Article invité : « C’est la faute à Linus ».

Je ne publie que rarement des textes dont je ne suis pas l’auteur. Je fais une exception à la demande de Baba Orhum, créateur du projet Manjaro Tux’n’Vape qui voulait exprimer son point de vue sur les mésaventures arrivées à Linus Torvalds. Le texte est repris verbatim, modulo les corrections grammaticales et orthographiques.

Je dois dire que j’aurai exprimé les mêmes choses avec un peu plus d’acidité au final.

Bonne lecture.


C’est la faute à Linus…

Pourquoi un titre pareil ? C’est tout simplement parce qu’il semble souffler un vent d’accusations, de rébellion contre le père dans l’ensemble du monde l’Open-Source.
Vous me connaissez, je donne mon avis librement et sans prendre de gants…
Pourquoi cet article ? Tout simplement parce que je n’ai vu aucune analyse de fond sur le pourquoi du comment du retrait (provisoire ?) de Linus Torvalds de l’équipe du kernel.

Point par point

Je vais tout simplement amener une réflexion point par point en vu de déterminer ou tout du moins de faire réfléchir sur les raisons du retrait du créateur du noyau Linux, le prétexte d’un comportement non professionnel ou inapproprié est il une explication convenable ou il y a-t-il autre chose derrière ?

« …j’ai jugé une situation et contribué à un environnement non professionnel  » : L’ensemble tient à cela, Linus serait un affreux dictateur non dénoncé de 1991 à 2015 (https://hacked.com/sjws-trying-frame-linux-creator-linus-torvalds-fake-sexual-assault-charges/).

Personne jusqu’à 2015 ne lui en à fait la réflexion sur quelques forums, mailing list du noyau et il a fallu l’arrivée des messies S.J.W. (Social Justice Warriors) pour pouvoir dénoncer un comportement très bien accepté jusqu’alors pendant, allez on va être gentil, 20 ans (en effet on ne va pas compter depuis 1991 mais plutôt depuis 1995).

Note de Frédéric : le noyau linux 1.0 est sorti en 1994.

C’est l’actuelle théorie se basant sur les dires du concerné, mais y a-t-il d’autres théories pouvant expliquer ce repli ?

Trois hypothèses

J’ai élaboré trois théories basées sur l’étude des relations de Torvalds de 2015 à nos jours (celles-ci peuvent aussi être imbriquées) :

1 – Virer le vieux pour mieux prendre sa place

Quand on veut jeter une personnalité publique rien de mieux qu’un bon scandale sociétal, on peut d’ailleurs aujourd’hui saupoudrer ça d’attaques sur le « sexisme » réel ou imaginaire (le plus souvent imaginaire) de la personne, un scandale carrément sexuel ou sur un comportement non politiquement correct donc défini autoritairement de non professionnel.

Il faut savoir tout de même que jamais le monde de l’Open-Source n’a été politiquement correct, parfois assimilable à l’ultra-anarchisme (donc le droit de tout dire et de tout faire) aidant justement à un vocabulaire très tranché, le réel de l’éviction pourraient être de multiples pressions de membres plus ou moins nouveaux du kernel qui commencent à en avoir marre d’être régulé par le « vieux con » de service. Il faut savoir que gagner en renommée dans le gratin du monde Open-Source c’est s’assurer une place durable au soleil, quand il y a du cash en jeu tous les coups sont permis.

2 – La mise en place misandre d’une pseudo-discrimination positive

Rien de plus saoulant pour un pro des différents métiers de l’informatique que de ne pas juger le travail de quelqu’un pour ce qu’il est, bon ou mauvais, à revoir, à corriger (https://linuxfr.org/users/patrick_g/journaux/linus-confie-momentanement-les-renes-du-noyau-a-greg-kh, voir les messages en commentaires par rapport à l’article du New-Yorker).

La discrimination positive des féministes S.J.W., à ne pas confondre avec le féminisme des années 1970, 1960 et avant, est incompatible avec un travail de qualité, il faut rappeler que parmi les hommes ou les femmes il y a souvent de manière égale autant de gens de qualité que d’incompétents notoires (non je ne marcherais pas dans le jeu de l’écriture inclusive…)

On peut penser alors que Linus avec son niveau de compétence n’ait pas envie, sous prétexte que c’est une développeuse, d’accepter un travail minable avec le sourire et l’inclure dans le noyau dans l’espoir de voir renforcer le nombre de femmes dans l’équipe, ce n’est pas dans l’ADN d’origine des professions de l’informatique.

3 – Linus ne veut pas risquer un climat d’anarchie s’il disparaît demain

La méthodologie d’origine pour l’acceptation de changement au sein du noyau devait en passer par le créateur du noyau. S’il est à noter que cela n’est plus le cas depuis quelques années, qu’en serait-il si le leader, créateur originel venait à disparaître. Est-ce que l’équipe resterait unie comme actuellement ou chacun ferait-il son petit fork ????

On peut penser que Linus souhaite peut-être observer, par son retrait, comment le reste de l’équipe se débrouille sans son leader. Mais pour faire plus vrai il devait trouver une excuse, un prétexte.

En guise de conclusion

À mon humble avis la théorie officielle ne tient pas une seule seconde, des problèmes relationnels seraient apparus dans les dix premières années avec, non pas un accroissement, mais une fuite des bonnes volontés (vers les BSDs lol)… Linux n’était pas aussi connu et aussi rentable à la fin des années 1990 que maintenant.

Je pense plutôt que les deux premières théories alternatives tiennent debout et sont quasi confirmés par les articles sur les attaques des S.J.W. dès 2014, Linus prend de l’âge et on peut penser que les S.J.W. sont aussi du pain béni pour virer le vieux à terme et laisser enfin la place aux jeunes qui ont bien le droit de profiter un peu même si c’est sur la gueule du père… Hein ??? Pas vrai ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Laissez un commentaire.

Réchauffement climatique : comment nos barrières mentales nous empêchent de sauver la planète

Ouragans au journal télévisé, chiffres alarmants du réchauffement climatique, photos choc de mers de plastique, les images préoccupantes sur l’état de la planète nous entourent. Pourtant, difficile de trouver les ressources en soi pour enfin essayer de renverser la tendance. Un chercheur norvégien, Per Espen Stoknes, a mis les mots sur cette passivité. [Lire la suite]

Changer le monde, un octet à la fois

Cette année, comme les précédentes, Framasoft fait appel à votre générosité afin de poursuivre ses actions.

Depuis 14 ans : promouvoir le logiciel libre et la culture libre

L’association Framasoft a 14 ans. Durant nos 10 premières années d’existence, nous avons créé l’annuaire francophone de référence des logiciels libres, ouvert une maison d’édition ne publiant que des ouvrages sous licences libres, répondu à d’innombrables questions autour du libre, participé à plusieurs centaines d’événements en France ou à l’étranger, promu le logiciel libre sur DVD puis clé USB, accompagné la compréhension de la culture libre, ou plutôt des cultures libres, au travers de ce blog, traduit plus de 1 000 articles ainsi que plusieurs ouvrages, des conférences, et bien d’autres choses encore !

Depuis 4 ans, décentraliser Internet

En 2014, l’association prenait un virage en tentant de sensibiliser non seulement à la question du libre, mais aussi à celle de la problématique de la centralisation d’Internet. En déconstruisant les types de dominations exercées par les GAFAM (dominations technique, économique, mais aussi politique et culturelle), nous avons pendant plusieurs années donné à voir en quoi l’hyperpuissance de ces acteurs mettait en place une forme de féodalité.

Et comme montrer du doigt n’a jamais mené très loin, il a bien fallu initier un chemin en prouvant que le logiciel libre était une réponse crédible pour s’émanciper des chaînes de Google, Facebook & co. En 3 ans, nous avons donc agencé plus de 30 services alternatifs, libres, éthiques, décentralisables et solidaires. Aujourd’hui, ces services accueillent 400 000 personnes chaque mois. Sans vous espionner. Sans revendre vos données. Sans publicité. Sans business plan de croissance perpétuelle.

Parfois, Framasoft se met au vert. Parce qu’il y a un monde par-delà les ordinateurs…

 

 

Mais Framasoft, c’est une bande de potes, pas la #startupnation. Et nous ne souhaitions pas devenir le « Google du libre ». Nous avons donc en 2016 impulsé le collectif CHATONS, afin d’assurer la résilience de notre démarche, mais aussi afin de « laisser de l’espace » aux expérimentations, aux bricolages, à l’inventivité, à l’enthousiasme, aux avis divergents du nôtre. Aujourd’hui, une soixantaine de chatons vivent leurs vies, à leurs rythmes, en totale indépendance.

Il y a un an : penser au-delà du code libre

Il y a un an, nous poursuivions notre virage en faisant 3 constats :

  1. L’open source se porte fort bien. Mais le logiciel libre (c-à-d. opensource + valeurs éthiques) lui, souffre d’un manque de contributions exogènes.
  2. Dégoogliser ne suffit pas ! Le logiciel libre n’est pas une fin en soi, mais un moyen (nécessaire, mais pas suffisant) de transformation de la société.
  3. Il existe un ensemble de structures et de personnes partageant nos valeurs, susceptibles d’avoir besoin d’outils pour faire advenir le type de monde dont nous rêvons. C’est avec elles qu’il nous faut travailler en priorité.

Est-ce une victoire pour les valeurs du Libre que d’équiper un appareil tel que le drone militaire MQ-8C Fire Scout ?
Nous ne le pensons pas.
Cliché
Domaine public – Wikimedia

 

Face à ces constats, notre feuille de route Contributopia vise à proposer des solutions. Sur 3 ans (on aime bien les plans triennaux), Framasoft porte l’ambition de participer à infléchir la situation.

D’une part en mettant la lumière sur la faiblesse des contributions, et en tentant d’y apporter différentes réponses. Par exemple en abaissant la barrière à la contribution. Ou, autre exemple, en généralisant les pratiques d’ouvertures à des communautés non-dev.

D’autre part, en mettant en place des projets qui ne soient pas uniquement des alternatives à des services de GAFAM (aux moyens disproportionnés), mais bien des projets engagés, militants, qui seront des outils au service de celles et ceux qui veulent changer le monde. Nous sommes en effet convaincu·es qu’un monde où le logiciel libre serait omniprésent, mais où le réchauffement climatique, la casse sociale, l’effondrement, la précarité continueraient à nous entraîner dans leur spirale mortifère n’aurait aucun sens pour nous. Nous aimons le logiciel libre, mais nous aimons encore plus les êtres humains. Et nous voulons agir dans un monde où notre lutte pour le libre et les communs est en cohérence avec nos aspirations pour un monde plus juste et durable.

Aujourd’hui : publier Peertube et nouer des alliances

Aujourd’hui, l’association Framasoft n’est pas peu fière d’annoncer la publication de la version 1.0 de PeerTube, notre alternative libre et fédérée à YouTube. Si vous souhaitez en savoir plus sur PeerTube, ça tombe bien : nous venons de publier un article complet à ce sujet !

Ce n’est pas la première fois que Framasoft se retrouve en position d’éditeur de logiciel libre, mais c’est la première fois que nous publions un logiciel d’une telle ambition (et d’une telle complexité). Pour cela, nous avons fait le pari l’an passé d’embaucher à temps plein son développeur, afin d’accompagner PeerTube de sa version alpha (octobre 2017) à sa version bêta (mars 2018), puis à sa version 1.0 (octobre 2018).

Le crowdfunding effectué cet été comportait un palier qui nous engageait à poursuivre le contrat de Chocobozzz, le développeur de PeerTube, afin de vous assurer que le développement ne s’arrêterait pas à une version 1.0 forcément perfectible. Ce palier n’a malheureusement pas été atteint, ce qui projetait un flou sur l’avenir de PeerTube à la fin du contrat de Chocobozzz.

Garder sa singularité tout en étant relié aux autres, c’est ça la force de la fédération PeerTube.
Notre article complet sur PeerTube

 

Nous avons cependant une excellente nouvelle à vous annoncer ! Bien que le palier du crowdfunding n’ait pas été atteint, l’association Framasoft a fait le choix d’embaucher définitivement Chocobozzz (en CDI) afin de pérenniser PeerTube et de lui donner le temps et les moyens de construire une communauté solide et autonome. Cela représente un investissement non négligeable pour notre association, mais nous croyons fermement non seulement dans le logiciel PeerTube, mais aussi et surtout dans les valeurs qu’il porte (liberté, décentralisation, fédération, émancipation, indépendance). Sans parler des compétences de Chocobozzz lui-même qui apporte son savoir-faire à l’équipe technique dans d’autres domaines.

Nous espérons que vos dons viendront confirmer que vous approuvez notre choix.

D’ici la fin de l’année, annoncer de nouveaux projets… et une campagne de don

Comme vous l’aurez noté (ou pas encore !), nous avons complètement modifié notre page d’accueil « framasoft.org ». D’une page portail plutôt institutionnelle, décrivant assez exhaustivement « Qu’est-ce que Framasoft ? », nous l’avons recentrée sur « Que fait Framasoft ? » mettant en lumière quelques éléments clefs. En effet, l’association porte plus d’une cinquantaine de projets en parallèle et présenter d’emblée la Framagalaxie nous semblait moins pertinent que de « donner à voir » des actions choisies, tout en laissant la possibilité de tirer le fil pour découvrir l’intégralité de nos actions.

Nous y rappelons brièvement que Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association de 35 membres et 8 salarié⋅es (bientôt 9 : il reste quelques jours pour candidater !). Que nous sommes à l’origine de la campagne « Dégooglisons Internet » (plus de 30 services en ligne)… Mais pas seulement ! Certain⋅es découvriront peut-être l’existence de notre maison d’édition Framabook, ou de notre projet historique Framalibre. Nous y mettons en avant LE projet phare de cette année 2018 : PeerTube. D’autres projets à court terme sont annoncés sur cette page (en mode teasing), s’intégrant dans notre feuille de route Contributopia.

Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association

Enfin, nous vous invitons à faire un don pour soutenir ces actions. Car c’est aussi l’occasion de rappeler que l’association ne vit quasiment que de vos dons ! Ce choix fort, volontaire et assumé, nous insuffle notre plus grande force : notre indépendance. Que cela soit dans le choix des projets, dans le calendrier de nos actions, dans la sélection de nos partenaires, dans nos prises de paroles et avis publics, nous sommes indépendant⋅es, libres, et non-soumis⋅es à certaines conventions que nous imposerait le système de subventions ou de copinage avec les ministères ou toute autre institution.

Ce sont des milliers de donatrices et donateurs qui valident nos actions par leur soutien financier. Ce qu’on a fait vous a plu ? Vous pensez que nous allons dans le bon sens ? Alors, si vous en avez l’envie et les moyens, nous vous invitons à faire un don. C’est par ce geste que nous serons en mesure de verser les salaires des salarié⋅es de l’association, de payer les serveurs qui hébergent vos services préférés ou de continuer à intervenir dans des lieux ou devant des publics qui ont peu de moyens financiers (nous intervenons plus volontiers en MJC que devant l’Assemblée Nationale, et c’est un choix assumé). Rappelons que nos comptes sont publics et validés par un commissaire aux comptes indépendant.

En 2019, proposer des outils pour la société de contribution

Fin 2018, nous vous parlerons du projet phare que nous souhaitons développer pendant l’année 2019, dont le nom de code est Mobilizon. Au départ pensé comme une simple alternative à Meetup.com (ou aux événements Facebook, si vous préférez), nous avons aujourd’hui la volonté d’emmener ce logiciel bien plus loin afin d’en faire un véritable outil de mobilisation destiné à celles et ceux qui voudraient se bouger pour changer le monde, et s’organiser à 2 ou à 100 000, sans passer par des systèmes certes efficaces, mais aussi lourds, centralisés, et peu respectueux de la vie privée (oui, on parle de Facebook, là).

Évidemment, ce logiciel sera libre, mais aussi fédéré (comme Mastodon ou PeerTube), afin d’éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central, et donc de faiblesse potentielle du système. Nous vous donnerons plus de nouvelles dans quelques semaines, restez à l’écoute !

Éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central

D’autres projets sont prévus pour 2019 :

  • la sortie du (apparemment très attendu) Framapétitions ;
  • la publication progressive du MOOC CHATONS (cours en ligne gratuit et ouvert à toutes et tous), en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement et bien d’autres. Ce MOOC, nous l’espérons, permettra à celles et ceux qui le souhaitent, de comprendre les problématiques de la concentration des acteurs sur Internet, et donc les enjeux de la décentralisation. Mais il donnera aussi de précieuses informations en termes d’organisation (création d’une association, modèle économique, gestion des usager⋅es, gestion communautaire, …) ainsi qu’en termes techniques (quelle infrastructure technique ? Comment la sécuriser ? Comment gérer les sauvegardes, etc.) ;
  • évidemment, bien d’autres projets en ligne (on ne va pas tout vous révéler maintenant, mais notre feuille de route donne déjà de bons indices)

Bref, on ne va pas chômer !

Dans les années à venir : se dédier à toujours plus d’éducation populaire, et des alliances

Nous avions coutume de présenter Framasoft comme « un réseau à géométrie variable ». Il est certain en tout cas que l’association est en perpétuelle mutation. Nous aimons le statut associatif (la loi de 1901 nous paraît l’une des plus belles au monde, rien que ça !), et nous avons fait le choix de rester en mode « association de potes » et de refuser — en tout cas jusqu’à nouvel ordre — une transformation en entreprise/SCOP/SCIC ou autre. Mais même si nous avons choisi de ne pas être des super-héro⋅ïnes et de garder l’association à une taille raisonnable (moins de 10 salarié⋅es), cela ne signifie pas pour autant que nous ne pouvons pas faire plus !

La seconde année de Contributopia
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

 

 

Pour cela, de la même façon que nous proposons de mettre nos outils « au service de celles et ceux qui veulent changer le monde », nous sommes en train de créer des ponts avec de nombreuses structures qui n’ont pas de rapport direct avec le libre, mais avec lesquelles nous partageons un certain nombre de valeurs et d’objectifs.

Ainsi, même si leurs objets de militantisme ou leurs moyens d’actions ne sont pas les mêmes, nous aspirons à mettre les projets, ressources et compétences de Framasoft au service d’associations œuvrant dans des milieux aussi divers que ceux de : l’éducation à l’environnement, l’économie sociale et solidaire et écologique, la transition citoyenne, les discriminations et oppressions, la précarité, le journalisme citoyen, la défense des libertés fondamentales, etc. Bref, mettre nos compétences au service de celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste et plus durable, afin qu’ils et elles puissent le faire avec des outils cohérents avec leurs valeurs et modulables selon leurs besoins.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Framasoft est une association d’éducation populaire (qui a soufflé « d’éducation politique » ?), et nous n’envisageons plus de promouvoir ou de faire du libre « dans le vide ». Il y a quelques années, nous évoquions l’impossibilité chronique et structurelle d’échanger de façon équilibrée avec les institutions publiques nationales. Cependant, en nous rapprochant de réseaux d’éducation populaire existants (certains ont plus de cent ans), nos positions libristes et commonistes ont été fort bien accueillies. À tel point qu’aujourd’hui nous avons de nombreux projets en cours avec ces réseaux, qui démultiplieront l’impact de nos actions, et qui permettront — nous l’espérons — que le milieu du logiciel libre ne reste pas réservé à une élite de personnes maîtrisant le code et sachant s’y retrouver dans la jungle des licences.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Nous avons besoin de vous !

Un des paris que nous faisons pour cette campagne est « d’informer sans sur-solliciter ». Et l’équilibre n’est pas forcément simple à trouver. Nous sommes en effet bien conscient⋅es qu’en ce moment, toutes les associations tendent la main et sollicitent votre générosité.

Nous ne souhaitons pas mettre en place de « dark patterns » que nous dénonçons par ailleurs. Nous pouvions jouer la carte de l’humour (si vous êtes détendu⋅es, vous êtes plus en capacité de faire des dons), celle de la gamification (si on met une jauge avec un objectif de dons, vous êtes plus enclin⋅es à participer), celle du chantage affectif (« Donnez, sinon… »), etc.

Le pari que nous prenons, que vous connaissiez Framasoft ou non, c’est qu’en prenant le temps de vous expliquer qui nous sommes, ce que nous avons fait, ce que nous sommes en train de faire, et là où nous voulons vous emmener, nous parlerons à votre entendement et non à vos pulsions. Vous pourrez ainsi choisir de façon éclairée si nos actions méritent d’être soutenues.

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose. Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. » — Antoine de Saint-Exupéry

Nous espérons, à la lecture de cet article, vous avoir donné le désir de co-construire avec nous le Framasoft de demain, et que vous embarquerez avec nous.

 

Faire un don pour soutenir les actions de Framasoft

 

 

Remaniement : le gouvernement fait disparaître la notion de « numérique »

mounir-mahjoubi

Le remaniement gouvernement a eu lieu. Dans le domaine du numérique, un changement significatif a eu lieu : le secrétaire d’État au numérique rattaché au Premier ministre n'existe plus. Mounir Mahjoubi, qui occupait ce poste, passe à Bercy. [Lire la suite]

Pour une maison de la liberté de la presse à Paris

« Nous souhaitons qu'un lieu démocratique dévolu à la liberté de la presse puisse enfin voir le jour au cœur de la capitale française » : une trentaine de personnalités de tous horizons lancent un appel de soutien au projet de Maison des Médias Libres à Paris, porté par près de 80 structures partenaires dont Basta !.
Construire un lieu emblématique pour la liberté de la presse à Paris. Telle est l'ambition portée notamment par une soixantaine de médias indépendants, dont Basta ! (voir la liste ci-dessous), (...)

- Débattre / Médias libres

L’informatique en stream

Concours de vidéos : #ScienceInfoStream
« L’informatique en stream »

  • Vous êtes passionné(e)s de science informatique ?
  • Vous aimez les défis ?
  • Vous vous sentez l’âme d’un ou d’une vidéaste ?


N’attendez plus ! Prenez votre smartphone, webcam, ou caméra : vous avez moins de 256 secondes pour partager ces pépites de science qui vous fascinent.

La Société informatique de France vous invite à participer à la deuxième édition de son concours.

Votre vidéo, tournée en français, aura une durée comprise entre 27 (128) et 28 (256) secondes. Elle sera au format de votre choix (les formats libres, comme ogv, sont encouragés) et mise à disposition sur le web (via votre page personnelle ou via un site de streaming). La soumission se fera par email à l’adresse, une déclaration d’intention est attendue avant le 1er décembre 2018, la soumission finale devra arriver avant le 7 janvier 2019. Le mail contiendra, outre le lien, le titre de la vidéo et les noms et prénoms de son ou de ses auteur(s) avec une présentation succincte (âge, rôles respectifs dans le projet…).

“Ressources humaines” 1er prix du concours 2018

Un jury composé notamment d’informaticien(ne)s et de spécialistes de la médiation scientifique réalisera une première sélection de vidéos dont la diffusion et la promotion seront assurées par la SIF et ses partenaires. Trois d’entre elles seront ensuite choisies et recevront des récompenses allant de 500 à 1500 euros.  Les vidéos seront mises en ligne aussi par la SIF, de manière ouverte avec une licence Creative Commons choisie par l’auteur(e).  La remise des prix se déroulera lors du congrès de la SIF qui se déroulera les 6 et 7 février 2019 à Bordeaux en présence de nombreux intervenants prestigieux.

Faire parler une machine à café” accessit ex aequo du concours 2018

Le jury appréciera particulièrement les vidéos qui satisfont un ou plusieurs des critères suivants :

– Originalité du sujet ou du point de vue utilisé pour le traiter,

– Aptitude à susciter une vocation pour la science informatique,

– Sensibilisation aux enjeux sociétaux de la science informatique,

– Capacité à expliquer en langage simple un point de science informatique.

Qui peut participer ?

“Un ordinateur en lego pour votre salon” accessit ex aequo du concours 2018

Toutes et tous, en individuel ou en équipe, de 5 à 105 ans

Règlement et informations accessibles ici

N’hésitez pas à regarder les vidéos primées lors de l’édition 2018

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Paul Allen est décédé : ce que le premier technicien de Microsoft laisse à l’Histoire

Paul Allen est décédé à l'âge de 65 ans. Celui qui a cofondé Microsoft avec Bill Gates laisse derrière lui une vie de projets et d'entreprises reflétant ses nombreuses passions. [Lire la suite]

Assises de la Sécurité 2018

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’assister aux Assises de la Sécurité à Monaco. Quelques jours sous la pluie qui en valaient la peine 😉

J’ai d’ailleurs pris le temps de faire quelques interviews vidéos. C’est orienté « pro » donc ça risque d’intéresser uniquement les gens qui travaillent dans la sécurité et/ou l’informatique. Mais j’espère que vous apprendrez quand même quelques trucs.

Voici la liste des vidéos Youtube mises en ligne :

Bon visionnage à tous !


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Convient pour tous disques durs ou SSD 2,5 pouces SATA I / II / III
Super Speed USB 3.0 taux de jusqu’à 5 GPS de transfert 70 % plus rapide que l’USB 3.0 classique pour SSD
Voyant diode indique le différent mode de transmission: lumière blanche: USB 2.0 ; lumière bleue : USB 3.0
Plug & play hot-swap pas besoin d’installation du pilote Faible consommation d’énergie Auto-dormance outil libre
Systèmes d’exploitation compatibles: Windows XP / Vista / 7/8 / 8.1 / 10, Mac OS 9.0 et supérieur


Réforme de la Sécurité sociale  : version Start-up Nation ou tous contributeurs ?

Combien de fois avons-nous entendu parler de l’importance de réformer notre système de protection sociale ? Les propositions ne manquent pas : repousser l’âge du départ en retraite, augmenter la CSG de 2 %, ne plus verser d’allocations familiales aux ménages dépassant un certain revenu, diminuer le remboursement des médicaments considérés comme inefficaces, supprimer les régimes spéciaux et les aligner sur le régime commun, mettre en place une TVA sociale… Derrière chacune de ces propositions, il y a un choix politique (remise en cause de l’universalité des allocations familiales, rétablissement de l’équité entre les régimes de retraite, élargissement de l’assiette des revenus …) et donc un modèle de société.

Les missions de la Sécurité sociale sont nombreuses : il y a la branche maladie (prise en charge des dépenses de santé, accès aux soins, mise en place de programmes de prévention), la branche famille (allocations familiales, allocation logement, allocation de rentrée scolaire… permettant d’atténuer les inégalités de niveau de vie entre les ménages), la branche accidents de travail/maladies professionnelles et la branche retraite. Tous les aspects de la vie, de la naissance à la mort, sont liés à la Sécurité sociale.

Dès sa mise en place en France en 1945, il a été décidé d’asseoir le modèle, non pas sur l’impôt (ce qui impliquerait une gestion directe par l’État), mais sur des cotisations sociales appliquées aux revenus du travail, avec une gestion par des corps intermédiaires. Les différents caisses et organismes qui constituent la sécurité sociale (Caisse primaire d’assurance maladie, Caisse d’allocations familiales, URSSAF…) et qui gèrent les différents régimes (37, début 2018) ont des statuts de droit privé avec une délégation de service public. Elles sont elles-mêmes gérées de façon paritaire par les représentations syndicales et patronales. Benoit Bost, auteur de La Sécu à tout prix ! rappelle que le plan français de sécurité sociale « a été construit autour de la question centrale de l’émancipation des travailleurs ». L’objectif principal de la Sécurité sociale en 1945 est de garantir « à chacun qu’en toute circonstance il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de cette incertitude du lendemain, constante, qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants, sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir, et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère ».

Si au début des années 90, les cotisations sociales calculées sur les revenus du travail représentaient 87 % des recettes de la Sécu, l’assiette de son financement s’est peu à peu élargie à l’ensemble des revenus du ménage : aux produits de placement, revenus de remplacement (chômage, retraite, etc.), revenus du patrimoine… En 2012, les cotisations sociales ne représentent plus que 58,4 % des recettes du régime général de la Sécu.


Image : Structure des recettes de la Sécurité sociale.

La CSG (Contribution sociale généralisée) a connu une grande évolution de son taux depuis sa création en 1991 par Michel Rocard. À l’origine, elle a été mise en place pour diversifier le financement de la protection sociale et plus particulièrement la branche famille, en remplacement des cotisations patronales d’allocations familiales. Son taux n’était que de 1,1 % et elle était appliquée aux revenus d’activités, aux revenus de remplacement et aux revenus du capital. En 1993, son taux est passé à 2,4 % pour permettre le financement du Fonds de solidarité vieillesse, dont la mission est de financer les avantages vieillesse des personnes ayant une faible pension de retraite. Ensuite, au fur et à mesure des années, la CSG a augmenté pour financer la branche maladie, l’autonomie, l’assurance chômage, et a maintenant 5 taux différents selon le type de revenus.

Et je vous passe le débat sur la nature de la CSG (cotisation sociale ou impôt) puisqu’il n’existe pas de consensus entre les services du gouvernement, le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, le Conseil d’État et la Cour de justice de l’Union européenne. Mais, ce que montrent l’évolution de la CSG, la multiplication des ITAF (impôts et taxes affectés, à savoir taxes comportementales sur le tabac, l’alcool et les jeux, taxe sur les salaires, multiples taxes et contributions concernant l’industrie pharmaceutique, taxe sur les véhicules de société…), et l’affectation d’une partie de la TVA à son financement, c’est que le régime de la Sécurité sociale n’est plus financé exclusivement par les entreprises et les salariés, avec des contributions sur les revenus du travail, comme imaginé en 1945. Il reste majoritairement financé par les cotisations sociales, mais comme l’écrit Benoît Bost, « il est toutefois réinterrogé par plusieurs facteurs externes. L’absence de plein emploi, la mondialisation et la concurrence internationale impactent l’économie nationale. De nombreuses recettes ont été recherchées pour que ce financement ne pèse pas exclusivement sur les revenus du travail. » La question actuelle sur une plus large contribution des retraités au financement de la Sécurité sociale est une conséquence de cette diversification des financements. En augmentant le taux de la CSG, ce ne sont pas seulement les travailleurs et les entreprises qui sont mis à contribution, mais une grande partie des citoyens-contribuables.

,Mais que vient faire le numérique dans tout ça ?

Le numérique intervient à différents niveaux dans cette question de la pérennisation de notre régime de protection sociale. Il y a d’abord l’évolution des statuts des travailleurs : bien que le salarié en CDI reste la norme en France (plus de 88 % des actifs sont des salariés et 85 % de ces salariés sont en CDI), les statuts précaires se multiplient : temps partiel, embauche plus courante en CDD au détriment du CDI, apparition du statut d’auto-entrepreneur, … Sans compter que le statut d’indépendant précaire (tous les indépendants ne sont pas précaires, comme par exemple, les médecins, les patrons de PME, les avocats…), sans protection sociale, s’est développé avec l’apparition de nouveaux acteurs économiques (notamment les plateformes du type Uber ou Deliveroo), de nouvelles activités permises par un accès plus facile aux outils de production et l’acquisition de nouvelles compétence (Youtubeur, bloggeur, digital labor, travail de la multitude), de nouveaux modes de financement (financement participatif régulier, type Tipeee, ou au projet via des plateformes comme Ulule ou KissKissBangBang). Ces exemples pourraient paraître anecdotiques, mais il est fait de plus en plus référence à la recherche de la quête de sens et d’épanouissement dans le travail et au-delà des Youtubeurs les plus connus, des passionnés de philosophie, zététique, économie, politique, etc. essaient de gagner leur vie en faisant des vidéos. De par la pluralité des statuts, des activités et des sources de financements, mais aussi du fait de la fragmentation des parcours professionnels et de l’absence de protection sociale et de respect des conditions de travail acceptables, assurés par les nouveaux acteurs économiques, la situation de ces indépendants (même s’ils sont encore peu nombreux), doit être mieux prise en compte pour en faire aussi des travailleurs émancipés et protégés.

Par ailleurs, comme le rappelle la Coop des Communs dans sa synthèse « Réformer la protection sociale pour l’améliorer, dans le sens d’un droit commun », issue de son groupe de recherche collaborative « protection sociale, ESS et communs », « les évolutions de l’économie capitaliste attaquent de diverses manières (financiarisation, marchandisation, ubérisation, etc.) les piliers de la protection sociale (État, famille, entreprise comme agent économique central, communs, communautés). La marchandisation, promue par des décisions politiques, s’est solidement installée dans les principes d’attribution des droits et des prestations, dans la participation multiforme des groupes d’intérêts privés aux décisions publiques (retraites privées, sociétés pharmaceutiques…) et plus généralement dans l’idéologie managériale diffuse. »

L’éditorialiste et essayiste Nicolas Colin (@nicolas_colin), cofondateur du fonds d’investissement The Family, co-auteur du rapport Colin & Collin sur la fiscalité de l’économie numérique en 2013, de L’âge de la multitude en 2012 et auteur d’un nouvel essai Hedge – a Greater Safety Net for the Entrepreneurial Âge, fait le même constat, mais dans un prisme plus étasuno-centré : « La crise de la classe moyenne occidentale est longue dans son processus. Il y a eu la mondialisation, puis la financiarisation et tout s’est encore accéléré avec la technologie. Les Âges Sombres de la financiarisation ont conduit à transférer davantage de risques sur les individus, à démanteler efficacement le Grand Filet de Sécurité 1.0 et à imposer un fardeau excessif au système financier. Maintenant que nous passons à un nouveau paradigme techno-économique, il est temps d’imaginer de nouvelles institutions pour la prospérité et la sécurité économiques. La question est de savoir qui va relever ce défi ».

Pas d’acceptabilité sans confiance

Avant même de parler de la réforme du financement de notre Sécurité sociale, un des défis actuels est sa compréhension par le plus grand nombre. Il y a tellement de sources de financement différentes et de changements de taux au gré des budgets qu’il est quasi impossible de dresser la cartographie des sources de financement, selon Benoît Bost, pourtant cadre dirigeant d’un organisme de sécurité sociale. Des taxes pourraient être supprimés, des exonérations de cotisations également (il en existe des dizaines selon le secteur d’activité, la situation géographique ou le statut de la personne sans que leurs résultats sur la baisse du chômage ne soient probants), et leur suppression pourrait être compensée par une hausse des taux de la CSG. Comme l’écrit Benoît Bost : « l’objectif de clarification est désormais au cœur du devenir de notre système. L’acceptabilité du prélèvement social passe par la certitude donnée au cotisant que ces sommes seront affectées aux assurances sociales. Chacun doit pouvoir en vérifier la juste répartition. Mais cette transparence, aujourd’hui impérieuse, est très éloignée de la réalité ». Pour cela il propose d’intégrer un compteur mesurant notre taux d’effort au financement de la sécurité sociale au compte personnel d’activité. Ce compteur pourrait par exemple calculer le montant de taxe acquitté sur les paquets de cigarettes ou les jeux à gratter. À un moment où le débat sur le SelfData, la restitution des données personnelles aux individus, sous leur contrôle et à leurs propres fins, commence à se faire entendre, dans le but d’améliorer la confiance dans les organisations, les entreprises et les institutions, ce compteur pourrait être une application intéressante pour renforcer « le sentiment d’appartenance et d’adhésion » à notre système de protection sociale.

Le revenu universel n’est pas la solution

Le revenu de base, ou allocation universelle, revient souvent dans les discussions quand il s’agit d’aborder la réforme de la sécurité sociale en lien avec la nouvelle économie (économie des plateformes, économie contributive, économie collaborative…). Bastien Engelbach (@bengelbach) de la Fonda a dressé par exemple une intéressante cartographie des arguments en jeu dans le débat sur le revenu universel.

Or, le revenu de base n’est plébiscité ni par Nicolas Colin, ni par le groupe de recherche collaborative de la Coop des Communs. C’est une chimère séduisante, ambiguë et donc potentiellement dangereuse pour ces derniers. Séduisante, car « disposer d’un revenu, déconnecté des obligations du travail, est perçu (…) comme une voie nouvelle permettant de contribuer aux communs ou à des activités socialement utiles ». Ambiguë, car il n’est jamais dit s’il s’agit d’une allocation complétive (qui s’ajouterait à la protection sociale des différentes branches de la sécurité sociale) ou d’une allocation substitutive (qui viendrait en remplacement d’une partie ou de la totalité des prestations sociales existantes). Et donc dangereuse, car dans le cas d’une allocation substitutive (le cas le plus souvent cité par les hommes politiques de nos jours, car il faut bien trouver un moyen de le financer), les services collectifs gratuits ou dont l’usager ne paye pas la totalité du coût (éducation, petite enfance…) pourraient devenir payants et que les organismes privés assurantielles se développeraient encore plus, dans tous les secteurs de la vie, selon ce à quoi cette allocation se substituerait. Au final, le risque d’un affaiblissement de la solidarité collective et donc d’une régression sociale pourrait être forte.

Nicolas Colin, de son côté, remet en cause l’aspect simplificateur du revenu universel : à chaque personne le même montant quelque soit sa situation. Or, même si « l’entrepreneuriat est l’art de rendre les choses simples » selon lui, « il ne faut pas oublier que le filet de sécurité est complexe pour une raison, à savoir, fournir une sécurité économique à l’échelle des nations entières aux ménages et aux entreprises ». Mais il poursuite en disant ne pas comprendre comment distribuer un montant fixe à tout le monde peut prévenir l’ensemble de l’économie contre les conséquences néfastes de l’ère de l’entrepreneuriat. Par ailleurs, l’allocation universelle ne résisterait certainement pas aux alternances politiques : si un gouvernement la mettait en place dans une optique d’allocation complémentaire, elle pourrait se transformer en allocation supplétive par un autre gouvernement considérant que « cela rend les pauvres paresseux et que les riches n’ont de toute façon pas besoin de cet argent ». Mais comme le montrait son précédent article intitulé « Enough with this basic income bullshit », Nicolas Colin considère que la France a déjà son revenu de base avec le RSA (Revenu de Solidarité active) et avant lui le RMI (Revenu minimum d’insertion). Donc pour lui, les défenseurs du revenu minimum aux États-Unis devraient se concentrer sur la défense du filet de sécurité actuel.

Un grand filet de sécurité 2.0 ?

Pour faire face aux défis actuels de notre économie, Nicolas Colin ne compte pas sur une intervention puissante de l’État. Selon lui, il faut plutôt « imaginer une combinaison radicalement nouvelle de programmes d’assurance sociale, d’innovation financière et de mécanismes d’autonomisation des travailleurs afin de mieux gérer les risques et d’accroître la prospérité et la sécurité économiques pour tous ». Il explique plus loin : « le passage à l’ère entrepreneuriale appelle une nouvelle génération de crédit à la consommation, axée sur la facilitation des changements de carrière plutôt que sur l’achat de biens matériels tels que des maisons et des voitures à crédit. Nous devons exploiter la technologie pour fournir une meilleure assurance contre les risques critiques. Avec une réglementation adéquate, le marché peut produire des résultats similaires à ceux de l’assurance sociale. Le système fiscal doit également être mis à niveau pour prendre en compte les hauts et les bas de l’âge entrepreneurial. Nous devons aligner l’impôt sur le revenu des particuliers sur les principes qui régissent l’impôt sur les sociétés ». Et enfin : « les enjeux institutionnels sont clairs : nous devons créer plus d’emplois dans les services de proximité et les rendre plus attrayants et plus enrichissants. C’est l’objectif majeur du filet de sécurité. »

Avec ces quelques phrases, nous avons un résumé du Grand Filet de Sécurité 2.0 imaginé par Nicolas Colin : ce ne sont pas les États qui doivent garantir une protection sociale à chacun, mais le marché, avec notamment de nouveaux types de crédit à la consommation (et surement de nouveaux types d’assurances en tout genre) et de la technologie. On voit bien que le sujet de l’émancipation des travailleurs est toujours présent, mais la réduction de la pauvreté et des inégalités un peu moins flagrantes (d’ailleurs, il ne dit pas un mot de la réduction des inégalités que génère la concentration du capital des entreprises). Quand on connaît le risque qui pèse aux États-Unis avec les prêts étudiants par exemple, dont l’encours a dépassé la barre symbolique de 1500 milliards de dollars cet été, avec un taux de défaillance de 11,5 %, qui pourrait augmenter de 40 % d’ici 2023, on peut se demander si financer son changement de carrière par un prêt est une bonne idée. Mais selon Nicolas Colin, l’abondance de données crée de la valeur qui permettrait aux banques de prendre plus facilement de meilleures décisions de prêt (mais cela n’assure pas que ce soit avant tout à leur plus grand bénéfice, plutôt qu’à celui de leurs clients). Les banques doivent apprendre à exploiter toutes les données, afin de transformer tout, y compris les échecs, en informations créatrices de valeur. Au-delà, une prévision et un suivi plus complets des revenus individuels, grâce à la technologie, devraient permettre aux banques de demander plus facilement le remboursement du prêt sur des périodes de temps plus longues. Le gouvernement a bien sûr un petit rôle dans l’histoire : être une « main aidante » en acceptant cette nouvelle approche du système financier et en redistribuant les cartes entre les différents acteurs… Est-ce vraiment suffisant ? Peut-on vraiment faire confiance au marché, aux banques, aux nouveaux entrepreneurs… ?

Pour le moment, ce que l’on observe aux États-Unis ne ressemble-t-il pas plutôt à l’exact contraire ? Des Américains utilisent les services de financement participatif pour financer leurs soins médicaux, en utilisant des plateformes spécifiques, comme YouCaring ou même Facebook qui a mis en place une nouvelle fonctionnalité pour lever des fonds pour n’importe quelle cause. Et comme le dit le professeur en science de l’information Olivier Ertzscheid dans son article “La caisse de grève crowdfundée. C’est (l’uberisation de) la lutte finale”, « le problème de fond est que le crowdfunding est en train de devenir, pour les Etats et les gouvernements, l’alibi parfait permettant d’assécher les financements publics. (…) Cet essor des logiques de crowdfunding qui dépassent désormais le seul secteur des industries culturelles pour contaminer des champs entiers de l’action publique doit nous amener à nous interroger sur le financement des politiques publiques. Et notamment dans le domaine de la santé où le pire est déjà en train de se mettre en place. Si nous ne sommes pas suffisamment vigilants et réactifs, nous sombrerons lentement mais sûrement dans un « marché de la pitié », un « mercy market » où « être malade ne sera plus suffisant, il faudra être aussi intéressant.” »

Aujourd’hui, aux États-Unis ou en France, les plateformes d’intermédiation refusent de reconnaître le statut de salarié aux indépendants qu’elles font travailler, le lien de subordination n’étant pas toujours explicite.

Quand il a été question de mettre en place de nouvelles mesures de responsabilités sociales (contribution à la formation professionnelle ou d’assurance contre les risques d’accidents du travail et de maladie professionnelle), dans le cadre de la loi El Khomri en mai 2017, on imagine bien que les plateformes n’ont pas sauté de joie. Heureusement pour elle, ces dispositions ont été pour le moment ”invalidées par le Conseil constitutionnel, par une décision du 4 septembre 2018, non pas sur le fond, mais sur la forme (adopté selon une procédure contraire à la Constitution).

Par ailleurs, les entreprises ont toujours cherché à diminuer leurs obligations vis-à-vis de leurs salariés. La demande d’abaissement des seuils d’effectifs déterminant le montant de certaines cotisations, comme le FNAL (Fonds National d’Aide au Logement), mais aussi l’octroi d’avantages pour les salariés (chèque-vacances, versement transport) ou l’apparition de nouvelles obligations (emploi de travailleur handicapé, élection de représentants du personnel…) en sont des exemples parmi tant d’autres. Comme le fait que des entreprises préfèrent ne pas embaucher pour ne pas dépasser les seuils de 11, 20 ou 50 salariés. Bref, on a un peu l’impression que l’entreprise paternaliste, promoteur du social, dont parle Nicolas Colin, est un peu un rêve qui n’existe plus depuis longtemps.

Faire de la protection sociale un (droit) commun

Pour rappel, comme l’explique Wikipédia, ce que l’on appelle « commun », est une ressource partagée, gérée et maintenue collectivement par une communauté. Celle-ci établit des règles dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en fournissant la possibilité de l’utiliser par tous. Ces ressources peuvent être naturelles (une forêt, une rivière), matérielles (une machine-outil, une maison, une centrale électrique) ou immatérielles (une connaissance, un logiciel). Les communs impliquent que la propriété n’est pas conçue comme une appropriation ou une privatisation, mais comme un usage. En cela, le terme établit une troisième voie entre privé et public.

Pour la Coop des communs, les communs doivent servir à produire de la solidarité : « face à la prétention du néo-libéralisme à être le seul projet crédible et légitime pour dessiner les contours d’un monde juste, « les communs » constituent l’un des piliers d’une solution alternative, pratique et théorique, en émergence, où chacun est sujet de la production de la solidarité avec sa ou ses communautés d’appartenance. « L’approche des communs » recouvre à la fois un vaste forum de réflexion orienté vers l’action politique, et une variété d’activités humaines, pratiques et théoriques qui se réclament d’un « agir en commun » et d’une transition vers des formes d’organisation polycentriques. »

Au-delà de l’assurance d’une protection sociale permettant de pallier les inégalités sociales, de garantir des soins médicaux et d’assurer une retraite convenable, une sécurité sociale basée sur les communs tels que l’envisage la Coop des communs entraîne un renouveau démocratique, du fait de l’implication de la communauté dans sa gestion. Penser les communs ne se fait pas sans « l’agir en commun », et un agir politique, collectif et solidaire. Dans le secteur du travail et de l’emploi, il existe déjà des exemples d’espace de mutualisation (des risques, des fonctions), d’autonomie (en développant son activité de façon indépendante), de démocratie (représentation, gestion) et de sécurisation (en bénéficiant des droits du régime général des salariés) : les coopératives d’activité et d’emploi qui existent depuis plus de 20 ans. « Ici ce n’est pas le produit du travail qui est un commun, mais plutôt l’ensemble des infrastructures et des institutions du travail qui peuvent être considérées comme des communs ».

La synthèse évoque d’autres formes d’organisations plus démocratiques, prenant soin collectivement des ressources, s’appuyant sur une approche par les communs : le projet Co-City de la ville de Turin promouvant de nouvelles formes d’administration partagée avec les citoyens, la plateforme citoyenne Barcelona en Comù qui a remporté les élections municipales de 2015, les AMAP ou les coopératives énergétiques qui sont des structures économiques veillant à la satisfaction des besoins de chacun, la coopérative d’habitants Hôtel du Nord à Marseille qui travaille avec l’Hôpital des Quartiers Nord pour accueillir dans de meilleures conditions les familles de patients hospitalisés, intégrant ainsi la notion d’hospitalité dans la protection sociale, considérée comme un de ses piliers. L’hospitalité permet « de construire le sens du travail de production de solidarité à ses différentes échelles ».

Le défi du mouvement des communs est donc « d’élaborer une politique de protection sociale, correspondant à son propre vocabulaire : implication multi-acteurs tout au long de la chaîne, déploiement à diverses échelles et polycentrique, respect actif des différences de genre et de la diversité culturelle, coresponsabilité vis-à-vis des générations futures ». Vaste programme dont il faut dessiner les conditions pratiques, mais alléchant programme, qui ne pourra se faire sans concevoir les différentes échelles, micro et macro, ni en clonant des initiatives locales à un système national.

Des exemples de structures ayant un modèle coopératif montrent que l’on peut allier besoins économiques, aspirations individuelles et pouvoir démocratique. Et cela peut se faire à grande échelle. La Corporation Mondragon située dans le Pays basque espagnol est l’une des plus grandes coopératives avec 289 entreprises et entités. Elle se donne les objectifs d’une entreprise compétitive sur les marchés internationaux, par l’utilisation de méthodes démocratiques d’organisation de la société, la création d’emploi, la promotion humaine et professionnelle de ses travailleurs et l’engagement de développement de son environnement social. Bien sûr, ça marche plutôt bien pour les coopérateurs, et un peu moins bien pour les filiales étrangères ou les travailleurs non associés.

Dans le domaine numérique, sont apparus depuis quelques années des plateformes coopératives dans l’objectif de rendre le secteur technologique plus équitable. Par exemple, Daemo est une version coopérative du Amazon Mechanical Turk, qui s’appuie sur son interface d’ailleurs, et qui a été mise en place par une équipe de recherches de l’université de Stanford, pour garantir un salaire minimum de 10$ de l’heure. Mais suite à un article très élogieux de Wired, d’anciens participants à cette plateforme ont écrit un article sur Medium pour expliquer qu’ils n’avaient en fait que très peu de pouvoir de décision, seule l’équipe de recherche en avait, malgré l’élaboration d’une constitution ouverte aux amendements et révisions. La démocratie est toujours une construction difficile, même dans les plateformes coopératives, mais au moins, elles y aspirent. Ce qui n’est pas le cas dans un modèle porté entièrement par des entreprises qui ont toujours l’habitude de prendre des décisions pour d’autres.

L’un des grands enjeux autour de ces questions repose bien sûr sur la réforme du rôle social de l’entreprise comme le prévoit le projet de loi Pacte du gouvernement qui vise notamment à élargir l’objet social de l’entreprise afin qu’elle ne ne se limite pas à la recherche du profit, mais à un rôle social et environnemental dont elle doit tenir compte. Reste à connaître encore l’impact de cette réforme, et notamment, comme s’interroge Alain Supiot, de savoir si elle va permettre de renforcer la démocratie économique ou de la liquider.

Ce que montrent ces enjeux, c’est que les initiatives citoyennes ou privées ne suffiront pas pour répondre aux enjeux de protection sociale. Le programme du Conseil national de la Résistance en 1944 annonçait : “Nous, combattants de l’ombre, exigeons la mise en place d’un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec la gestion par les intéressés et l’État”. Devons-nous nous satisfaire d’un “nouveau pacte social” version start-up nation ou bien conserver l’esprit de 1944 en devenant de véritables contribuables contributeurs ?

Aurialie Jublin

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