Youtube bannit les vidéos Blender.org parce qu’il n’y a pas de publicité

Google a banni les vidéos officielles de la fondation Blender de Youtube !

Le motif : La fondation n’a jamais activé l’option de monétisation sur leur compte Youtube. Donc Google n’a pas l’accord pour afficher de la publicité alors qu’il paie l’hébergement et la diffusion des vidéos.

Vous croyez que Youtube, c’était gratuit, c’est à dire sans contrepartie ? Et bien non, votre contenu est utilisé comme support publicitaire pour des annonceurs.

Ça serait cool de voir de la publicité pour 3DSMax avant chaque vidéo Blender, non ? :D

Le business de Youtube est malsain. Ses objectifs :

  • vendre du contenu obtenu gratuitement, illégalement ou à moindre frais (c’est marrant de voir les ayants droits se plaindre du tarif :D) comme support aux annonceurs
  • profiler les gens à partir de leur historique de visionnage
  • diffuser de la propagande auprès des profils qui intéressent les annonceurs

Il existe des alternatives comme le P2P pour diffuser le contenu. C’est à dire des échanges non commerciaux de pair à pair où l’on partage juste de la bande passante sans autre contrepartie. Un exemple est peertube.

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Les lobbies, un défi pour l’État et la gouvernance

Discuter du rôle et des actions des lobbies est – selon la définition et la position adoptée – soit brandir un déni de démocratie pour les acteurs de la société civile, soit assumer légitimement des relations publiques pour les entreprises et fédérations professionnelles.

Comme souvent, la réalité se situe entre ces deux positions. Examinons d’abord différentes dimensions du lobbying, national comme européen, avant d’aborder un cas emblématique.

Lobbying classique et lobbying offensif

Depuis toujours, les acteurs économiques, politiques et issus de la société tentent d’influencer les décideurs, ce que nous qualifions de lobbying classique. Les prises de décisions et les lois qui en résultent sont le fruit de contacts avec des décideurs et de mécanismes de négociation relativement démocratiques.

Récemment, à Bruxelles en tout cas, la nécessité d’améliorer la prise de conscience sur un sujet (raising awareness) passe par une communication affichée, maîtrisée et revendiquée. Les décideurs, et plus largement tous ceux en relation avec un dossier, doivent être sensibilisés. Les ONG sont, d’ailleurs, reconnues comme expertes sur cet aspect.

Vient ensuite un lobbying plus offensif, centré sur l’influence et par définition moins visible. Il s’agit de convaincre les esprits. Ici, la communication utilise tous les canaux disponibles, de manière affichée ou détournée, afin de se servir des médias comme relais.

La création du doute

Enfin, avec un degré de complexité croissant, sujets spécialisés et techniques de manipulation de l’opinion forment l’aspect le plus récent du lobbying. Il associe technicité du sujet, polémique et controverse (au choix : santé, pollution, substances cancérigènes…), difficulté d’évaluation de la toxicité, recours à l’expertise et normes associées et fait, le plus souvent, l’objet de vifs débats.

La création de doute s’élabore par l’introduction d’experts dans des comités spécialisés ou lors d’auditions au Parlement, par le financement et la réalisation d’études scientifiques favorables à l’entreprise ou à une association créée et financée par cette dernière. Cette approche est alors qualifiée d’astroturfing. L’installation du doute dans l’esprit des décideurs, plus largement dans celui des fonctionnaires et des citoyens, est aidée par une utilisation des médias conçus comme une chambre d’écho multi-canal.

Tous les acteurs ont compris ces dimensions, auxquelles il convient d’ajouter trois éléments propres à l’Union : le Traité de Lisbonne, d’une grande complexité, constitue un labyrinthe communautaire. La deuxième rupture, déjà évoquée, tient à la communication : sur un dossier complexe, le message soit être clair. Enfin, la dernière rupture est encore plus technique : c’est la constatation de la disparition de la collégialité de la Commission européenne qui a de plus en plus tendance à travailler par direction et en conséquence par commissaire. La question devient alors : qui décide ? Et comment ?

Un cas d’école : Monsanto

Nous pourrions multiplier les exemples pour illustrer ces niveaux, registres et éléments qui traversent le débat public et influencent les décisions des dirigeants. L’un d’entre eux inclut tout ce qui vient d’être dit ci-dessus et sans doute plus ! En effet, le débat, les actions, les polarités, les motivations autour du pesticide Round Up, de l’entreprise Monsanto, forment un cas d’école illustrant l’équilibre entre contrôle politique, expertise scientifique et actions citoyennes.

Depuis plus de dix ans, Monsanto, puis ses détracteurs ont utilisé toutes les modalités d’actions décrites auparavant. Ainsi, l’entreprise Monsanto, inspirée par les méthodes des cigarettiers, a utilisé toutes les ressources disponibles pour créer du doute (il existe des Monsanto papers semblables aux Tobacco papers).

En même temps, et avec d’autres moyens, plusieurs organisations ont utilisé les ressources proposées par le numérique pour agir sur le débat public. Elles ont également utilisé les possibilités offertes par les institutions européennes : droit à la pétition au Parlement (), droit à l’information (freedom of information) pour demander le compte-rendu d’une réunion d’un cabinet d’un commissaire, Initiative citoyenne européenne (un million de signatures de sept pays membres sur une année). On doit constater que, dans ce cas, le lobbying de Monsanto a atteint son objectif, car le Round up a été de nouveau autorisé, en novembre 2017, pour cinq années.

La polémique continue et Bayer qui rachète en 2018 Monsanto a décidé de faire disparaître la marque – ce qui rendra inopérants les sites opposés à la marque et résultats dans les moteurs de recherche. Le Round up restera, cependant, sur le marché.

Solutions et défis pour les États

Nombre d’acteurs opposés au lobbying réclament plus de transparence, ce qui pose deux questions. Par essence, une négociation contient une part de secret, une part d’indéfinie et demander une transparence totale pose des problèmes pour l’avancée des négociations en termes de modalités techniques et de ressources. Et, si le cas Monsanto est emblématique, nombre d’entreprises utilisent les registres plus classiques et moins offensifs.

Par ailleurs, les ONG savent jouer des registres médiatiques avec parfois des succès intéressants (comme à propos de la pêche en eau profonde avec l’ONG Bloom soutenue par la BD de Peneloppe Bagieu.

Sur le cas Monsanto, la Commission propose quatre axes afin de réduire la production de doute :

  • Rendre publiques les informations soumises par l’industrie ;

  • ouvrir des appels à contribution afin de collecter des données auprès des parties prenantes ;

  • commander des études auprès de l’Agence européenne de la sécurité alimentaire (Efsa).

  • Enfin les États devront proposer des experts auprès de l’agence.

Ces solutions révèlent, selon le regard, soit les espaces où s’est infiltré le lobbying et en révèle son efficacité, soit les faiblesses des procédures existantes.

Elles permettent aussi d’aller au-delà d’une simple exigence de transparence.

The Conversation

Olivier Arifon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

L'April participe à la Fête des possibles, du 15 au 30 septembre 2018

Image de la Fête des Possibles

Du 15 au 30 septembre 2018, nous participons avec plus de 120 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 3 000 rendez-vous sont prévus en France et en Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

« C’est possible » est le mot d’ordre de la Fête. C’est possible de manger bio et à moindre coût, c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer, c’est possible d'utiliser des logiciels libres, etc.

Nous appelons les artisans et artisanes du changement, en d’autres termes celles et ceux qui agissent au quotidien, à organiser un rendez-vous pour valoriser leurs initiatives. Tous les formats d’événements sont possibles : atelier participatif, balade urbaine, repas partagé, rassemblement public…

Les rendez-vous 2018 peuvent d'ores et déjà être saisis sur le site de la Fête des Possibles.

Préparez dès maintenant votre événement et rendez-vous du 15 au 30 septembre dans toute la France et en Belgique pour découvrir et agir !

Voici une vidéo de présentation de la Fête des possibles (2 minutes 23 secondes).

Découvrez le site de la Fête des Possibles

Les techniciens sont-ils déconnectés du réel ?

En voilà une réflexion à la con, enfin peut-être pas, elle part d’un commentaire sur un article de blog de Genma à propos du projet Chatonkademy. Ce commentaire me pose plusieurs problèmes, et je pense qu’il faut prendre plus qu’une réponse sur le même article pour en faire le tour et réfléchir sur tout ce qu’il montre.

Je vais pas recoller tout l’article, seulement le commentaire, on ne sait jamais Genma le supprimera peut-être (mais il modère à priori, donc y’a peu de chances) :

> Le cloud, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre

Un jour il va falloir se renseigner quand même… Avant de raconter des ~conneries~ inepties portées par d’autres noms de « l’informatique » (libre ou pas).
S’il faut donne rune définition au Cloud, il n’y a rien de plus faux que celle que tu donnes/reprends.
Notamment en travaillant dans une entreprise qui promeut OpenStack[1] (enfin essaye parce que ça rapporte beaucoup d’argent en prestations), qui permet de monter un cloud (privé ou pas) sur sa propre infrastructure (aka ses propres ordinateurs).

Donc le Cloud en 2018, qu’est-ce que c’est ?

Je pense que la meilleure définition qu’on puisse donner, c’est « un pool de ressources (compute/storage/network), dans lequel on peut générer des ressources virtuelles (« VM », object storage, LoadBlancer Managé, …) via une API, de manière instantanée ».

En court, de l’Infrastructure As A Service [2], sur lequel on peut poser de PaaS [3], ou du SaaS [4], ou WaaS (Whatever As A Service, tant que ce n’est pas de l’infra).

Juste un point qui m’énerve souvent, de gens qui donnent des leçons sur ce qu’ils ne connaissent pas. Car parfois, savoir fermer sa gueule, c’est aussi un talent.

Bon le premier problème c’est l’agressivité. On peut ne pas être d’accord avec le propos de l’article, mais cette agressivité semble être devenue la norme de ces dernières années, où quand on est pas d’accord il faut casser systématiquement à grand renfort d’invectives et de jurons. A croire qu’il n’y a pas d’autre forme d’expression, déjà que le niveau musical et vidéo a grandement baissé ces dernières années (enfin pas vraiment, mais les torrents de merdes sortent maintenant de leurs lits), si celui de l’expression écrite prend le même chemin le futur est vraiment pas rose. Donc balancer un « savoir fermer sa gueule », ça donne déjà une très mauvaise idée du niveau de tolérance du zigoto; rien que la forme pourrait être améliorée.

Maintenant, et là est le plus gros du problème… Faites lire la définition qu’il propose à quelqu’un qui n’a aucune compétence particulière en informatique. La personne ne comprend rien ? C’est normal, ce n’est pas une définition qui lui est destinée, c’est une définition pour des techniciens. Le genre de « leçons sur ce qu’ils ne connaissent pas », mais pour ceux qui connaissent déjà. Quand le tireur fournit les balles pour se prendre la riposte, c’est quand même chouquard non ?

On touche ici une fois de plus à un problème courant et de plus en plus présent de ce genre de personnes qui vit dans son monde en permanence : l’aveuglement à la cible du dialogue. C’est un peu comme avec la maxime « quand c’est gratuit c’est vous le produit » : on sait que c’est imparfait par définition, mais il faut resituer le public visé par ces accroches. Je sais que ça peut paraître caricatural, mais sur la masse qui regarde le journal de TF1, combien travaillent dans le domaine de l’informatique, et en particulier de l’infrastructure cloud ? Cette phrase minimaliste « le cloud c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre » est une définition simpliste, réductrice, mais qui utilise un langage pour êtres humains qui ne bittent rien à l’informatique, qui en plus parlent très mal l’anglais, et ne comprennent qu’à peine les appareils qu’ils ont dans les mains. Pour reprendre une autre expression, y’a pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre le concept.

La pizza pour présenter les niveaux de cloud

Le cloud, et même la « high tech » de manière générale, fait maintenant partie de notre quotidien, alors que personne ou presque ne la comprend, n’en comprend pas les bases, et donc encore moins les enjeux aussi bien pour la société dans son ensemble que pour sa propre vie. Et ce n’est pas avec ce genre de comportement élitiste et fermé sur soi que la situation s’améliorera, que les gens pourront aborder cet univers sans crainte et de manière responsable. Et pas besoin de savoir ce qu’est le SDN, le SDS, et que sais-je encore, pour comprendre qu’il existe des risques et des avantages dans ces technologies qu’on nous impose. Il ne s’agit pas de savoir si le service utilise Openstack, Xen, Hyper-V, OpenVZ (partez vomir), parce que ça n’a a aucune importance dans le contexte. Le cloud, c’est une infrastructure qui ne nous appartient pas, il faut donc se poser les bonnes questions concernant ce qu’on accepte d’y mettre et le niveau de confiance à y accorder. C’est là la raison d’être de cette accroche. Il ne s’agit pas de donner des leçons…

Ce comportement, je l’ai déjà vu en quantité inqualifiable sur nombres d’espaces publics en ligne et le problème n’est pas nouveau, mais avec la démocratisation du numérique ça devient de plus en plus visible et problématique. Je le vois même dans mon propre quotidien professionnel où certains de mes collègues parfois bien plus compétents que moi sont incapables de décrire un problème ou un symptôme de manière humaine pour un client dont l’informatique n’est pas sa spécialité. Qu’on se comprenne bien, il s’agit souvent d’expliquer un problème technique, c’est donc nécessaire d’avoir un certain niveau de détail associé, mais si vous commencez à cracher du chiffre et du log sans contexte ou mise en lumière pertinente, vous perdez le client facilement, parce qu’en face, ce n’est pas nécessairement son métier (sinon vous ne servez à rien en fait…).

Moi même je m’intéresse à quantité de sujets scientifiques pour lesquels je suis à des années-lumière d’avoir le niveau pour tout comprendre, et je suis éternellement reconnaissant à tous les acteurs qui prennent le temps d’amener leur science à notre portée (Isaac Asimov, Joël de Rosnay, Hubert Reeves, Neil DeGrasse Tyson, et pour les plus jeunes nourris à YouTube, Florence Porcel, David Louapre, Bruce Benamran, Dianna Cowern, Destin Sandlin, et tou(te)s celles et ceux que j’oublie ou ne connais pas mais qui font leur possible pour attiser la curiosité des foules).

J’ai peut-être un peu dérivé du sujet initial, mais voilà, on a besoin de vulgariser, c’est un exercice qui ne s’adresse pas aux experts, et ce n’est pas en venant vomir sur les gens qui font l’effort de parler à une majorité de personnes qui ont besoins de repères qu’on les aidera. A bon entendeur…

Qwant Mail, Maps et Pay pour septembre 2018 !

L'anti-Google français, Qwant, a annoncé quelques nouveautés qui vont venir concurrencer Google sur différents sujets : les e-mails, la cartographie et le paiement en ligne.

Nous retrouvons Qwant Mail face à Gmail, Qwant Maps face à Google Maps, et enfin Qwant Pay en concurrent de Google Pay.

L'ambition de Qwant est de créer un écosystème de complet, comme le fait Google, mais contrairement au géant Américain, sans exploiter vos données personnelles pour le ciblage publicitaire. Ceci n'empêche pas Qwant de gagner de l'argent grâce à la publicité, mais il n'y a pas de ciblage.

Respectueux de ses utilisateurs, Qwant continue de se faire une place et veut séduire un maximum d'utilisateurs, comme essai de le faire DuckDuckGo aux Etats-Unis.

Enfin, sachez que Qwant propose déjà plusieurs variantes de son moteur de recherche principal : Qwant Games, Qwant Junior et Qwant Music. Une quatrième variante devrait arriver : Qwant Sports.

La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture - Décryptualité du 17 juin 2018 - Transcription


Luc - Manu - Magali

Titre : Décryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture
Intervenants : Luc - Manu - Magali
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : juin 2018
Durée : 16 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : GLAM camp NYC 2011 Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Revue de presse.

Manu : Revue de presse : cinq articles principaux.

Mag : On commence par Numéro Magazine, « Portrait de l’artiste en hacker qui détourne les nouvelles technologies », par Ingrid Luquet-Gad.

Manu : Il semblerait qu’au Centre Pompidou ils sont en train de faire toute une exposition, où ils détournent, ils retournent des concepts à partir du hacker notamment. Donc il y a des choses ; il va peut-être falloir qu’on aille jeter un œil.

Mag : France Culture, « Que reste-t-il du logiciel libre ? », par Hervé Gardette.

Manu : Ça reprend toute une interview qu’il y a eue cette semaine avec pyg, le responsable de Framasoft.

Mag : Pierre-Yves Gosset.

Manu : Exactement. Je ne l’ai pas encore écoutée, il va falloir parce que c’est plutôt intéressant il semblerait, d’après ce que j’ai entendu. Et c’est France Culture, donc un gros média quand même.

Mag : RFI, « Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel », par Dominique Desaunay.

Manu : Un grand projet qu’on soutient et qu’on apprécie. Il y a des gens très motivés à l’Inria qui ont décidé de stocker tous les logiciels et notamment les logiciels libres, parce qu’on a légalement le droit de les stocker avec leur code source, pour l’avenir.

Mag : Numerama, « Open source : qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech ? », par Victoria Castro.

Manu : Ça parle des géants de la tech, c’est-à-dire les GAFA. Là ils en prennent six et ils essayent de lister, de faire un classement des plus sympathiques vis-à-vis du logiciel libre et des plus salauds.

Mag : Tu as dit GAFA.

Manu : Oui.

Mag : Et puis tu dis six ! Alors ?

Manu : N’est-ce pas. Alors ils ont aussi mis Oracle, par exemple, dedans et Microsoft bien sûr. Donc il faudrait voir comment l’acronyme se défend dans ce cas-là.

Luc : Les GAFAMO !

Manu : Un truc dans ce genre. Un truc un peu compliqué.

Luc : Oracle ne rentre pas la catégorie des GAFAM.

Manu : Traditionnellement non. Donc là ils parlent des géants mais, effectivement, Oracle est dans le classement tout en bas.

Luc : Ils vendent du service aux entreprises et des bases de données, etc. Les GAFAM sont plutôt orientées vers le grand public et prennent leurs données. Et Oracle, je pense, se contrefout des données des utilisateurs.

Mag : Mais c’est vrai qu’on a déjà entendu parler d’Oracle qui faisait soi-disant de l’open source et qui bloquait, qui fermait ses logiciels.

Manu : Il semblerait que ce soit considéré comme un trou noir de logiciels libres ; ils en utilisent plein en interne et ils en récupèrent plein, mais ils interdisent à leurs employés, semblerait-il, de contribuer au logiciel libre en tant qu’employés d’Oracle. S’ils veulent le faire, ils le font chez eux avec leurs adresses e-mail personnelles.

Mag : BFMtv, « Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger », par Elsa Trujillo.

Manu : Ça reparle de l’article 13 d’une directive européenne en cours d’écriture. Donc un sujet assez important et l’April est vent debout ainsi que d’autres associations parce que c’est quelque chose qui pourrait vraiment être très embêtant pour tout Internet.

Luc : On en a parlé il y a quelques semaines. Le sujet est vraiment très important et c’est là, d’ici la fin du mois de juin, dans les jours qui viennent, que ça va se voter. Donc il y a dans cette campagne menée par tout un tas d’associations dont l’April, des incitations à écrire aux députés, à leur téléphoner, à les harceler, en leur disant « il faut arrêter les conneries ! » On en a déjà parlé mais on va en reparler cette semaine parce que c’est très important et c’est maintenant qu’il faut se bouger les fesses. Pour un petit résumé, ce projet de loi, là, qu’est-ce que ça va avoir comme conséquences ?

Manu : La plus essentielle c’est celle de mettre en place des filtres automatiques pour que chaque fois qu’on partage sur Internet des contenus, c’est pour ça que les mèmes sont mis en avant dans les articles et dans les médias.

Luc : Les mèmes il faudra nous expliquer ce que c’est pour qu’on comprenne.

Manu : Ce sont des contenus, mais des contenus très viraux qui vont être souvent diffusés entre chacun. C’est un peu du buzz, ce sont tous les petits trucs un petit peu marrants, les petits chatons, les trucs un peu rigolos.

Luc : Ouais. On prend une image un peu connue, on met un commentaire dessus.

Manu : On la détourne.

Luc : On prend un petit GIF animé, une petite séquence vidéo, on la détourne, etc.

Manu : Et donc tous ces mèmes sont super fun, sont super sympas ; ils sont diffusés en grande quantité. Eh bien là, si on met des filtres sur Internet, des filtres automatiques, par exemple sur YouTube et d’autres, eh bien les filtres vont regarder à chaque fois qu’on partage un contenu, ils vont regarder si ça correspond à un contenu déjà existant et protégé par le droit d’auteur et ils vont, en tout cas c’est la proposition, les bloquer.

Mag : Moi j’appelle ça de la censure, quand même !

Manu : Mais c’est carrément de la censure, mais c’est de la censure qui s’appuie sur des règles, sur des lois et sur le droit d’auteur. Les ayants droit ont l’air de pousser vraiment très fort pour que toutes les plates-formes de partage de contenus mettent en place automatiquement ces filtres.

Mag : Mais techniquement c’est impossible !

Manu : Alors même si c’est impossible, ça n’empêche pas qu’ils essayent de le faire.

Luc : Le problème qu’il y a derrière, c’est que c’est un traitement automatique. Donc c’est un filtre. Traditionnellement on a dans notre système juridique des institutions qui sont censées juger si c’est oui ou si c’est non, avec des humains qui sont censés faire preuve d’intelligence.

Mag : Je sens que tu vas parler de faux positifs !

Luc : Je vais parler d’abord de cette notion qu’on évoque très souvent qui est Code is Law, notion visionnaire qui avait été exprimée par Lawrence Lessig, donc un juriste, il y a de ça 20 ans je pense maintenant, à peu près, au moins.

Manu : Oui. Juriste américain.

Luc : 15-20 ans et qui là prend toute son ampleur. C’est-à-dire que peut-être le contenu en question ne méritait pas d’être filtré, mais comme c’est un robot qui l’a fait, de toutes façons ! Pff ! C’est lui qui décide. Donc du coup, on est dans une situation où le filtrage est fait.

Manu : Par l’architecture. La route est bloquée, il n’y a pas même moyen d’essayer, de toutes façons l’architecture bloquerait, en tout cas c’est le but du truc, bloquerait toutes les choses qui contreviennent théoriquement.

Luc : Voilà ! Mag tu avais raison, ce sont bien les faux positifs. Donc ça c’est un vrai souci et, en plus, ça pose un autre problème c’est que s’il fallait, effectivement, à chaque fois qu’il y a un contenu supposé illégal qu’on aille devant le tribunal, ce ne serait matériellement pas faisable.

Mag : Ça encombrerait les cours de justice qui sont déjà bien encombrées et donc, et donc c'est franchement totalement inutile !

Luc : En plus il y en a des milliards, ça coûte quand même de l’argent d’avoir un avocat, donc c’est juste pas possible.

Mag : Ça relancerait les avocats.

Luc : Oui. Alors voilà !

Manu : Ils ont besoin d’être relancés ? C’est nouveau !

Luc : Oui ! Ça les relancerait très fort !

Mag : Non ! Mais du coup, ils se retrouveraient confrontés à des sujets auxquels ils ne sont pas habitués, comme les licences, comme le droit d’auteur, peut-être que ça ne leur ferait pas de mal de poser les bonnes questions.

Manu : On sait qu’il y a des avocats qui sont un peu spécialisés là-dedans. On se rappelle, quand on parlait des brevets notamment, il y avait des gars qui, à chaque fois, mettaient en avant leurs compétences sur le sujet, c’est hyper pointu et ils sont assez rares finalement.

Luc : Le problème c’est que tu ne peux pas faire un procès à chaque fois que quelqu’un envoie un mème ou une image à la con sur Internet.

Manu : Mais si Monsieur ! C’est la loi Monsieur ! En fait, c’est pour défendre les revenus de ces ayants droit, ces pauvres ayants droit.

Luc : Non, non, après tu as des systèmes. Quand tu as trop d’infractions, tu prends par exemple les infractions de la route, il y a un système avec la police, etc., mais il y a quand même des systèmes de contestation. Quand on prend un PV, on peut écrire un recommandé en disant « ah non, vous vous êtes trompés. »

Manu : Mais là tu n’es pas en train d’envisager un système complet. On peut imaginer que ces filtres automatiques aient un petit système pour dire « oui, mais non, vous m’avez bloqué à tort ! »

Luc : Oui.

Manu : Et qu’on puisse essayer de demander à quand même faire passer les contenus qu’on veut diffuser.

Mag : Ça me rappelle une photo qui avait été mise sur un site de réseau social, qui avait été censurée. Je vous rappelle, la photo c’était une petite fille qui levait sa jupe ou sa robe et on voyait un téton. La personne qui l’avait postée ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son contenu, le reposte et se fait bannir !

Luc : On lui dégage toutes ses photos, tout son compte.

Manu : Eh bien effectivement, si le filtre est un peu vache et qu’il y a une plainte, il pourrait te bannir. Après tout ce sont des entreprises privées. Oui, c’est vrai !

Luc : Tous les gens qui se sont fait dégager sur YouTube ou ce genre de choses, quand ils ont dit : « Hé, mais pourquoi ? », il n’y a personne en face. Pas nécessairement. Actuellement, juste maintenant au moment où on enregistre, il y a une histoire super marrante.

Manu : Ah ! De quoi il s’agit ?

Luc : Avec la fondation Blender ?

Manu : Ah ! La fondation Blender ?

Luc : On rappelle : Blender c’est un logiciel libre de 3D1, logiciel fabuleux. Il faudrait qu’on fasse une émission un jour là-dessus.

Manu : Fabuleux mais compliqué !

Luc : Compliqué, mais voilà, vraiment exemplaire dans son développement.

Mag : Ils font de très belles choses Big Buck Bunny, Sintel.

Luc : Ils font des choses superbes. Voilà ! Et ils ont d’autres films et leurs films sont sous licence libre également. Donc c’est vraiment le truc qui est fait pour être partagé, absolument.

Mag : Qu’on ne retrouve pas sur YouTube.

Luc : En fait ils ont leur chaîne YouTube.

Manu : Si, si, ils acceptent !

Luc : Et il s’avère que, aujourd’hui, il y a eu, des trucs qui ont été mis sur Twitter là-dessus par le type qui est à la tête de ce projet, eh bien quand on se connecte sur la chaîne YouTube de la fondation Blender, ils ont peut-être réparé à l’heure à laquelle on enregistre !

Mag : On leur souhaite !

Luc : Ça dit : « Ah ! Vous n’avez pas le droit de voir ce contenu dans votre pays », alors que c’est du contenu sous licence libre et que c’est l’archétype même du truc qui devrait être diffusé partout et jamais bloqué.

Mag : Mais c’est un DRM ça ! C’est un DRM2 qui dit : « Vous n’avez le droit de voir ce contenu dans ce pays-là ».

Manu : C’est une forme de… C’est un blocage.

Luc : Donc là on a la parfaite illustration que de toutes façons ils arrivent.

Manu : C’est un faux positif. C’est normal ?

Luc : C’est un faux positif, et de bonne taille en plus !

Mag : Là c’est extraordinaire ce que nous a fait YouTube : interdire une licence libre, interdire quelque chose qui est fait pour être partagé ! Il faut être très fort !

Manu : Mais en fait on ne peut pas garantir comme cela de base, que des contenus originaux ne vont pas être bloqués par exemple aussi, au nom d’un produit dérivé. Tu pourrais imaginer qu’il y a des gars qui dérivent quelque chose, qui sont très connus et qui vont te faire des blocages, parce que toi tu es l’original mais personne ne le sait.

Luc : On ne peut pas espérer, en fait, qu’un système automatique soit subtil. C’est juste pas possible ! Il y a un autre truc qui est également le fait que sur les liens qu’on peut mettre vers Internet, quand on veut mettre un lien par exemple vers un site ?

Manu : Eh bien normalement il va falloir demander, en tout cas c’est ce qu’ils proposent, il va falloir demander l’autorisation de pointer, de mettre ce pointeur, parce que, effectivement, mettre un pointeur ça peut en soi avoir une valeur pour les ayants droit et ils espèrent, c’est l’idée, en extraire des revenus.

Luc : Donc si tu veux faire un lien sur mon site, tu me payes !

Manu : Exactement ! Et ça c’est un peu la taxe typiquement Google parce qu’ils veulent que Google paye pour référencer tous leurs sites et faire pointer tous les résultats de recherche vers leurs sites.

mag : C’est d’autant plus stupide que si Google doit payer ce genre de choses-là, ils vont tout simplement arrêter de mettre des liens et plus personne n’ira sur leurs sites !

Manu : C’est une possibilité, mais si c’est au niveau européen, est-ce que Google peut se retirer de tout le marché européen et ne pas payer cette taxe ? C’est compliqué.

Luc : Le truc c’est que ça peut toucher n’importe qui. J’ai une page quelque part sur Internet où je mets tous les articles de presse qui m’intéressent. C’est une page qui est publique.

Manu : Eh bien les gens de la presse qui ont ces articles, et c’est l’idée, peuvent te demander de payer parce que tu as mis des liens qui pointent vers eux.

Luc : Voilà ! Tout ce truc-là moi me fait penser à une conférence de Nina Paley et là on sort du domaine de l’informatique pour aller dans le domaine de l’art, qui est une conférence qu’on retrouve notamment sur le Framablog3, le titre est en anglais mais la vidéo est sous-titrée, qui est Make Art Not Law, donc faites de l’art pas la loi et c’est assez brillant. Alors elle est radicale dans sa position, mais elle a tout un développement où elle dit qu’on est des …

Mag : Des machines à information, on récupère de l’information et on transmet de l’information.

Luc : Je ne suis pas sûr qu’elle dise machine mais en gros qu’on process de l’information, qu’à chaque fois qu’elle passe au travers de nous, on la modifie un petit peu et que c’est ça la culture. Et qu’à partir du moment où on a du copyright et des systèmes qui nous interdisent de, eh bien dans ce cas-là, ça bloque ce processus naturel et tout se met à stagner, etc., et donc du coup on arrête de créer, on arrête d’innover. Et que l’on soit dans la culture ou dans l’informatique, c’est cette même idée : dans l’informatique libre c’est qu’on partage le code, on partage la culture. Chacun se l’approprie, se la ré-exprime et c’est parfaitement naturel. Et aujourd’hui, on est dans un mouvement qui veut aller contre la nature des choses. Et du coup c’est très violent.

Mag : Parce qu’en plus, là, on ne parle plus de censure ; on parle d’autocensure : les gens ont peur de faire des choses qui les mettraient face à des ennuis et elle traite les ennuis de violence, d’amendes, de prison, de punition. Elle va assez fort. Elle est contre les licences, elle est contre le copyright. Elle n’est pas pour non plus pour les licences libres parce qu’elle les assimile à juste un combat parallèle au copyright ; elle voudrait juste qu’il n’y ait pas de licences. En gros tout est ouvert, tout est open. Tu dois adorer ça Manu !

Manu : Moi j’apprécie. Je pense que toutes ces règles qui sont des règles dites de propriété intellectuelle, donc le droit d’auteur, les brevets, le droit des marques, le droit des secrets, tous ces trucs-là sont des trucs absurdes qui ont été rajoutés souvent au 19e siècle, dont on paye le prix aujourd’hui. C’est un contrôle qui est vraiment horrible sur la culture complète.

Luc : On rappelle que les licences libres, mises en œuvre par Stallman et les gens avec qui il travaillait au début des années 80, ont été rendues nécessaires par le fait que l’informatique propriétaire est arrivée alors qu’avant c’était des trucs qu’ils partageaient entre universitaires et ils ne s’étaient pas vraiment posé trop la question des licences. Ils partageaient le code et c’était naturel. Donc ils ont été obligés de prendre une sorte de contre-mouvement. Et si le monde était merveilleux, effectivement on n’aurait pas besoin de licences, on partagerait.

Manu : Sachant qu’il y a des petits gars aux États-Unis qui adorent le droit d’auteur au point que, en ce moment même, il y a des discussions pour l’étendre.

Mag : Je ne suis pas sûre qu’ils l’adorent. Je pense qu’ils sont bien payés pour.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Oui. C’est un mouvement de lobbyistes qui disent : « Actuellement le droit d’auteur c’est jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur et en fait, ça ne serait pas mal de passer à 140 ans ! »

Manu : Oui, parce que vous comprenez, l’auteur il en a besoin !

Luc : Oui.

Manu : Pour produire des œuvres c’est nécessaire d’imaginer que 140 ans après la mort de l’auteur il puisse encore, eh bien recevoir l’argent.

Mag : Déjà 70 ans ça me perturbait, mais alors 140 ! Là on est carrément dans du vol public quoi ! On vole le domaine public des œuvres qui auraient dû y monter.

Luc : Jean-Michel Jarre qui, à part faire de la mauvaise musique !

Mag : Ah non !

Manu : Ah ! Tu es dur !

Luc : Si !

Mag : Tu connais les goûts de Luc.

Luc : A été chef d’un machin qui est, en gros, une sorte d’organisation, un petit peu la SACEM mondiale en quelque sorte, en tout cas une organisation qui les chapeaute, où ils discutent entre eux et il a dit : « Mais le domaine public devrait cesser d’exister. On devrait être propriétaire jusqu’à la fin des temps de ces choses-là. »

Mag : Ça me fait saigner les oreilles quand j’entends ça !

Luc : L’argument peut se tenir. Il dit : « C’est à moi ! »

Manu : C’est de la propriété. Dans son esprit, c’est de la propriété.

Luc : Est-ce que quelqu’un vient te voler ta maison ou à tes descendants parce que tu l’as achetée ?

Mag : Oui, mais on ne la démonte pas ta maison quand tu es mort. On n’est pas en train de l’enlever pierre par pierre pour la mettre dans ton cercueil ! Quoi ! Il ne faut pas déconner ! Elle a une vie ta maison, elle a le droit d’évoluer, de changer, de s’améliorer.

Luc : Oui ! Mais l’idée c’est que tu as cette propriété. C’est l’idée qu’il y a derrière et qui est difficile à démonter de dire « il l’a fait, il y a de la propriété, alors pourquoi on lui retirerait, etc. ? »

Manu : Parce qu’une fois qu’elle est dans notre esprit, elle nous appartient aussi. Les idées et les œuvres sont partagées et elles apparaissent comme des copies dans l’esprit de chacun. Et dire que cette copie appartient à quelqu’un d’autre, alors qu’elle est dans mon esprit, moi je suis Nina Paley, je trouve que c’est perdre de la souveraineté de mon esprit.

Luc : D’autant plus que tout ce contenu copyrighté, on n’a, pour une bonne part, pas choisi qu’il rentre dans notre esprit. Et ça, c’est quelque chose qu’elle fait remarquer également qui est très juste.

Mag : Elle parle des chants de Noël. Moi j’ai une autre chanson, Joyeux anniversaire qu’on se chante tous, à toutes les occasions et qui n’est pas dans le domaine public.[Dans le domaine public aux États-Unis et en Europe, suite à une action en justice4, NdT]

Manu : Droit d’auteur !

Mag : Voilà, qui a cette licence-là alors que c’est totalement rentré dans la tradition. Quoi ! Ça appartient au peuple !

Luc : Et puis depuis tout petit on mange ces trucs-là, on ne nous a pas demandé notre avis. Et donc, quelque part, ça doit nous appartenir et ça n’est que de l’information, on le rappelle. La maison, il n’y en a qu’une, elle est localisée, c’est de la matière. Les informations ne disparaissent pas quand on les partage et on ne parle pas du même objet du tout. Et une culture c’est quelque chose de vivant, c’est quelque chose qui s’approprie, qui se « re-digère », et c’est comme ça qu’on fait une société dynamique.

Manu : Et là, le droit d’auteur, ça devient quelque chose qui bloque la culture. Ça veut interdire la transmission au nom du droit ; alors ce ne sont plus les auteurs, ce sont les ayants droit, puisque les auteurs sont morts dans beaucoup de cas.

Luc : Et en plus de ça dans tous les systèmes quand on est dans le domaine de l’art – on ne va pas s’étendre dessus parce qu’on n’est pas experts de toutes façons disent –, mais aujourd’hui le système est très largement cassé ; je veux dire les gens qui écrivent des bouquins n’en vivent pas, à part une poignée de gens. Et pareil dans la musique, il y a une poignée d’élus qui ont gagné au loto.

Manu : Les grandes stars mondiales.

Luc : Et les autres donnent des cours de musique quoi !

Manu : Madonna utilise, j’imagine bien, le droit d’auteur, mais effectivement les petits groupes n’en recevront jamais rien.

Luc : Voilà. C’est l’argument. C’est toujours la création, la création ! Aujourd’hui les artistes tirent la langue très fort.

Mag : Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi les ayants droit réclament autant d’argent et de droits à l’encontre du reste de la population ?

Manu : Parce qu’ils ont l’impression de ne voler personne. Quand on vole le public, ce n’est personne. Il n’y a personne qui défend le public, il semblerait.

Luc : . Pour moi c’est une capitalisation. On est dans l’ordre du capital. C’est que c’est un nouveau terrain où on peut s’approprier des choses. Il y a le bouquin de Piketty Le capital au 21e siècle qui a fait un certain tabac, qui était assez connu et où il dit que le capital a repris beaucoup d’ampleur et qu’on est revenu au niveau qu’on avait au début du 20e siècle. Et pour moi, cette appropriation de la culture fait partie de ce truc-là. Et quand on dit culture, en plus de ça, on n’est pas uniquement dans le domaine artistique : le code c’est de la culture, enfin la technique, ce genre de choses, on n’a pas de valeur à faire, chacun a ses préférences, mais l’idée c’est que collectivement on s’appauvrit et on devient plus faibles quand la culture n’est pas diffusée et partagée.

Manu : Donc au nom du partage, eh bien il va falloir se battre contre cette directive, l’article 13, qui est en train d’être écrite, d’être proposée au niveau de l’Union européenne. Je crois qu’il suffit de la repousser de quelques semaines, parce que la présidence tournante va changer et que c’est la présidence actuelle de l’Europe qui est en train de pousser pour ce genre de directive. Donc juste quelques semaines ça va peut-être suffire à faire que ça tombe à l’as. On peut espérer.

Mag : En tout cas on croise les doigts !

Luc : Donc allez sur le site de l’April, c’est en bannière plein écran april.org5 et prenez quelques minutes de votre temps, au moins pour signer la pétition, éventuellement envoyer un petit mail.

Manu : Amical.

Luc : Amical. Il y a des propositions, des paragraphes proposés et si vous avez du bagout, vous n’avez pas peur du téléphone, appelez votre député !

Luc : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Université d’été Mouvement Utopia

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 Ile de Ré
 du 27 au 30 septembre
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Planet Libre : Avenir du Planet-Libre ?

Bonjour à tous,

Le Planet-Libre est à un tournant de son existence. En effet, nous sommes de moins en moins nombreux à pouvoir effectuer les tâches liées à la vie du Planet-Libre ce qui pose quelques questions.

Pour les tâches communes comme l’acceptation/modification de flux ou encore la modération, ça ne demande que très peu de temps, donc ce n’est pas vraiment un problème, on n’est pas forcément réactif, mais on fait quand même.

Le vrai problème se situe au niveau de notre temps global et surtout de nos compétences.

Au niveau de l’administration du serveur, ce n’était pas un souci pour l’instant car c’était assuré de manière gracieuse par la société Odiso afin de contribuer à sa façon aux logiciels libres.

Je quitte cette société dans 2 semaines, mais il est prévu qu’Odiso conserve la gestion du serveur ou à minima n’arrête pas sans me prévenir au préalable.

Le gros problème du Planet-Libre est qu’il ne dispose plus des développeurs d’origine qui avaient créé le projet BilboPlanet (https://github.com/theclimber/Bilboplanet) et on n’a plus vraiment de développeurs tout court.

Le socle du Planet-Libre est ultra vieillissant et cela pose de nombreux problèmes comme la stabilité (qui commence à faire défaut) et surtout la sécurité car en ces temps de GDPR & co, nous sommes responsables de la sécurité.

Nous sommes responsables de la sécurité et de la confidentialité de vos données personnelles que nous ne stockons qu’à des fins opérationnelles (mail, adresse du site, votre pseudo)

Bref, la question se pose de savoir si on arrête ou pas.

Ce qui est certain, c’est que sans refonte globale du Planet-Libre, il n’est plus possible de continuer ainsi ne serait-ce que par respect pour vous les utilisateurs du PL.

Plutôt que de simplement mettre fin à ce service, nous souhaitons vous demander votre avis sur la suite.

  • Connaissez-vous une solution technique qui pourrait permettre d’avoir les grosses fonctions du PL, à savoir un agrégateur de flux avec possibilité de modération ?
  • Est-ce qu’un ou plusieurs développeurs se sentiraient prêt à recréer un Bilboplanet from scratch qui deviendrait le nouveau PL ?
  • Est-ce que des personnes souhaitent participer aux tâches de Run du PL ?

Nous sommes désolé de devoir prendre ce genre de décision et préférerions conserver ce service, mais ce n’est malheureusement plus possible en l’état.

Merci d’avance de vos retours

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Le dernier message de John Perry Barlow (1/2) : Du rock n’roll à l’activisme numérique

En février dernier on apprenait la mort de celui qu’on avait surnommé le « maire de l’internet », John Barlow. Pour ceux qui avaient vécu les premiers jours de la Toile, s’étaient battus avec les protocoles FTP et TelNet, avaient joué avec les navigateurs Mosaic et Netscape, ce décès avait des allures symboliques. Le temps des pionniers était véritablement passé.

Mais pendant ses ultimes semaines, Barlow avait mis la dernière main, en association avec Robert Greenfield (auteur de nombreux livres sur la pop- et contre-culture), à ses mémoires, Mother American Night : my life in crazy times qui sont parues ce mois de juin.

Des mémoires bien pleines, car Barlow a eu plusieurs vies. Dans les années 70, il signait les paroles des chansons de Bob Weir, l’un des guitaristes du Grateful Dead, ce groupe de rock psychédélique devenu l’icône du mouvement hippie. Bien des décennies plus tard, il a connu une seconde carrière, et s’est transformé en défenseur des droits sur le réseau.

Barlow a connu tout le monde, dans tous les milieux… Né dans une famille de propriétaires d’un ranch, il ne s’est pas contenté de fréquenter l’élite geek et hippie. Il a également traîné avec John Kennedy Junior, postulé pour un poste au sénat dans le Wyoming côté… Républicain, et fréquenté par là même le jeune Dick Cheney, qui allait par la suite devenir vice-président de George W. Bush. (Il décrit Cheney, comme l’une des personnes les plus intelligentes qu’il ait rencontré avec Bill Gates, mais précise toutefois qu’il s’est rendu compte, avec le temps qu’il s’agissait d’un « sociopathe ».)

Pourquoi un parolier d’un groupe de rock en est-il venu à s’intéresser au Net naissant ? Les deux sont liés. C’est le Grateful Dead qui l’a conduit au Réseau. En effet, depuis des années, le groupe traînait derrière lui une tribu de fans qui les suivait dans tous leurs concerts, les « deadheads« , une communauté avec ses propres valeurs, ses propres rites, et qui s’était développée de manière tout à fait indépendante, presqu’une secte, à la grande surprise des membres du Dead. Barlow a voulu en savoir plus sur ces deadheads. Mais comment les observer dès lors que sa seule présence, en tant que membre du groupe, suffisait à modifier les attitudes ou les coutumes ? C’était une version anthropologique du principe de Heisenberg, note-t-il dans son livre. L’observateur modifie le comportement de la chose observée.

« Pourquoi ne vas-tu pas regarder les échanges sur le Net ?« , lui a suggéré une de ses amies. C’est ainsi, en consultant discrètement les groupes Usenet consacrés au Dead, qu’il a pu tranquillement se faire une idée des habitudes des deadheads. Et c’est aussi comme cela qu’il a découvert le Net. Par la suite, la vie de Barlow se lie à l’évolution du numérique. Il prend contact avec Apple (pendant la période où Steve Jobs a quitté la société), qui lui propose d’écrire une histoire de la compagnie. Il y renonce parce que : « si vous n’avez rien de gentil à dire, ne dites rien. » Et si l’ambiance de la firme à la pomme était aussi pesante, explique Barlow, c’est à cause de Jobs, bien que ce dernier ait cédé la place à John Sculley à cette époque. La raison qu’en donne Barlow est intéressante, parce qu’elle montre qu’au cours des années 80 la collusion entre le monde numérique et la contre-culture et le New Age était encore – ou déjà, selon le point de vue – très forte.


« À un moment donné, Steve avait demandé à tout le monde chez Apple de participer à Est, ce qui signifie Erhard Seminars Training, et de suivre ces cours destructeurs d’âmes qui avaient été créés par Werner Erhard pour transformer la façon dont les gens interagissent. Le but déclaré du programme était d’apprendre aux gens à s’exprimer naturellement plutôt que de suivre les règles, mais beaucoup de ces gens sont devenus d’encore plus gros connards qu’ils ne l’avaient été auparavant. » Et de conclure : « J’ai traité avec des gardes-frontières est-allemands beaucoup plus amicaux que la plupart des employés d’Apple. »

De fait, Est faisait partie de ces « thérapies » très à la mode dans les années 70, entre la bio-énergie reichienne, le cri primal d’Arthur Janov ou la Gestalt-thérapie de Fritz Perls. A noter qu’à la même époque environ, si l’on en croit les journaux de Jacques Vallée, Douglas Engelbart était lui aussi fasciné par Est et souhaitait y envoyer son équipe…

Peu importe ce que Barlow pense de Jobs, leurs vies finissent par se croiser lorsque Barlow devient rédacteur à NeXTWorld, un magazine consacré à l’ordinateur NeXT. Comme beaucoup à l’époque, il est fasciné par la grande qualité de cet ordinateur noir, qui préfigure les avancées technologiques des années suivantes. Mais il reconnaît aussi ses limites : « J’ai juste adoré cette machine. Bien que, comme Steve, elle avait des défauts vraiment flagrants. Mais contrairement à celles de Steve, les failles de NeXT ont été corrigées. »

Reste le grand œuvre de Barlow, sa défense des droits sur Internet, qui aboutira à la création de l’EFF (Electronic Frontier Foundation), l’ONG de protection des libertés sur internet, en compagnie de Mitch Kapor. La première rencontre entre Barlow et des hackers (qui opéraient sous les noms de Acide Phreak et PhiberOptic) n’a pas été immédiatement chaleureuse. Barlow accusant ces « pirates » de n’être rien d’autre que des petits voyous sans envergure. Ce à quoi Phiber Optik lui a répondu en uploadant l’ensemble de son historique de transactions financières sur le Forum. « J’ai traîné dans des bars redneck avec des cheveux tombant jusqu’aux épaules, je me suis retrouvé en garde à vue pendant un trip sous acide, et déambulé dans Harlem longtemps après minuit, mais personne ne m’avait jamais flanqué les chocottes comme Phiber Optik ce jour-là. »

Par la suite, sa rencontre avec le jeune hacker lui fait découvrir sa véritable personnalité : « Lors de cette conversation, ainsi que dans toutes les autres qui ont suivi, j’ai rencontré un gamin de dix-huit ans, intelligent, civilisé et étonnamment pétri de principes, qui avait l’air de ne vouloir faire aucun mal aux êtres humains ou aux données. »

Par la suite, Barlow sera mêlé de près à l’offensive gouvernementale connue sous le nom d’opération Sundevil, une gigantesque chasse aux hackers qui aboutit à la destruction et à la saisie d’une multitude d’ordinateurs, de disques durs et à la perte d’un nombre considérable de données d’individus ou d’entreprises qui n’avaient guère de rapport avec la piraterie informatique, mais avaient la malchance de se trouver dans les parages. Cette histoire a été racontée à maintes reprises, par Barlow lui-même dans son essai Crime and Puzzlement, mais aussi de manière très complète par Bruce Sterling dans son livre The Hacker Crackdown (malheureusement non traduit, mais disponible en ligne sur le site du MIT). C’est avec l’EFF que Barlow atteint la célébrité bien au-delà des milieux du rock n’roll, en devenant le prophète du numérique, avec son fameux texte de 1996, sa « déclaration d’indépendance du cyberespace« .

Barlow restera pendant vingt-sept ans vice-président de l’EFF. Durant ses dernières années pourtant, ses intérêts vont se diversifier. Il s’intéresse notamment à l’accès à l’eau potable. Puis, avec les affaires WikiLeaks et Snowden, il renoue avec la question de la liberté d’expression et participe à la création de la fondation pour la liberté de la presse.

Pour quiconque s’intéresse, non seulement au numérique, mais à l’histoire de l’Amérique en général, les mémoires de John Barlow sont un document indispensable et, aspect non négligeable, très agréable à lire. Mais le personnage reste une énigme. Comme l’écrit Jesse Jarnow dans Wired  : « aussi accessible et généreux que Barlow l’aie été dans ses écrits et dans sa vie – avec ses numéros de téléphone et le contenu de sa messagerie affichés publiquement – il reste encore insaisissable, et difficile à cerner dans Mother American Night. Au lieu de résoudre les contradictions apparentes de Barlow, le livre les présente presque comme une parabole. »

Reste donc, ce livre en main, à s’interroger sur les choix du personnage et sur son héritage, à l’époque de l’internet post-GAFA.

Rémi Sussan