En fait, les logiciels dont tu as parlé sont à la fois disponibles sur environnement privateur Microsoft Windows par exemple, mais aussi sur environnement libre. Donc en fait, une fois qu’on a commencé comme ça par les outils type LibreOffice, The Gimp ou autres, effectivement la migration vers l’environnement complètement libre est « plus simple » entre guillemets. Et je reviens sur le fait que les environnements, aujourd’hui, ont quand même très nettement progressé. Une des difficultés, peut-être, c’est aussi, on en parlait tout à l’heure, le fait que les associations, quand elles achètent du matériel, eh bien c’est souvent préinstallé avec un Microsoft Windows ou autre environnement privateur. Donc effectivement l’effort pour aller vers autre chose est important parce que les gens ont déjà quelque chose d’installé. Si au moins, un jour, on avait la possibilité d’avoir le choix de son système d’exploitation sur les ordinateurs qu’on achète ce serait quand même une grande avancée pour la liberté de choix et pour les libertés.

Laurent Costy : Pour préparer l’émission, j’ai interpellé un directeur sur la Maison-phare à Dijon parce que je savais qu’il avait un peu engagé ce processus de migration, en tout cas il voulait aller vers le Libre.

Frédéric Couchet : Raconte-nous ça. Vas-y.

Laurent Costy : Du coup je l’ai un peu interpellé sur les difficultés qu’il pouvait rencontrer au quotidien. De fait on l’a déjà évoqué, mais du coup, là j’ai vraiment un retour concret de la complexité qu’il a eue au quotidien. Il reste toujours convaincu à ce jour, mais c’est vrai qu’ils ont fait deux pas en avant un pas en arrière pour pouvoir continuer le processus. Évidement, il y a toute la question de la culture imposée, c’est exactement ce que tu disais à l’instant, le fait qu’on achète une machine, c’est Microsoft dessus et on ne nous laisse même pas la possibilité de penser qu’il pourrait y avoir autre chose ! C’est quand même un monde imposé et ça, un peu, c’est difficilement supportable pour le monde associatif, pour certaines personnes, quand même.
Les gens sont habitués à quelque chose et les faire changer d’habitudes ça reste très compliqué quel que soit le sujet.

Dans un premier temps, en démarrant le projet, ils ont essayé de mettre un dual boot, ce qu’on appelle un dual boot, donc le système Windows et à la fois, sur le même ordinateur, un système…

Frédéric Couchet : Un double amorçage en fait.

Laurent Costy : Un double amorçage, voilà, et laisser le choix aux gens. De fait, naturellement, les gens restaient sous le système Windows, eh bien oui, ils sont habitués à ça, c’est normal. Par ailleurs, en plus, visiblement la version n’était pas stable, il y avait des bugs sous Linux. Du coup on avait deux systèmes concurrents et un qui n’était pas complètement bien configuré. De fait c’est pareil, ça donnait une raison de plus aux gens de rester sous Windows à ce moment-là.
Après, effectivement, ils sont restés plutôt sur une démarche sous Windows et ils ont fait cette démarche qu’on a évoquée tout à l’heure de mettre des logiciels libres sous système d’exploitation privateur. Donc ils utilisent le traitement de texte. À priori, ce qu’il me disait, c’est que, pour l’instant, il y avait juste un logiciel qui leur posait souci qui est un logiciel de montage vidéo qui est encore un logiciel privateur. Mais en tout cas, ils avaient commencé à éliminer la majeure partie des logiciels autres que ce logiciel-là, peut-être par habitude de l’animateur, je ne sais, parce qu’effectivement des logiciels vidéo moi j’en connais, je ne les utilise pas beaucoup, je ne les ai pas pratiqués beaucoup, mais je sais qu’il en existe sous GNU/Linux.
Après ils avaient quelques difficultés avec les partenaires, les institutions. Par exemple, ils sont centre social, donc ils ont des liens avec la CAF et puis, par rapport aux formats de fichiers, ils avaient parfois des problématiques avec la suite Microsoft.

Frédéric Couchet : La compatibilité des formats de fichiers.

Laurent Costy : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Pour l’outil de vidéo il y a notamment Blender qui est, de l’avis de beaucoup de gens… Je ne sais pas si ça répondait au besoin exactement, en tout cas il y a plusieurs outils.

Laurent Costy : Blender c’est plutôt de la 3D.

Frédéric Couchet : Peut-être. Je vais avouer que je ne suis pas un expert.

Laurent Costy : Je pense que Blender ça ne répond pas. Par contre, je sais qu’il y a d’autres logiciels de montage vidéo. On reviendra vers eux éventuellement pour les aider.
C’est pareil, c’est aussi une question qu’on a au niveau des petites associations, des très petites associations. Eux ils sont structurés, il y a une quinzaine de salariés, de mémoire, qui travaillent à temps plein donc, à un moment donné, par rapport aux besoins, ils se sont appuyés sur un progiciel de gestion intégrée, sur un logiciel avec une communauté libre, Odoo par exemple, et ils l’ont fait paramétrer à leurs besoins. Donc ça, ce n’est absolument pas à la portée de l’association qui n’a pas de salariés. Et puis il faut accompagner le prestataire pour bien expliquer les besoins ; c’est un travail lourd et qui ne peut répondre qu’à des besoins de structures moyennes ou importantes. Ça, pour le coup, ils en sont complètement satisfaits. Ça répond à leurs besoins, évidemment c’est dimensionné pour eux !

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que sur le retour d’expérience tu as fini ?

Laurent Costy : Il me reste deux points.

Frédéric Couchet : Vas-y.

Laurent Costy : Sur la question des moteurs de recherche ils sont passés sous Qwant. Ils ont essayé d’éradiquer d’entrée, systématiquement par défaut Google, je pense que c’est une très bonne chose, et puis ce qu’il explique, la plus grosse difficulté qu’il a eue malgré l’intervention de tiers extérieurs, c’est de réussir à convaincre l’équipe que c’était autre chose qu’une question technique et une lubie du directeur.

Frédéric Couchet : On en revient à la discussion de départ.

Laurent Costy : Et de l’importance de faire venir des gens de l’extérieur. Dans mon réseau, au sein de la Fédération Française, à chaque fois que je parle de logiciel libre, ça gonfle les gens, soyons très clairs ! Alors que quand c’est quelqu’un d’autre qui vient en parler : « Ah ben oui, finalement pourquoi Laurent nous disait ça ? Ce n’est peut-être pas inintéressant ! » Il y a aussi ces jeux-là à faire jouer pour pouvoir débloquer, peut-être parfois, des situations.

Frédéric Couchet : D’accord. Sur les freins à l’adoption du logiciel libre dans le Mouvement associatif en général, je suppose, Frédérique, que tu as aussi des retours d’expériences ou un avis sur la question.

Frédérique Pfrunder : Je partage ce qui a été dit ; je pense que ça ne peut être qu’une démarche de toutes façon, une démarche au long cours. C’est intéressant cette question du militant, ce que dit Laurent, que dans sa structure on lui dit : « Bon, ça suffit ! » Ce n’est pas toujours facile au sein de structures militantes que sont les associations d’accepter une autre militance. C’est assez drôle ! En fait, une association ce sont souvent des militants ; ça semblerait naturel qu’ils entendent une autre militance et qu’ils l’intègrent, or ce n’est pas si simple que ça. Effectivement, ils ont tendance à dire « va militer dans ton autre association et puis là on fait ce pourquoi on a monté notre association, notre objet. »

Frédéric Couchet : On reste sur l’objet social de l’association, le reste ce n’est pas important, en tout cas.

Frédérique Pfrunder : Exactement. Évidement c’est un peu caricatural. Heureusement les associations sont, pour certaines d’entre elles, prêtes à intégrer un certain nombre de choses, mais effectivement ce n’est pas si simple alors que ça paraîtrait assez naturel.
Les freins oui, bien sûr, ils sont ceux-là. J’ajouterais peut-être un autre frein qui est la question du réseau. J’ai parlé du panorama associatif, je n’ai pas dit qu’en France les associations sont assez structurées en fait, le monde associatif est assez structuré et fédéré. C’est-à-dire qu’il y a à peu près la moitié des associations qui font partie de réseaux, alors de façons assez diverses avec des liens plus ou moins forts. Sur ce côté démarche, c’est vrai que si une tête de réseau décide de faire cette démarche, il faut vraiment qu’elle prenne en compte la question de la compatibilité ; je pense que la question de la compatibilité est importante parce que ça veut dire qu’il faut que tout ce qu’elle fait soit aussi approprié par les structures de son réseau, donc ça peut être en cascade ; ce n’est pas juste changer.

Frédéric Couchet : C’est le ruissellement du logiciel libre !

Frédérique Pfrunder : C’est le ruissellement du logiciel libre, c’est magnifique ! Et comme on a quelques doutes sur le ruissellement, je ne sais pas ! Ça peut être une question.
Je pense que c’est quand même un enjeu, enfin c’est une problématique pour les réseaux parce que ça ne veut pas dire forcément ne changer que les façons de faire de la tête d’épingle qui a dix salariés, ça veut dire aussi réussir à développer ça dans toutes les petites structures qui font partie du réseau, mais si on ne le développe pas ça peut poser d’autres…

Frédéric Couchet : Et sans que ce soit vu comme imposé par la structure du réseau parce que c’est totalement risqué.

Frédérique Pfrunder : Ça c’est sûr ! La logique descendante ça ne marche pas. Ça c’est clair, ça ne marchera pas !

Frédéric Couchet : Donc on oublie le ruissellement, c’est même contre-productif.

Laurent Costy : C’est même l’inverse de ce qu’on voudrait obtenir !

Frédérique Pfrunder : Il faut vraiment que ça soit approprié donc c’est la question de la pédagogie, effectivement, de bien expliquer les enjeux et après, même quand c’est approprié et qu’on se dit : oui ça serait super ! Hou là, il faut le faire, on est déjà débordés, on n’est que des bénévoles, on n’a déjà pas le temps de faire ce qu’on voudrait faire dans notre projet associatif, comment on fait pour faire ça ? La question de l’accompagnement est essentielle, mais je ne sais pas s’il y a vraiment tant de moyens que ça d’accompagnement pour le passage au Libre. C’est une question : qui sont les personnes compétentes qui peuvent venir accompagner les associations dans cette transformation ? C’est un enjeu pour l’April sûrement !

Frédéric Couchet : Ça tombe bien, merci pour l’enchaînement, parce que c’est le dernier point de notre discussion du jour sur les ressources extérieures pour accompagner les associations, les aider vers le logiciel libre. Notamment on va parler du guide Libre Association, déjà du groupe de travail Libre Association, Laurent, que tu peux présenter désormais.

Laurent Costy : Ou alors on fait peut-être un tour de tous les partenaires qui peuvent agir sur la question.

Frédéric Couchet : Comme tu veux. Oui.

Laurent Costy : On a cité Framasoft, je pense que tout ce qu’ils mettent en place est assez remarquable. Moi je n’arrête pas de les recommander, même si je suis membre du conseil d’administration de l’April je fais de la promotion pour Framasoft.

Frédéric Couchet : Ce sont des amis, en plus.

Laurent Costy : Ça me semble évident de toute façon ! Vu le travail qu’ils produisent au quotidien je pense qu’il faut absolument souligner les services qu’ils ont mis en place, qui sont des vraies alternatives décentralisées. Ça aussi c’est une question vraiment centrale justement pour l’avenir.

Frédéric Couchet : Et appropriables parce que le but c’est que les gens puissent éventuellement installer leurs propres services s’ils ont les compétences et le temps.

Laurent Costy : Et ça, si les fédérations se saisissent de cet objet-là, c’est vraiment un outil extrêmement intéressant. Du coup il y a des discussions autour de ça. Il y a déjà des fédérations d’éducation populaire qui se sont positionnées par rapport à ça, qui vont installer des chatons ; je pense à la Ligue de l’enseignement qui s’est positionnée sur ces questions-là. Donc Framasoft me semble essentiel.
Je peux renvoyer aussi vers l’Agenda du Libre parce que, sur l’Agenda du Libre vous avez aussi une liste de structures qu’on appelle des groupes d’utilisatrices et d’utilisateurs de logiciels libres, qui sont sur les territoires et qui peuvent potentiellement aider une association. C’est fonction de l’histoire de ce groupe d’utilisateurs qu’on appelle GULL, s’il est ancien, s’il a envie d’aider ou pas, ou si c’est un sujet qu'il préférerait garder en interne, etc., mais en tout cas ça vaut la peine de regarder s’il y en a un près de chez vous et s’il peut, potentiellement, apporter une aide.

Frédéric Couchet : Le site c’est agendadulibre.org.

Laurent Costy : Ça ce sont des structures alternatives ressources auxquelles je pense ; il y en a sans doute d’autres, je n’ai pas préparé particulièrement cette question.

Frédéric Couchet : Il y a les prestataires de services locaux qui existent, les sociétés de services en logiciel libre qui sont d’ailleurs souvent des petites structures, à taille humaine, et qui peuvent parler, évidemment, aux associations.

Laurent Costy : Tout à fait. Du coup c’est vrai que nous, au sein du groupe de travail Libre Association de l’April, on essaye de fournir des outils et d’aider les associations sur cette question-là. On avait produit, par exemple, le guide des logiciels libres pour les associations qui est encore accessible sur le site de Framasoft d’ailleurs, je pense.

Frédéric Couchet : Il est accessible sur le site libreassociation.info à la fois en version numérique et effectivement, il est disponible aussi en version Framabook.

Laurent Costy : Qui a été un peu actualisée quand même.

Frédéric Couchet : Qui a été un petit peu actualisée sur le contenu et sur la mise en forme et j’en profite pour dire que les personnes qui seront à Paris Open Source Summit demain et après-demain ou à l’Ubuntu Party de ce week-end à la Cité des sciences et de l’industrie que nous avons des exemplaires du guide à disposition.

Laurent Costy : Ce guide-là est quand même intéressant parce qu’à la fois on rappelle la question du rapprochement des valeurs, ce qui me semble essentiel, et puis, évidemment, on présente tous les outils alternatifs qui pourraient vous aider.
Un des projets en ce moment du groupe Libre Association c’est de travailler sur le développement d’un logiciel de valorisation du bénévolat. On sait que cette question-là est centrale pour les associations et que c’est un peu compliqué de pouvoir comptabiliser ce temps-là ou d’avoir un outil simple qui permette un peu de centraliser les besoins. Donc, on est en train de travailler avec le Crajep Bourgogne-Franche-Comté, je vais expliquer ce que c’est Fred, je te vois me regarder. C’est le Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire de Bourgogne-Franche-Comté, avec le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté qui soutient financièrement le projet. Très vraisemblablement, pour l’instant on n’a pas encore la réponse, mais en tout cas la Fondation du Crédit coopératif semblait intéressée et aussi Le Mouvement associatif régional à cet endroit-là. Voilà ! On essaye de mettre autour de la table des acteurs concernés par cette question-là et, à priori, toutes les associations le sont, pour faire aboutir quelque chose qui servira à tout un chacun et donc alimenter le bien commun et l’intérêt général.
Et puis de temps en temps, quand on a le temps au sein du groupe Libre Association, on aide l’État.

Frédéric Couchet : Explique-nous, effectivement.

Frédérique Pfrunder : Qui en a bien besoin !

Laurent Costy : Bien sûr ! On les aide à tenir leur engagement parce que par exemple, cet été l’État avait produit un Cerfa. Cerfa c’est un modèle de document – les associations connaissent bien ça – qui permet aux associations de faire leurs demandes de subvention.

Frédéric Couchet : Un formulaire administratif pour faire des demandes de subvention.

Laurent Costy : Exactement. Or, pour faire un formulaire administratif, l’État s’est donné des règles. Il faut qu’il respecte certaines règles et, par exemple, que le PDF qui est produit pour ce formulaire puisse être ouvert par l’ensemble des systèmes d’information, par l’ensemble des logiciels, etc.

Frédéric Couchet : Logique !

Laurent Costy : Logique ! Sauf que, évidemment quand j’ai ouvert ce document cet été sous ma distribution GNU/Linux Debian, eh bien c’était impossible d’ouvrir le document. Heureusement on me disait : « Mais si, allez télécharger la dernière version d’Adobe, ça va s’ouvrir ». Je télécharge. Ah oui, une version GNU/Linux très bien ! Évidemment, quand on cliquait, il n’y avait pas de version. Donc l’État n’était pas en cohérence avec ses propres règles. Du coup qu’est-ce qu’on a fait dans le groupe ? On a décidé, finalement, de reproduire un document et de le mettre à disposition.
On a aussi interpellé par le biais du Mouvement associatif régional la DRJSCS, enfin la Direction régionale jeunesse cohésion sociale. On n’a jamais vraiment eu de réponse sauf que, au final, le document s’est retrouvé sur le site officiel.

Frédéric Couchet : Sur le site officiel.

Laurent Costy : On n’a pas eu de réponse officielle, ce qui est bien dommage parce que finalement ils ont fait le travail. Ça ce sont aussi des petits exemples de choses qui peuvent être faites par le groupe et qui peuvent aider les associations.

Frédéric Couchet : Merci Laurent. Je vais rappeler que le groupe est ouvert à toute personne qui le souhaite : en allant sur libreassociation.info vous avez un formulaire qui vous permet de vous inscrire sur la liste de discussion ou en allant sur le site de l’April.
Le temps passe vite il nous reste vraiment quelques minutes. On a fait un premier tour, bien sûr on va refaire des émissions sur le sujet. Restez avec nous jusqu’au bout à l’antenne, j’ai eu une petite surprise pour les personnes qui apprécient notre émission. Frédérique est-ce que tu as quelques mots à ajouter sur ce sujet soit des freins, soit de l’accompagnement ?

Frédérique Pfrunder : Juste pour rebondir sur Bénévalibre. Effectivement Le Mouvement associatif ne s’est pas encore vraiment positionné sur le projet mais ceci dit on a déjà parlé. Je pense que c’est vraiment intéressant cette entrée par un outil spécifique aux associations, qui répond à un besoin qui n’est servi nulle part ailleurs. Comptabiliser le bénévolat, c’est dans les associations que ça se passe. Et avoir cet outil créé dans le cadre du Libre, je pense que c’est une bonne porte d’entrée, peut-être, pour cette question pédagogique. Je ne vais pas y revenir, je pense que l’essentiel c’est vraiment ça. Une fois qu’une association a compris ce que sont les enjeux derrière, il y a encore plein de travail pour arriver à faire quelque chose, mais, au moins, c’est une première graine qui est semée dans l’esprit ; on y pense, petit à petit on peut faire un chemin, avancer, et il y a une vraie convergence de vue, indiscutablement, entre les acteurs du logiciel libre qui sont associatifs pour beaucoup et les associations dans leur grande diversité. Encore une fois tous les questionnements actuels qui émergent quand même de plus en plus auprès des citoyens vont forcément, aussi, être saisis par les associations, ce qui peut promettre un beau développement du Libre dans le monde associatif.

Frédéric Couchet : C’est une belle conclusion. Laurent, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Laurent Costy : Non. Je vais laisser le mot de la fin à Frédérique.

Frédéric Couchet : Je vais juste faire une petite précision parce que sur le salon web de la radio, Tonio nous précise que Blender fait aussi du montage vidéo.

Laurent Costy : Pardon. Au temps pour moi Fred !

Frédéric Couchet : Je n’étais pas sûr. Il y a des gens qui nous écoutent et qui, en plus, apportent des corrections. Merci Tonio sur le salon web de la radio.
Je vous remercie donc Laurent Costy qui est administrateur à l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC, Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale du Mouvement associatif, d’être venus pour cette première émission. On a fait un premier tour de table et peut-être que, dans le cadre d’une deuxième émission, on fera des retours d’expérience plus concrets avec des gens qui ont tenté d’utiliser des logiciels libres, de migrer, etc. En tout cas merci à vous.

Nous allons faire une petite pause musicale. Comme c’est bientôt Noël on a fait un choix évidemment en conséquence. Le groupe s’appelle Les bernardo et le morceau s’appelle tout simplement Joyeux Noël.

Voix off : Cause commune 93.1

Pause musicale : Joyeux Noël par le groupe Les bernardo

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm - 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur radio Cause commune 93.1 pour l’émission Libre à vous! de l’April. Vous avez noté que cette pause musicale était très différente de la première ; là c’était Joyeux Noël par Les bernardo.
On va changer de sujet pour parler d’un évènement qui va arriver en 2019, qui s’appelle le Libre en Fête, qui est une initiative de l’April. J’ai interviewé il y a quelques jours ma collègue Isabella Vanni qui ne pouvait pas être là aujourd’hui, qui est coordinatrice vie associative et assistante projets à l’April. On va écouter l’interview et on se retrouve juste après.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui je suis en compagnie de ma collègue Isabella Vanni ; tu es animatrice vie associative et responsable projets à l’April et tu vas nous parler de l’initiative Libre en Fête. Déjà peux-tu nous expliquer ce qu’est l’initiative Libre en Fête ?

Isabella Vanni : Libre en Fête est une initiative ou, encore mieux, un évènement national coordonné par l’April, qui a lieu tous les ans depuis 2002, donc on est déjà arrivé à la 18e édition en 2019 ; il a lieu à l’arrivée du printemps et l’objectif c’est de faire découvrir le logiciel libre au grand public dans une dynamique si possible conviviale et même festive. On va dire qu’au printemps la vie reprend son cours après l’hiver et on a pensé que le printemps est aussi une très bonne occasion pour les personnes, justement, de découvrir comment reprendre le contrôle de leur informatique grâce au logiciel libre.

Frédéric Couchet : Tu parles d’un évènement qui a lieu au printemps. Est-ce qu’il y a des dates précises pour ces évènements dans le cadre du Libre en Fête ?

Isabella Vanni : Oui Fred. On est déjà en mesure de communiquer les dates pour l’édition 2019. En 2019, Libre en Fête aura lieu du samedi 2 mars au dimanche 7 avril. Bien sûr, rien n’empêche d’organiser aussi des évènements à des dates légèrement avant ou légèrement après cette période ; on n’est pas aussi stricts non plus.

Frédéric Couchet : Ce sont des évènements, mais ce n’est pas l’April qui organise ces évènements. Qui organise ces évènements et pour quel public ? Tu as dit que c’est principalement pour le grand public.

Isabella Vanni : Tout à fait. L’April a un rôle de coordination. Les évènements sont organisés par toute structure ayant à cœur le logiciel libre, sa diffusion auprès d’un public plus large. Ça peut être un GULL, je rappelle ce qu’est un GULL parce que c’est un acronyme pour groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, donc des associations locales qui se proposent, justement, d’organiser des évènements ou des permanences pour favoriser la diffusion du logiciel libre, mais ça peut être aussi d’autres structures qui peuvent être potentiellement intéressées à cette action par exemple une médiathèque ou encore un hackerspace ou encore un café associatif ; pourquoi pas une maison de la jeunesse et de la culture. Il suffit qu’il y ait une personne motivée à l’intérieur de la structure et, bien sûr, que cette personne obtienne l’accord de la structure pour qu’un évènement puisse se faire, puisse s’organiser.

Frédéric Couchet : Dans les autres structures il y a aussi les espaces publics numériques qui sont des lieux d’accueil et de sensibilisation en informatique ; souvent d’ailleurs il y a de la sensibilisation basée sur du logiciel libre. Je suppose que c’est aussi l’occasion, pour des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices, de nouer des partenariats avec des espaces publics numériques.

Isabella Vanni : C’est l’une des conséquences du Libre en Fête. L’objectif c’est justement de favoriser la diffusion, la promotion du logiciel libre auprès du grand public, mais l’une des conséquences positives c’est aussi la mise en place de partenariats, effectivement, entre les espaces publics numériques et les GULL, les associations d’utilisateurs de logiciels libres.

Frédéric Couchet : Les associations de promotion du logiciel libre. Ça a lieu au printemps, donc c’est la 18e édition. On a déjà une idée du nombre d’évènements qui sont organisés à peu près chaque année. Combien d’évènements sont organisés à l’occasion de chaque édition, à peu près ?

Isabella Vanni : On va dire que les trois dernières années, on a eu environ entre 150 et 190 évènements. On a eu un pic en 2009, on a dépassé les 200 évènements et j’espère qu’on pourra atteindre, accomplir à nouveau cet exploit en 2019.

Frédéric Couchet : L’objectif pour 2019 c’est d’atteindre ce pic de 200 évènements. Est-ce que sont des évènements qui sont organisés uniquement en France, principalement en France ? Ou il y a des évènements dans d’autres pays, notamment francophones.

Isabella Vanni : Les évènements, jusqu’à présent, étaient organisés notamment en France. Bien sûr le logiciel libre n’a pas de frontières donc on peut organiser un évènement n’importe où. D’ailleurs en 2018, par exemple, il y a eu des évènements organisés aussi en Belgique et en Suisse.

Frédéric Couchet : Si on comprend bien c’est un ensemble d’évènements qui sont organisés autour du printemps. L’April étant là, on va dire, pour lancer cette initiative, proposer des outils de sensibilisation. Il y a un site internet qu’on va déjà indiquer, qu’on rappellera à la fin de l’interview, c’est libre-en-fete.net. Mais concrètement, comment une structure qui organise un évènement peut référencer son évènement dans le cadre du Libre en Fête ?

Isabella Vanni : L’initiative Libre en Fête s’appuie sur l’Agenda du Libre, on en a déjà parlé dans cette émission ; c’est un site, en fait, de références pour trouver tout évènement ou toute structure autour du Libre près de chez soi. Ça permet aux organisations, aux structures qui organisent des évènements de référencer, de publier, de soumettre l’évènement Libre en Fête sur l’Agenda du Libre pour lui donner un maximum de visibilité. Et pour que l’évènement soit référencé dans le cadre de cette initiative, il suffit d’ajouter le mot clef libre-en-fete-2019 un tiret entre chaque mot donc libre tiret en tiret fete tiret 2019.

Frédéric Couchet : Il faut aller sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre tout attaché point org et quand vous saisissez votre évènement vous pouvez mettre un certain nombre d’étiquettes, de tags, par exemple atelier d'initiation et vous rajoutez donc l’étiquette libre-en-fete-2019 ce qui permet ensuite aux évènements d’être référencés directement sur le site de l’initiative Libre en Fête.
On encourage évidemment toutes les structures à organiser des évènements, à les référencer ; je suppose d’ailleurs qu’il y a des évènements qui sont organisés dans le cadre du Libre en Fête mais que les structures organisatrices ne référencent pas sur l’Agenda du Libre parce qu’elles oublient.

Isabella Vanni : Ça peut arriver, donc c’est le rôle du coordinateur ou de la coordinatrice en l’occurrence ; c’est-à-dire que l’April, en tant que coordinateur, fixe les dates, choisit le thème, d’ailleurs j’en profite pour dire que cette année le thème est « la priorité au logiciel libre au quotidien » ; l’April met aussi à disposition un site web, tu en parlais tout à l’heure, fait des appels à participation, notamment en direction des organisations qui sont déjà actives sur l’Agenda du Libre, et veille à ce que les évènements soient correctement référencés. Si ce n’est pas le cas c’est à moi de veiller à ce que ce soit fait et à relancer les structures.

Frédéric Couchet : Donc nous invitons toutes les structures, évidemment qui le souhaitent, à organiser des évènements dans le cadre du Libre en Fête. Si vous avez besoin d’outils de sensibilisation, des dépliants, des affiches, des autocollants, eh bien l’April en a à disposition donc vous pouvez nous contacter. Vous pouvez aussi en trouver sur le site enventelibre.org donc enventelibre tout attaché point org. Isabella tu vas peut-être simplement nous rappeler les dates, le site et si tu as quelque chose à ajouter par rapport à cet évènement.

Isabella Vanni : Oui. Je voudrais en profiter pour donner quelques pistes parce qu’il y a plein d’évènements différents qui peuvent être organisés. Il peut s’agir de conférences, d’ateliers d’initiation à un logiciel libre ou à un service libre en ligne ; il peut s’agir de séances de contribution à un projet collaboratif, je pense par exemple à Wikipédia ou OpenStreetMap. Ça peut être aussi des install-parties ; je rappelle que les install-parties, on l’a déjà dit dans d’autres émissions, ce sont des réunions où les gens peuvent aller pour se faire aider à installer un système de distribution libre sur leur ordinateur. Il peut s’agir aussi de vidéos sur le logiciel libre ou d’expositions expliquant le logiciel libre et ses enjeux. D’ailleurs l’Expolibre de l’April peut être un outil très pertinent pour ce genre d’évènement. Bien sûr, il est aussi possible de proposer plusieurs activités dans le cadre d’une même journée de découverte.
Je voudrais parler particulièrement d’un évènement très sympa qui a eu lieu en 2018, Libre en Fête en Trégor. En fait, plusieurs associations de cette région s’associent tous les deux ans pour se donner le temps d’organiser un bel évènement, pour proposer une série d’animations autour du logiciel libre et en 2018, en plus de nombreuses mini-conférences sur différents thèmes comme le logiciel libre, l’open data, la cybersécurité, elles ont proposé aussi des jeux libres, elles ont proposé une séance de cartographie participative, je parlais tout à l’heure d’OpenStreetMap, elles ont proposé aussi des démos de l’imprimante 3 D parce que l’esprit Do It Yourself est très cher aux libristes et il y a des points de contact très forts avec les hackerspaces. Donc voilà ! C’est pour donner des exemples d’évènements qui peuvent être organisés.

Frédéric Couchet : Libre en Fête en Trégor c’est en Bretagne. Install-partie, on parle aussi souvent de fête d’installation, même si ce n’est pas forcément totalement festif mais en tout cas c’est collaboratif et il y a souvent des choses à partager au-delà des logiciels.
Est-ce qu’on a fait le tour de la présentation de Libre en Fête. Tu veux peut-être rappeler les dates, le site et les éléments importants. Le site de l’Expolibre dont Isabella vient de parler c’est expolibre.org, vous pouvez retrouver l’Expolibre en version PDF que vous pouvez imprimer et il y a également une version qui est disponible à la location. Isabella je te laisse conclure.

Isabella Vanni : Tout à fait. Pour l’édition 2019, les dates retenues sont du samedi 2 mars au dimanche 7 avril 2019. Le site c’est libre-en-fete.net, donc libre tiret en tiret fete point net. Une liste de discussion est également disponible lef, l, e, f arobase libre tiret en tiret fete point net [lef@libre-en-fete.net].
Participez nombreux ; le succès de l’évènement sera possible grâce à vous. Donc organisez plein d’évènements !

Frédéric Couchet : Écoute merci Isabella. Je trouve que c’était très clair. Nous vous encourageons à organiser plein d’évènements de découverte du logiciel libre et nous encourageons évidemment les personnes à aller ensuite à ces évènements qui seront annoncés au fur et à mesure depuis début 2019 jusqu’à autour du printemps 2019. Merci Isabella je te souhaite une bonne fin de journée.

Isabella Vanni : Merci. À vous aussi.

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour en direct sur Cause commune 93.1. Vous avez eu une présentation par ma collègue Isabella Vanni de l’initiative Libre en Fête dont la première édition date de 2002 et qui, d’ailleurs, est née en Bretagne, sur des plages de Bretagne et je salue à cette occasion l’autre personne qui a lancé cette initiative à l’époque, c’était Pascal Desroche qui se trouve toujours en Bretagne. L’objectif : je vois passer sur les réseaux sociaux qu’on annonce 200 évènements en 2019 pour le Libre en Fête, donc il va falloir, évidemment, organiser plein d’évènements.

L’émission se termine bientôt. On va passer aux actualités, aux annonces, dont une devrait normalement vous faire plaisir, enfin j’espère !

Sur les actualités à venir et notamment les évènements, on en a parlé tout à l’heure, il y a le Paris Open Source Summit qui a lieu les 5 et 6 décembre à Aubervilliers. Je vous rappelle que mon autre collègue Étienne Gonnu interviendra mercredi à 9 h 15 pour parler des logiciels libres de caisse et de la loi anti-fraude à la TVA. Vous vous dites : quel lien entre les deux ? Eh bien venez voir sa conférence ou sinon je vous donne rendez-vous début 2019 dans l’émission où on reviendra sur le sujet, car c’est une action très importante, institutionnelle, qui a été menée par l’April suite à la loi de finances de 2016. Étienne interviendra également une dizaine de minutes dans le cadre des présentations, donc Open Source Community Summit, le 5 décembre de 13 h 45 à 16 h 30 ; ce sont plusieurs interventions courtes et il abordera la problématique du partage de code dans la directive droit d’auteur. On a déjà parlé de ce sujet dans des émissions précédentes, mais la directive poursuit sa route au niveau du Parlement européen ; on en reparlera début 2019, car le sujet sera à nouveau d’actualité.
Laurent Costy qui est toujours avec moi en studio interviendra jeudi 6 décembre à 15 h 30 dans l’atelier « Les logiciels libres pour nos associations : enjeux et solutions pratiques ».
L’April a évidemment un stand, donc vous pouvez nous retrouver sur le stand B24.
Le week-end vous avez l’Ubuntu Party, les 8 et 9 décembre à la Cité des sciences et de l’industrie. Je suppose que sur cette radio de nombreux appels ont été faits pour l’Ubuntu Party avec notamment Olive et Charlotte.

Olivier Grieco : Mais surtout, le plateau de Cause commune sera en direct, sur toutes les émissions du week-end, depuis la Cité des sciences.

Frédéric Couchet : Vous venez d’entendre la voix d’Olivier Grieco qui nous rappelle que le plateau de Cause commune sera en direct ; vous pourrez voir les gens du plateau et effectivement ce sera diffusé en direct.

Olivier Grieco : Samedi et dimanche.

Frédéric Couchet : Samedi et dimanche. L’April aura un stand. Vous y retrouverez aussi l’Expolibre dont vient de parler Isabella, je l’ai apportée tout à l’heure donc elle devrait être disponible sur l’espace.
Avant ça jeudi 6 décembre, vous avez la soirée de contribution au Libre qui a lieu à la Fondation pour le progrès de l’homme rue saint-Sabin ; c’est tous les jeudis pour permettre d’apprendre à contribuer au Libre en fonction de vos compétences.
Tous les autres évènements vous les retrouvez évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, donc agendadulibre.org.
On a parlé de Noël, si vous voulez offrir des cadeaux, des goodies utiles et sympas à vos amis, familles, vous avez le site enventelibre.org dont il a été question tout à l’heure ; vous pouvez y retrouver des tee-shirts, des livres, des badges, des clefs USB.
Vous pouvez aussi faire un don à Cause commune pour aider à soutenir l’association qui porte cette radio, parce que, évidemment, il y a des coûts matériels.

Une petite annonce aussi : aujourd’hui c’est la septième émission mensuelle ; nous avons ouvert un questionnaire sur le site de l’April, donc april.org, pour avoir des retours et suggestions concernant notre émission, pour vous permettre, en fait, de vous exprimer et puis nous, d’améliorer l’émission au fur et à mesure. Je vous encourage à vous rendre sur april.org, ça prend à peu près une dizaine de minutes pour remplir ce questionnaire ; en tout cas c’est très utile pour nous d’avoir des retours.

Je vous dis que l’émission est une mensuelle. L’annonce de service de fin d’année, notamment après discussion avec Olivier Grieco et avec l’équipe de l’April : nous avons décidé de passer notre émission en hebdomadaire à partir de janvier 2019. La première émission hebdomadaire ce sera le 8 janvier ; j’ai essayé de convaincre tout le monde de faire une émission le 1er janvier, mais on m’a dit qu’il n’y aurait pas forcément grand monde pour écouter. Donc à partir du 8 janvier 2019 nous serons en hebdomadaire. La raison est tout simplement pour nous permettre de traiter plus de sujets, de pouvoir réagir à l’actualité avec une émission hebdomadaire. C’est le même horaire 15 h 30 17 h. À la première émission nous aurons justement la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État, donc la DINSIC ; une personne de la mission Etalab qui est chargée de la politique d’ouverture et du partage des données publiques du gouvernement français. Dans la première interview qu’on a écoutée tout à l’heure sur Paris Open Source Summit il était question du référent logiciel libre Bastien Guerry ; Bastien sera peut-être avec nous. Et dans la deuxième émission, là je vous annonce vraiment du très sérieux, nous aurons le plaisir et l’honneur d’avoir le président de la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, qui viendra échanger avec nous, avec Regards citoyens et avec Xavier Berne de Next INpact suite à une récente décision de la CADA qui nous questionne et c’est en lien avec le ministère de la Défense, nos meilleurs amis !

Nous passons en hebdo. Pour nous c’est vraiment quelque chose d’important ; j’espère que ça vous fait plaisir et que vous serez à l’écoute de l’émission.

Celle-ci se termine. Vous retrouvez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio Cause commune donc cause-commune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Nous vous souhaitons de passer une belle journée, de passer également de belles fêtes de fin d’année et on se retrouve le 8 janvier 2019 pour la première émission en hebdomadaire. D’ici là portez-vous bien et nous nous quittons en musique, comme d’habitude, avec Wesh tone.

La Brique Internet

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La Brique Internet est un simple boîtier VPN couplé à un serveur et doté d'une antenne WiFi.

Elle constitue une solution d'auto-hébergement clé en main est destinée à des individus intéressés par l'informatique mais pas experts.

Elle permet :

  • De nettoyer son accès à Internet en diffusant un réseau WiFi non bridé et non filtré,
  • D'auto-héberger un grand nombre de services grâce au logiciel Yunohost.

Certains fournisseurs d'accès à Internet associatifs peuvent vous fournir la Brique complète, entièrement montée, installée et configurée avec un accès VPN. Il suffira alors de la brancher chez vous pour qu'elle soit fonctionnelle.

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