Sortie de MATE 1.22

Le 18 mars 2019, après 1 an de développement, l’équipe de MATE Desktop a publié la version 1.22. MATE Desktop Environment est la continuation de GNOME 2, il fournit un environnement de bureau intuitif et attrayant en utilisant les métaphores traditionnelles du bureau. MATE est en cours de développement pour intégrer de nouvelles technologies (systemd, GTK+ 3, Wayland, etc.) tout en préservant un environnement de bureau traditionnel.

Sommaire

La version 1.10 sortie en juin 2015 permettait les premières constructions expérimentales de MATE Desktop avec GTK+ 3. La version 1.18 sortie en mars 2017 était le passage complet à GTK+ 3 avec la suppression des options de compilation pour GTK+ 2. La version 1.20 sortie en février 2018 était la stabilisation de l’usage de GTK+ 3 avec la correction de bogues, la suppression de code mort, le remplacement de fonctions et widgets obsolètes, la correction d’alertes du compilateur. La version 1.22 apporte le début de la prise en charge de Wayland en utilisant le compositeur Mir et le début de l’intégration continue avec Travis.

Cette version continue de consolider la prise en charge de GTK 3 avec le remplacement de fonctions et widgets obsolètes.

Wayland et Mir

Les développeurs de Mir ont depuis fin 2017 arrêté de développer Mir et son protocole comme concurrent de Wayland, ils l’ont restructuré pour en faire un compositeur Wayland.

William Wold, développeur de l’équipe Mir chez Canonical, a fusionné les premiers correctifs pour l’intégration de Wayland dans mate-panel le 7 décembre 2018 :

Article de Phoronix sur MATE et Mir : « The MATE Wayland Port Is Moving Along ».

Voici une vidéo de William Wold au début du portage du bureau MATE vers Wayland avec Mir comme compositeur : MATE panel on Mir.

William Wold a aussi créé le paquet Snap mate-wayland qui permet de tester MATE avec Wayland et Mir :

Les nouveautés

Les principales nouveautés de cette version :

  • Mate-panel : adaptation du code pour pouvoir fonctionner avec X11 ou avec Wayland ;
  • l’appliquette de gestion de l’écran permet une meilleure gestion de l’écran à partir du bureau ;
  • le poisson Wanda est maintenant correctement dessiné sur les écrans HiDPI ;
  • gestionnaire de fenêtres Marco : prise en charge de la version 3 des thèmes Metacity ;
  • gestionnaire de sessions :
    • il ferme maintenant correctement tous les processus avec systemd,
    • les programmes configurés pour démarrer au chargement de la session peuvent maintenant être lancés après un délai paramétré par l’utilisateur ;
  • de nombreux programmes (Eye of MATE, python-caja, mate-menus) ont été entièrement portés vers Python 3 ;
  • Caja, le gestionnaire de fichiers, peut utiliser le système de notification du bureau pour informer sur les opérations qui prennent du temps ;
  • Eye of MATE : la barre latérale a été retravaillée pour mieux afficher les métadonnées ;
  • Pluma, l’éditeur de texte, on peut changer d’onglets avec des raccourcis clavier ou avec le défilement de la souris ;
  • Calculatrice :
    • augmentation de la précision jusqu’à quinze caractères,
    • amélioration du copier‐coller ;
  • Engrampa, gestionnaire d’archive :
    • prise en charge de nouveaux formats de compression,
    • ajout de la possibilité de mettre en pause puis reprendre ;
  • ajout de nouveaux raccourcis clavier et prise en charge des touches multimédias comme Bluetooth, Wi‐Fi, pavé tactile et commutateurs globaux ;
  • la plupart des projets ont été migrés de dbus-glib vers GDBus ;
  • corrections des fuites de mémoire et des avertissements des compilateurs ;
  • suppression et remplacement de code obsolète pour être à jour avec les nouvelles versions de GTK ;
  • mise à jour de la documentation ;
  • migration de toutes les traductions (aide et guide) vers Transifex ;
  • utilisation de Travis CI pour tous les projets afin de garantir une construction propre sur les distributions majeures.

Après la publication de la version 1.22, et à la suite de la mise en place de l’intégration continue avec Travis, les développeurs ont ajouté des tests d’analyses statiques avec Clang. Les premiers correctifs arrivent depuis dans le dépôt Git de MATE. Les correctifs pour la prise en charge de Wayland par mate-panel continuent eux aussi d’arriver.

Et ensuite

Pour la version 1.24 :

  • migrer les projets restants de dbus-glib vers GDBus ;
  • améliorer la prise en charge de Metacity ;
  • ajout d’une option dans Caja (gestionnaire de fichiers) pour afficher les miniatures dans la vue sous forme de liste [#153] ;
  • pour mate-applets, permettre à l’appliquette de commande de lancer des commandes de façon asynchrone [#163] ;
  • mate-panel : possibilité d’utiliser le tableau de bord en position verticale [#157] ;
  • pluma : portage des greffons Python vers Python 3.

Pour les prochaines versions :

  • atril (visionneuse de fichiers PDF) : utilisation du paquet de la bibliothèque synctex fournie par les distributions ;
  • caja (gestionnaire de fichiers) :
    • ajout d’une option pour permettre de créer une nouvelle fenêtre lorsque l’on déplace un onglet [#454],
    • ajout d’une option dans les préférences pour désactiver les icônes génériques dans la vue sous forme de liste [#26] ;
  • engrampa : ajout de la prise en charge de la bibliothèque libarchive [#52] ;
  • mate-applets :
    • ajout à l’appliquette drivemount d’une liste noire des points de montage et périphériques [#24],
    • ajout à l’appliquette cpufreq d’une option pour afficher plusieurs cœurs et processeurs dans une seule instance de l’appliquette [#50],
    • ajout à l’appliquette cpufreq de la prise en charge du pilote intel_pstate [#173] ;
  • mate-control-center : mise en cache des miniatures des images de fond du bureau dans la gestion des préférences de l’apparence ;
  • mate-menus : ajout d’une option pour activer ou désactiver un troisième niveau de sous‐menu dans l’affichage du menu des préférences [#35] ;
  • mate-session-manager : dans la boîte de dialogue des propriétés, affichage des applications actives qui peuvent ou seront enregistrées à la fin de la session [#113] ;
  • pluma (éditeur de texte) : ajout d’un greffon pour afficher (et peut‐être changer) le type de fin de ligne [#50] ;
  • mise à jour de l’intégration de Caja avec le moteur de recherche Tracker ;
  • ajout de la prise en charge d’AccountsService ;
  • finalisation de la prise en charge de systemd-logind ;
  • ajout de la prise en charge de Wayland ;
  • remplacement de libmatekbd par libgnomekbd ;
  • remplacement de libmateweather par libgweather.

Vous pouvez participer au projet MATE Desktop ! MATE est développé par une petite équipe de développeurs qui a besoin de vous. Si vous n’êtes pas développeurs, vous pouvez aussi participer aux traductions, à la documentation et la promotion de MATE. Si vous aimez les feuilles de style CSS, le paquet mate-themes est pour vous.

Ressources

Informations sur MATE :

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[ActeursPublics] Débat : L’État face aux géants du Web

Chaque mois, Écrans publics propose de débattre autour de documentaires qui interrogent les politiques publiques. Ce mois-ci, la diffusion du documentaire Apple, Google, Facebook, les nouveaux maîtres du monde, de Yannick Adam de Villiers, a été l’occasion d’échanger autour du thème « L’État face aux géants du Web« . Un débat animé par Adeline Baldacchino, haute fonctionnaire et écrivaine, avec Yannick Adam de Villiers, réalisateur du documentaire, Gilles Babinet, vice-président du Conseil national du numérique, Alexis Fitzjean O Cobhthaigh, avocat, membre de La Quadrature du net, et Laurent Gayard, auteur de Darknet, GAFA, Bitcoin. L’anonymat est un choix.

https://www.acteurspublics.com/webtv/2019/03/12/debat-letat-face-aux-geants-du-web-1

NDLRP : retrouvez sur le peertube de La Quadrature du Net des extraits d’Alexis à l’occasion de cet échange.

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Des alternatives pour éviter les GAFAM

linux

Voici un petit billet pour présenter, rapidement, quelques alternatives aux GAFAM, c’est géants du numérique, américains (il y a aussi les BATX Chinois) qui centralisent aujourd’hui internet dans leurs silos propriétaires. Tout passe par eux, qu’on le veuille ou non, et même sans avoir de compte chez eux (voir https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/04/13/comment-facebook-piste-les-internautes-qui-ne-sont-pas-sur-le-reseau-social_5285079_4408996.html).

On retrouve leurs services, « gratuits » puisque c’est nous le produit, partout, depuis certaines administrations jusque dans les sites de commerce. Grâce aux trackers (système utilisé pour recueillir de nombreuses informations sur les internautes, le système utilisé, l’heure de connexion, la taille de l’écran, la résolution…), ils savent tout de nous, même si nous n’allons pas directement sur leur site. Au passage, utilisez des plugins comme uBlock Origin ou Privacy Badger pour vous protéger ou le très bon outils Kimetrack pour savoir qui vous surveille sur les sites que vous visitez, développez par NextInpact).

Heureusement, il existe des alternatives pour limiter notre dépendance (oui, nous sommes dépendant de ces outils) qui respectent notre vie privée.

On va commencer par le début, avec le système d’exploitation et les logiciels (libres).

On le sait, Windows 10 est un véritable espion (étude intéressante à ce sujet : https://www.privateinternetaccess.com/blog/2018/11/534-ways-that-windows-10-tracks-you-from-german-cyberintelligence/), installé sur tous les ordinateurs pour le grand public, en vente liée…

Pour s’en passer, il faut installer un système GNU/Linux, comme Fedora, Ubuntu, OpenSUSE ou encore Debian. Ils sont libres, gratuits et sont vraiment user-friendly, plus de lignes de commande, l’interface est vraiment belle.

Pour les logiciels, LibreOffice pour la bureautique évidemment, Firefox pour le surf, VLC pour les vidéos, Thunderbird pour la messagerie, The GIMP pour les images (retouche, création, édition), WordPress pour un site internet, Piwigo pour une galerie d’images.

Pour les services en ligne, on peut passer par Qwant pour le moteur de recherche, Net-C pour une adresse mail, contacts et agenda, OpenStreetMap pour la cartographie, Wikipedia pour l’encyclopédie en ligne, les nombreux services libres en lignes proposés par l’association Framasoft.

Il existe aussi des fournisseurs d’accès à internet associatif, comme FDN, et des associations qui proposent divers services de mail, cloud et autres en ligne comme Zaclys.

Pour les réseaux sociaux libres et respectueux de votre vie privée, on notera Mastodon, un clone de Twitter, ou Diaspora, alternative à Facebook.

Citons également le logiciel libre Nextcloud, qui permet de mettre en place assez simplement son cloud personnel, que l’on peut installer sur son hébergeur mais également sur un Raspberry chez soi. Pour aller plus loin, citons aussi le projet Yunohost qui permet de mettre en place un serveur web et divers services libres (mail, stockage…) de façon simple (sur un Raspberry éventuellement).

Comme on le voit, les alternatives aux GAFAM sont là, de nombreux logiciels et services en ligne permettent de s’en passer. Bien sûr, il faut un temps d’adaptation, un peu de maîtrise, et l’ergonomie n’est pas toujours au rendez-vous, de même que les fonctionnalités parfois, soyons honnêtes. Mais les solutions existent.

Bien sûr, le libre, c’est bien, c’est gratuit et pratique. C’est bien de l’utiliser, mais c’est mieux de contribuer également, ne l’oublions surtout pas ! Le libre a toujours besoin d’aide, à différents domaines, pas besoin d’être un développeur pour aider. Rédaction de documentation, graphisme, traduction, promotion, il y a différentes façons d’aider, n’hésitez pas à contribuer, c’est vitale ! Il y a du boulot à ce niveau, pour améliorer l’existant.

Au niveau de la protection de la vie privée, si on veut aller plus loin, on peut citer aussi le projet Tor (avec Tor Browser), Freenet, ou encore le système live-CD Tails (recommandé par Edward Snowden).

D’autres alternatives ? Rendez-vous par ici, sur Prism-break. Ou encore le guide d’auto-défense numérique. Un petit dernier, emailselfdefense. Et si vous n’avez rien à cacher, allez donc voir ici.

Voilà, de nombreuses infos pour ceux que le sujet peut intéresser. Et il devrait intéresser tout le monde, à l’heure où tout se passe par internet, des administrations aux achats. Le respect de la vie privée est vraiment un enjeux très important. C’est pourquoi il faut éduquer sur ce sujet.

L’indépendance numérique est également un sujet plus que préoccupant (le CESE s’en préoccupe en ce moment même : https://www.lecese.fr/travaux-publies/pour-une-politique-de-souverainete-europeenne-du-numerique). Quand nos gouvernements, mais pas que, se basent presque entièrement sur des systèmes et services étrangers, il y a un vrai risque. Pour preuve, cet intéressant interview : https://www.challenges.fr/entreprise/cybersecurite-le-cri-d-alarme-d-un-ancien-de-la-dgse_649379.

Voilà, à vous de juger, de réfléchir, mais surtout d’agir, pour remédier à cela. Reprenons le contrôle de notre informatique, de nos systèmes et de notre vie privée, les outils sont là, ils n’attendent que nous !

 

Faut-il menacer les GAFA de bloquer leurs services en Europe ? Par Guillaume Champeau

Source : Guillaume Champeau, 05-03-2019

C’est un passage qui a été peu relevé dans la tribune d’Emmanuel Macron à destination des Européens, qui me paraît pourtant très important. Le Président de la République y énonce la possibilité que l’Union européenne, non seulement « sanctionne », mais carrément « interdise » des services qui violeraient allègrement le RGPD :

Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.

Une telle position est, je crois, un discours nouveau dans une Europe qui n’a jamais osé brandir aussi explicitement cette menace, sans doute d’abord parce que sa culture libérale (au bon sens du terme) l’empêche de la formuler, et ensuite par crainte légitime d’être assimilée à la Chine et au côté obscur des régimes autoritaires.

Il y a 10 ans, il n’y avait guère que l’industrie culturelle confrontée aux sites de piratage pour réclamer aux autorités publiques de prendre des mesures de blocage, inconcevables pour tout le monde – et à commencer par moi. Comme tant d’autres, j’étais entre rire et consternation lorsqu’un artiste de la chanson française, agacé par ce qu’il estimait être une inaction coupable de l’Etat, lançait à Nicolas Sarkozy : « avec internet, on peut faire n’importe quoi. On peut empêcher ces sites d’être utilisables en France. Ils le font bien en Chine« .

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[BFMTV] 30 ans du Web: HTTP, URL… ce que signifient ces acronymes qui nous connectent

Créées à la fin des années 80, ces technologies constituent encore aujourd’hui les bases du Web, tel qu’il est utilisé par la plupart des internautes dans le monde.

Vague, mais prometteur”. C’est ainsi que le projet de Tim Berners-Lee, alors informaticien, fut accueilli le 12 mars 1989 par le Cern, le laboratoire européen pour la physique des particules. L’idée de son système : permettre à tous les chercheurs de partager l’information et d’y accéder à distance. Quelques schémas incompréhensibles pour le profane, qui ont posé les fondations du Web tel que nous le connaissons. Tim Berners-Lee commence par nommer son projet : WorldWideWeb. […]

https://www.bfmtv.com/tech/30-ans-du-web-http-url-ce-que-signifient-ces-acronymes-qui-nous-connectent-1650047.html

NDLRP : retrouvez l’extrait du reportage vidéo avec l’apparition de Benjamin Bayart et d’Arthur Messaud sur le peertube de La Quadrature du Net.

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Budget Morneau: nous sommes tous agriculteurs!

Plus que jamais, l’agriculture devient l’affaire de tout le monde, et pas seulement celle des agriculteurs. Le gouvernement Trudeau, visiblement plus urbain qu’autre chose, comprend mal les enjeux du secteur alimentaire. Shutterstock

En indemnisant les producteurs, nous devenons tous des agriculteurs.

S’ils perdent de l’argent, nous en perdons aussi. Plus que jamais, l’agriculture devient l’affaire de tout le monde, et pas seulement celle des agriculteurs. Un concept auquel les travailleurs de la terre devront s’habituer, qu’ils le veuillent ou non.

Le budget fédéral fait de nous des agriculteurs

Le Ministre Morneau nous a livré un budget fédéral à saveur électoraliste, comme plusieurs s’y attendaient. Un peu de tout pour tout le monde, incluant le domaine agroalimentaire. Le budget n’épate pas grand monde et en laisse plusieurs sur leur faim.

On s’attendait bien sûr à des compensations pour les filières du lait, des œufs et de la volaille. Les dédommagements offerts aux agriculteurs assujettis à la gestion de l’offre tournent autour de 4 milliards de dollars.

Il s’agit en fait d’une somme identique à celle proposée par les conservateurs de Stephen Harper en 2015. À l’époque, après la signature du caduque partenariat transpacifique, maintenant connu sous le nom de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTGP), les troupes d’Harper voulaient tendre la main aux agriculteurs affectés par le nouveau traité nouvellement signé. À la hâte, durant une campagne électorale qui ne finissait plus, le gouvernement Harper tentait d’acheter la paix, surtout auprès des Québécois, avant le vote de l’automne 2015. Les résultats n’ont guère convaincu. Bizarrement, l’équipe libérale fait à son tour exactement la même chose avec le plus récent budget.

Canadian finance minister Bill Morneau speaks during a press conference following his speech and discussion about the 2019 Federal Budget in Toronto, Wednesday, March 20, 2019. THE CANADIAN PRESS/Cole Burston. La Presse Canadienne/Cole Burston

Beaucoup d’argent, mais aucune mesure incitative qui permettrait au secteur de mieux s’outiller pour devenir plus compétitif à long terme. On assiste ni plus ni point à un rachat public de quotas de production afin de dédommager les producteurs pour des pertes éventuelles.

Acheter une maison en très mauvais état

Avec ces indemnisations, la valeur des fermes et des quotas continuera de baisser sans nécessairement prévoir une réorientation de cette industrie vers la création de valeurs. Un cul-de-sac, simplement. En d’autres mots, les Canadiens rachètent les quotas que les producteurs avaient reçu gratuitement, sans offrir une stratégie pour le futur.

Nous investissons tous en agriculture par le biais de ce nouveau programme budgétaire. Si les agriculteurs perdent de l’argent, nous en perdons aussi. Pour les contribuables, c’est comme acheter une maison en très mauvais état sans même savoir où elle se situe.

Pendant ce temps, on n’octroie rien pour pallier à la suspension d'importations de canola avec la Chine, rien non plus pour les légumineuses affectées par un embargo indien et bien peu pour le porc et la fièvre porcine africaine. Il devient intéressant de constater que le programme de compensation couvre les accords avec l’Europe et le PTGP, mais pas l’accord avec les Américains et le Mexique (ACEUM).

Il s’agit probablement d’une façon pour le gouvernement Trudeau de signifier que cet accord ne sera jamais ratifié et qu’il faut passer à autre chose. L’ACEUM constituait une très mauvaise entente pour l'industrie agroalimentaire canadienne, surtout pour ceux déjà fragilisés par les précédentes ententes signées ces derniers temps. Ce passage sous-entendu du budget constitue probablement la seule chose à retenir.

Des sommes minimes

Le budget prévoit aussi un soutien financier de 134 millions de dollars sur cinq ans pour une stratégie alimentaire pan-nationale. Une somme négligeable, étant donné que le Québec investira davantage pour soutenir sa propre stratégie bioalimentaire. Malgré cela, espérons qu’une stratégie permettra un jour à notre agriculture d’arrimer sa capacité de production avec les ambitions nutritionnelles de notre nouveau Guide alimentaire canadien. Plus de fruits et de légumes, entre autres choses.

Une somme de 100 millions de dollars aidera l’agenda de l’innovation dans l’industrie de la transformation. Pour ces quelque 250 000 employés, la somme est minime. La transformation alimentaire est le plus grand secteur manufacturier au pays, faut-il le rappeler. Une somme de 24 millions de dollars dédiée à la fraude alimentaire aidera à soutenir les efforts de l’Agence canadienne d’inspections des aliments.

Un pas en avant certes, mais puisque ce problème affecte entre 15 % et 30 % des produits sur le marché, il reste beaucoup de chemin à faire. En attendant, l’accès à internet deviendra une réalité au pays en 2030 avec un investissement de 1,7 milliard de dollars sur dix ans. Les citadins tiennent cet accès pour acquis depuis déjà un bon moment, mais cette initiative tardait à venir pour desservir les régions rurales. Cependant, en une décennie bien des choses peuvent se passer.

Bref, le budget 2019 des libéraux accomplit peu de choses. Ce document électoraliste nous est offert par un gouvernement qui semble déjà usé par le pouvoir avant de franchir la fin d’un premier mandat.

Le gouvernement Trudeau, visiblement plus urbain qu’autre chose, comprend mal les enjeux du secteur alimentaire. Espérons que durant son prochain mandat, s’il y en a un, l’équipe libérale saura mieux servir les intérêts de cette industrie que lors des dernières années.

La Conversation

Sylvain Charlebois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Émission « Libre à vous ! » du 19 mars 2019 — Podcasts et références

La dix‐septième émission « Libre à vous ! » de l’April a été diffusée sur la radio Cause commune, mardi 19 mars 2019.

Nous avons commencé par la troisième chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie‐Odile Morandi. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur les logiciels libres pour l’image et la vidéo avec Lionel Allorge et Jehan Pagès. Nous avons poursuivi par un point sur la proposition de directive droit d’auteur avec Anne‐Catherine Lorrain, conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens. Nous avons terminé par diverses annonces.

Le podcast est disponible, ainsi qu’une page qui liste toutes les références citées pendant l’émission (vous trouverez également sur cette page les podcasts par sujet traité). L’émission dispose d’un flux RSS compatible avec la baladodiffusion auquel vous pouvez vous abonner, ainsi qu’un salon dédié à l’émission sur le webchat de la radio.

L’ambition de « Libre à vous ! » est d’être une émission d’explications, d’échanges et d’actions concernant les dossiers politiques et juridiques que l’April traite et les actions qu’elle mène. Une partie de l’émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation.

« Libre à vous ! » est devenue en 2019 une émission hebdomadaire qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h, et rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30. La prochaine émission sera diffusée en direct sur la bande FM en Île‐de‐France (93,1 MHz) et sur le site Web de la radio mardi 26 mars 2019, de 15 h 30 à 17 h. Notre sujet principal portera sur les « civic tech » et le logiciel libre.

La radio a besoin de soutien financier pour notamment payer les frais matériels (loyer du studio, diffusion sur la bande FM, serveurs…). Nous vous encourageons à aider la radio en faisant un don.

La radio Cause Commune dispose d’une messagerie sur laquelle vous pouvez laisser des messages (annonces, rires, poèmes, coups de gueule, vœux…) destinés à passer à l’antenne sur la radio. Le numéro à appeler est le +33 1 88 32 54 33.

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Firefox 66 sur la route !

La version 66 de Firefox a été publiée le 19 mars 2019.

Les principales nouveautés amélioreront votre confort (lecture automatique bloquée sur les versions bureau et Android, défilement d’une page en cours de chargement optimisé pour éviter les sauts sur la version bureau), votre productivité (recherche possible à travers les onglets ouverts sur la version bureau, prise en charge préliminaire de la Touch Bar des Mac), sans oublier les performances et la sécurité!

Nous évoquerons aussi les avancées dans l’implémentation du moteur de rendu graphique WebRender, et un nouveau projet d’envergure : Fission.

Comme d’habitude, le détail des nouveautés suit ci‐dessous.

Sommaire

Quoi de prévu pour 2019 ?

Concernant le renforcement des options en matière de lutte contre le pistage, ce billet officiel définit ce que Mozilla entend par « bloquer par défaut » à l’avenir. Dans cet autre billet, Mozilla s’adresse aux éditeurs de sites pour leur expliquer que cette stratégie anti‐pistage devrait impacter financièrement principalement les sites tiers (autrement dit les régies publicitaires), tandis que la relation éditeur‐utilisateur en sortira assainie. Un peu de pédagogie ne peut pas faire de mal.

Passons aux nouveautés de la version 66.

Nouveautés pour le bureau

Citons :

  • le rendu du défilement a été amélioré pour éviter les décalages intempestifs lorsque la page est en cours de chargement ;
  • possibilité de faire une recherche parmi les onglets ouverts via le menu contextuel des onglets ;
  • détection et alerte contre les attaques de l’homme du milieu (MITM) (lire l’article de Numerama ou le rapport de bogue) ;
  • les sons et les vidéos sonorisées d’une page Web ne sont plus lancés automatiquement par décision du titulaire du site : Firefox les bloque par défaut, jusqu’à ce que l’utilisateur active le son ou la vidéo manuellement d’un simple clic ; s’il le souhaite, l’utilisateur peut autoriser, site par site, la lecture automatique de telles ressources (et ainsi créer une « liste blanche » de sites autorisés à lancer automatiquement des ressources sonores) — lire le billet de blogue officiel ;
  • performances sensiblement améliorées (et consommation mémoire réduite) pour les extensions grâce à un nouveau back‐end (à savoir IndexedDB) pour l’API WebExtensions storage.local (plus ici) ;
  • le nombre de processus simultanés maximum en charge du rendu passe à 8 ;
  • nouvelle page about:privatebrowsing (avec recherche possible) ;
  • prise en charge basique de la Touch Bar des Mac ;
  • la barre de titre est cachée par défaut sous GNOME pour correspondre aux lignes directrices de cet environnement ;
  • un bogue qui ralentissait Firefox sous GNU/Linux à l’ouverture de la fenêtre de dialogue de téléchargement a été corrigé.

Nouveautés pour Android

Citons :

  • possibilité d’ouvrir des fichiers depuis un support de stockage externe, comme une carte SD ;
  • la lecture automatique est bloquée par défaut, un site peut l’enclencher après que l’utilisateur a interagi avec le lecteur de médias.

Actualités afférentes

Lettre ouverte de Mozilla à Facebook…

… pour éviter les campagnes de désinformation ciblées et plutôt promouvoir la transparence, le choix et le contrôle. Elle est lisible en français ; une mise à jour a été effectuée le 12 février 2019 avant les élections européennes.

Projet Common Voice (mutualiser nos voix)

Mozilla vient de mettre à la disposition du public le plus grand jeu de données de voix humaines disponible, en dix‐huit langues différentes, ce qui représente près de 1 400 heures de données vocales sous licence CC0 enregistrées par plus de 42 000 contributeurs (lire l’annonce officielle).
Cette initiative vient s’ajouter à une autre de Mozilla : le projet DeepSpeech de moteur open source de reconnaissance vocale.

Avancées concernant WebRender

Après le remplacement du moteur de style de Firefox par celui du projet Servo (Quantum CSS, intégré à la version 57), le remplacement du moteur de rendu graphique de Firefox par (WebRender) (issu du même projet Servo) est en cours. Lequel a d’ores et déjà été activé par défaut pour certaines configurations (les utilisateurs de Windows 10 possédant une carte NVIDIA) depuis la version 64 Nightly de Firefox. Depuis fin janvier, c’est au tour des utilisateurs de Windows 10 possédant certaines cartes AMD et tournant sous Nightly de profiter de WebRender par défaut. Les possesseurs de puces graphiques Intel intégrées devraient suivre.
L’équipe vise un déploiement dès la prochaine version (67) de Firefox pour les configurations ayant passé les tests.

Pour ce qui concerne notre système d’exploitation préféré, des bogues touchant WebRender sous Wayland sont en train d’être travaillés (voir le rapport de bogue centralisateur correspondant).

Quoi d’autre dans les toutes prochaines versions de Firefox ?

Ce billet d’étape nous révèle l’important travail en cours pour accroître tous azimuts les performances de Firefox. L’autre chantier c’est le gestionnaire de mots de passe Lockbox développé pour iOS et Android qui est en train d’être porté sous forme de WebExtension pour la version bureau.

Cet autre billet d’étape révèle que les versions Nightly peuvent bloquer, d’après une liste, les logiciels connus de prise d’empreinte numérique (fingerprinting) et de cryptominage :
Options de Firefox Nightly contre la prise d’empreinte digitale du navigateur et le cryptominage.

En activant la préférence privacy.resistFingerprinting.letterboxing, la version 67 pourra contrer certaines techniques de prise d’empreinte numérique en contraignant le redimensionnement de la fenêtre du navigateur à des multiples de 200 × 100 (vidéo de démo sur YouTube) (Tor Browser avait déjà mis en place des contre‐mesures sur ce point critique, plus simples techniquement mais plus contraignantes pour l’utilisateur). Notez les marges grises autour de la page Web :
Letterboxing dans Firefox contre la prise d’empreinte numérique du navigateur

Firefox Send

La nouvelle fonctionnalité de Firefox n’est pas là où on l’attend : c’est un service de partage de fichiers sous la forme d’un site Web. Ce service est ouvert à tout le monde, limité à 1 Gio par fichier (ou 2,5 Gio si l’émetteur a un compte Firefox). Ce service offre un chiffrement de bout en bout pour une confidentialité totale, avec de nombreuses possibilités de suppression automatique du fichier : après un certain nombre de téléchargements ou un certain délai (24 heures au maximum, mais jusqu’à sept jours si l’émetteur a un compte Firefox). Cela se passe à l’adresse https://send.firefox.com et vous pouvez consulter le communiqué de presse en français pour plus de détails.
On pourra toutefois regretter l’absence d’intégration à l’interface de Firefox !

Projet Fission : une nouvelle étape pour Firefox

Le site blog.mozfr.org résume l’annonce officielle (licence Creative Commons CC By-SA 4.0+) :

[Le projet Fission] vise à une isolation complète des sites. Cette nouvelle évolution des processus de Firefox, après Electrolysis qui séparait le contenu et l’interface (chrome), séparera les iframes intersites en différents processus de leur frame parent. Cela permettra de prévenir les failles de violation de la politique de même origine (same‐origin policy), telles que celles vues dans le cadre des attaques appelées Spectre et Meltdown.

Sur Developpez.com un article détaille bien cette sécurisation à venir déjà présente sur Google Chrome.

Firefox 15.0 pour iOS

Le 14 février est sortie la nouvelle version de Firefox pour iOS (qui doit hélas utiliser WebKit le moteur de rendu de la plate‐forme, au lieu du moteur de rendu propre à Firefox), avec une nouvelle présentation des menus et options, un mode de navigation privé persistant après la fermeture du navigateur, et de nouvelles possibilités d’organisation des onglets lors de leur ouverture (lire le billet officiel en anglais).

La version Wayland de Firefox dans Fedora 31

Fedora 30, prévue en mai, devait embarquer par défaut la version Wayland de Firefox. Finalement, ce serait dans la version 31.

Parution de la version 1.9 de l’extension Copy PlainText

La version 1.9 de l’extension libre Copy PlainText pour Firefox est sortie, qui ajoute une fonctionnalité que j’attendais. Outre la désormais classique entrée du menu contextuel Copy PlainText, l’extension ajoute désormais la très pratique entrée Paste PlainText : quand on a oublié d’utiliser la fonction lors du copier, on peut à présent se rattraper lors du coller !
Je ne peux décemment reprocher à cette super extension rien d’autre que son icône qui dénote dans mon environnement GNOME…

L’EFF alerte sur le fait que DarkMatter contrôle un certificat intermédiaire de DigiCert appelé QuoVadis

Pensez à révoquer vos certificats QuoVadis !

Chrome est le nouvel Internet Explorer 6

Après la toute récente décision de Microsoft d’abandonner, au sein d’Internet Explorer, son propre moteur de rendu des pages Web au profit de celui de Chrome, v’là‐t’y pas que Skype (qui appartient à présent à Microsoft) semble désormais n’être plus développé que pour Chrome… :/

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[RadioCauseCommune] Règlement terroriste, Pépites libres, Fund the Code!

La seizième émission Libre à vous ! de l’April a été diffusée en direct mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00.

Nous avons commencé par la troisième chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l’April. Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur le projet de règlement terroriste / censure sécuritaire avec nos invités : Arthur Messaud et Martin Drago de La Quadrature du Net. Nous avons poursuivi par une interview de présentation de l’initiative Fund the Code! avec Louis-David Benyayer. Nous avons terminé par diverses annonces. […]

https://cause-commune.fm/podcast/reglement-terroriste-pepites-libres-fund-the-code/

https://april.org/emission-libre-a-vous-diffusee-mardi-12-mars-2019-sur-radio-cause-commune-reglement-terroriste-pepit

Transcription de l’émission par l’équipe Transcriptions de l’APRIL : https://april.org/libre-a-vous-radio-cause-commune-transcription-de-l-emission-du-12-mars-2019

NDLRP : retrouvez sur le peertube de La Quadrature du Net l’interview d’Arthur et Martin sur la proposition de règlement terroriste et la censure sécuritaire.

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Révolution brutale ? Les six mutations disruptives qui dessinent l’avenir du secteur automobile

La voiture autonome pousse les constructeurs à repenser l’habitacle au sens anthropologique du terme. Chesky/Shutterstock

La révolution digitale se passe à l’intérieur des entreprises. Elle se passe également au niveau des secteurs… avec des effets encore plus redoutables. L’automobile en est un bon exemple aujourd’hui. Dans un contexte de réduction de leur chiffre d’affaires et de mutation de leur modèle économique, tous les constructeurs se battent pour ne pas être rétrogradés le long de la chaîne de valeur et ne pas devenir un maillon d’assembleur/marketeur low tech. Pour relever ce défi, ils vont devoir appréhender au mieux les six grandes mutations disruptives que connaît actuellement l’automobile et que nous vous proposons de récapituler dans cet article.

1. Transition vers un mix motorisations/énergies

En janvier 2019, l’Union européenne a voté une réduction drastique des émissions de CO₂. L’impact de la décision européenne est rude : pas plus de 30 % de voitures thermiques (essence principalement) parmi les voitures neuves d’ici 10 ans. Le cabinet KPMG estime que le parc automobile se composera alors d’un quart de véhicules électriques à batteries, un quart d’électrique hybride, un quart de voitures à hydrogène et un quart de voitures thermiques (diesel et essence).

C’est une mutation brutale du modèle industriel et économique (risques pour l’emploi) des constructeurs, mais aussi de leur espace concurrentiel. La voiture électrique est en effet moins complexe à fabriquer, ce qui laisse la possibilité à de nouveaux entrants de s’installer. Elle est moins complexe à réparer, ne nécessite quasiment pas de révisions et génère peu de ventes de pièces détachées (perte de 40 % de chiffre d’affaires). Et surtout, 30 % de la valeur de la voiture provient des batteries dont l’expertise, les producteurs et les terres rares en Asie.

À tel point que les batteries sont devenues un sujet de polémique (dépendance à l’Asie, fabrication polluante, autonomie et recharge encore problématiques) et que l’hydrogène est effectivement devenu une alternative crédible.

Poussée par la volonté des constructeurs de générer de nouvelles sources de valeur et par des politiques publiques favorables aux nouvelles mobilités, cette première mutation brutale du secteur automobile va accélérer 5 autres mutations du secteur tout aussi disruptives.

2. Voiture digitale connectée et communicante

Seconde mutation, la « voiture connectée » : maintenance prédictive évolutive, habitacles digitaux, assistants personnels mais surtout services digitaux géolocalisés : e-commerce, tourisme, réservations, assurance personnalisée, etc. Tous les constructeurs cherchent à créer une expérience client « riche » et sans couture avec une guerre des data annoncée autour des services digitaux… Certains constructeurs (Volkswagen) sont déjà en train de créer un réseau fermé avec confidentialité et maîtrise des données, à l’opposé des stratégies de partenariat avec Google et ses applications (Renault).

La guerre des datas n’aura pas lieu chez Volkswagen qui développe un système digital complet fermé. Timedm.com

3. La voiture comme lieu de loisirs ou de travail

Si la voiture est connectée, elle peut aussi être autonome, sans conducteur humain. Le développement des véhicules autonomes se construit aujourd’hui à la fois sur un mythe de monde sans accident mais aussi sur des peurs : cybersécurité et fiabilité.

Elle pose également des questions de responsabilité. Par exemple, que doit décider l’algorithme : tuer les passagers ou tuer les enfants qui traversent brutalement ? Toutes ces raisons expliquent que le développement de la voiture individuelle autonome va être lent ; d’autant plus que la question des infrastructures se pose (panneaux connectés, généralisation de la 5G, etc.).

Rappelons qu’il y a cinq niveaux de voitures autonomes (figure 1).

Les 5 niveaux de la voiture autonome. Intel.fr

En matière de voiture individuelle, les premières de niveaux 3 sont attendues en série en 2022 avec beaucoup d’options qui vont fiabiliser la conduite. La mutation actuelle est donc plutôt celle de la voiture individuelle « augmentée ».

Il est passionnant de voir à quel point cette mutation conduit d’ores et déjà la filière automobile à redéfinir les fonctions de l’habitacle au sens anthropologique du terme. La voiture devient un lieu de divertissement ou de travail où les fauteuils (massants) peuvent se retourner et permettre aux passagers de se voir et de discuter (en attendant que le conducteur puisse le faire).

Certains constructeurs vont plus loin comme Renault par exemple en montrant une autre facette de cette mutation : la production de contenus. Le constructeur est ainsi entré au capital de l’éditeur du magazine Challenges qui produit de nombreux podcasts audio (Sciences et avenir, La recherche, L’Histoire, Historia, etc.). Renault a également noué un partenariat avec Ubisoft (jeux vidéo en réalité virtuelle utilisant les mouvements de la voiture)…

4. La voiture individuelle « as a service »

Cette voiture électrique, connectée et augmentée sera plus chère. Comment absorber la montée technologique des voitures ? Deux tendances aujourd’hui : l’explosion de la location longue durée et la disparition des frontières entre autopartage, location classique et location longue durée, trois secteurs dans lesquels les constructeurs poussent de nouveaux services jusqu’à déjà proposer pour certains des locations pour une heure, une semaine, un mois, un an, trois ans en fonction des situations.

Ces derniers mois, Renault et PSA ont ainsi respectivement lancé Moov’in.Paris et Free2Move, des services de véhicules électriques en libre-service dans la capitale française.

Un autre exemple : l’automobile « as a service » par Volvo (Volvo, 2017).

5. Mobilité autonome collective urbaine

Si la voiture autonome individuelle n’est pas pour tout de suite, le véhicule collectif intelligent urbain est déjà là : navettes autonomes sur voies dédiées, livraisons autonomes, voire camions autonomes (Volvo dans les carrières norvégiennes, etc.). Aujourd’hui, constructeurs et collectivités réfléchissent à des robots taxis pour la ville de demain et cherchent à avancer sur les problématiques de stationnement. Ce qui est passionnant, c’est qu’en réinventant la mobilité pour la ville de demain, les constructeurs réinventent les fondamentaux de ce qu’est un véhicule. Ce véhicule de demain tend à devenir modulaire à partir d’un châssis unique et se situe à mi-chemin entre taxi autonome et véhicule de logistique urbaine comme le montre le concept développé par Mercedes-Benz.

Présentation du concept développé par Mercedes-Benz (vidéo Mercedes-Benz, 2018).

À partir de cette même idée de véhicule modulaire, certains constructeurs se tournent même vers les taxis volant, à l’image d’Audi et son concept Pop.Up Next modulaire à la fois terrestre et aérien. Selon l’institut Gartner, 80 projets déjà en cours qui devraient être commercialisés avant 10 ans.

Présentation du projet Pop.Up Next 2018 (Italdesign, 2018).

6. Sur mesure de masse

Aujourd’hui, le nombre de passages en concession diminue et il est déjà possible d’acheter une voiture neuve sur Amazon ou Alibaba. Pour conserver leur place centrale, les constructeurs poussent dans le sens de la désintermédiation pour développer directement des stratégies omnicanales qui les poussent à réinventer le rôle des espaces physiques.

L’étape d’après ? La voiture « sur mesure » créée directement entre le constructeur et le consommateur via la réalité augmentée et virtuelle grâce au potentiel de l’usine 4.0 et l’intégration encore renforcée des systèmes d’information. Si on en croit les difficultés de Tesla à devenir un constructeur automobile à l’échelle industrielle, il y a là une compétence clé à défendre et une façon de recréer des barrières à l’entrée pour les constructeurs traditionnels, ce qui sera sans doute décisif pour conserver leurs positions dans ce contexte de bouleversements profonds…

The Conversation

Valery Michaux does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.